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Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977)

Par Just1 @JustinKwedi
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977)
Trois hommes de nationalités différentes, chacun recherché par la police de son pays, s'associent pour conduire un chargement de nitroglycérine à travers la jungle sud-américaine...
A la fin des années 70, William Friedkin règne sur le toit d’Hollywood après les triomphes de French Connection (1971) et L’Exorciste (1973). Friedkin restera pourtant quatre ans sans réaliser après cet enchaînement tant les scripts qu’on lui propose s’inscrive dans la veine du genre de ces deux réussites, le polar et le film fantastique. Alors que ses amis du Nouvel Hollywood accumulent à leur tour les succès commerciaux et artistiques, Friedkin souhaite revenir avec un projet vraiment personnel. L’idée lui viendra alors de revisiter l’un de ses traumatismes cinématographique de jeune spectateur en signant un remake du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot, ou plus précisément une seconde adaptation du roman éponyme de George Arnaud. Ce sera d’ailleurs la cause d’un malentendu puisque l’idée vient à Friedkin au cours d’un dîner arrosé en compagnie de Clouzot où il demandera à celui-ci les droits pour réaliser un remake et que Clouzot les lui donnera en signant sur un coin de table alors qu’il ne les possède pas. Tout cela montre la manière plutôt légère dont Friedkin aborde le projet qu’il voit au départ comme une œuvre de transition avant son prochain gros film supposé The Devil's Triangle. En engageant le jeune scénariste et documentariste Walon Green (responsable du script légendaire de La Horde Sauvage (1969)), Friedkin prendra pourtant la mesure d’une ambition et ampleur nouvelle à travers les lectures que lui suggère Green quant à la tonalité du film comme le Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Finalement Le Convoi de la Peur ne conservera que le postulat de base voyant trois hommes aux abois convoyer un chargement de nitroglycérine à travers la jungle mais pour aller dans une direction différente.
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Chacun des protagonistes a un rôle symbolique et représente un mal du monde moderne et plus particulièrement associé à cette très agitée décennie des 70’s. C’est la fin des trente glorieuses et l’arrivée des premiers scandales financiers avec l’homme d’affaire français Victor Manzon (Brun Crémer) fuyant la justice pour une affaire de spéculation ayant mal tournée. Le conflit israélo-palestinien à travers Kassem (Amidou), jeune terroriste arabe en fuite après avoir commis un attentat. Le crime organisé et la mafia pour Jack Scanlon (Roy Scheider) recherché par le parrain local suite à un hold-up dans une église blanchissant de l’argent. Tous vont devoir fuir et se réfugier dans un mystérieux pays totalitaire d’Amérique du sud où ils travaillent dans une raffinerie pétrolière. 
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Après l’urgence des prologues ayant présentés les personnages, le rythme se ralenti à l’image de leur existence fauchée en plein vol, et la caméra s’attarde désormais sur l’enfer que constitue leur quotidien. Misère ambiante, atmosphère humide et boueuse, cadavres jonchant les rues et corruption policière, ces lieux semblent tout désignés pour les damnés et parias de la terre. Dans cet enfer et prison à ciel ouvert, nul échappatoire pour nos fugitifs sans moyens si ce n’est la perspective de transporter une cargaison de nitroglycérine hautement instable et destinée à éteindre l’incendie d’une des raffineries de la compagnie.
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Friedkin dénude ses héros de tous les motifs vains et superficiels liés à la civilisation qui les ont conduits à cette situation pour les réduire à des hommes d’horizons différents cherchant à survivre. Paradoxalement, c’est en servant à de purs intérêts capitalistes qu’ils pensent trouver le salut avec cette compagnie exploitant la misère lors de séquences cruelles où la population locale sert de bête de somme négligeable mais susceptible de se rebiffer avec fureur lors de la séquence du retour des cadavres calcinés d’ouvriers au village. Friedkin semble avoir réellement voulu se mettre dans l’état d’esprit de ses héros n’ayant plus rien à perdre en prenant tous les risques pour le film. Son égo l’empêchera d’enrôler Steve McQueen pour le rôle de Scanlon, la star souhaitant un petit rôle pour sa compagne Ali McGraw avec laquelle il était en froid et ne pouvait s’éloigner trop longtemps pour un tournage aux antipodes. Là aussi alors que Coppola s’englue dans l’enfer d’Apocalypse Now aux Philippines, Friedkin va vivre le sien en choisissant pour plus de véracité de filmer l’odyssée dans la jungle de la République Dominicaine. 
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) La furie des éléments et l’environnement hostile mettra bien sûr l’équipe à cran et occasionnera des dépassements d’un budget initial de 5 millions de dollars grimpant bientôt à 15 pour finir à 22. Friedkin sur un pied d’égalité des personnages et prend symboliquement les mêmes risques pour obtenir le film qu’il entend. L’un des studios coproducteur du Convoi de la peur est Paramount, propriété de la compagnie Gulf+Western depuis 1966 et dont le patron Charles Bluhdorn a justement mis en œuvre diverses affaires en République Dominicaine. Le film illustre ainsi la mainmise et les écarts de la compagnie sur l’économie du pays et si elle n’est pas ouvertement nommée, le spectateur attentif repérera une affiche avec son logo le temps d’une scène. Une prise de risque insensée pour un Friedkin en roue libre qui se permettait tous les écarts.
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Tous ces éléments contribuent à une tension maximale lors de la fameuse traversée de la jungle en camion. Les séquences inouïes s’enchaînent la terreur est double entre ce qui se déroule à l’écran et ce qu’on imagine d’instinct suicidaire pour les avoir tournées. On pense bien sûr à cette traversée d’un pont de bois brinquebalant sous une tempête déchaînée. Crissement de pneu, bourrasque de vents ininterrompue et visages crispés, la scène est un grand moment qui laisse le spectateur à bout de souffle. Les personnages sont ainsi poussés à tel point dans leurs derniers retranchements que les différences, les inimitiés et horizon variés s’estompent pour en faire une entité solidaire faisant face à l’adversité. Chacun conserve sa zone d’ombre et de mystère, ni bon ni méchant, les plus douteux finissant par faire profiter de leurs aptitudes au collectif à l’image de Kassem dont l’expertise des explosifs permettre de vaincre un obstacle ou le très inquiétant Nilo (Francisco Rabal qui fut d’ailleurs envisagé pour jouer Charnier dans French Connection) dont le maniement de la gâchette les sortira d’un mauvais. 
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Friedkin les caractérise avec son ambiguïté habituelle tout en leur conférant un charisme imposant en quelques vignettes (Manzon intimant à Kassem de prendre le volant du camion lors de la traversée d’un pont). Friedkin illustre de cette façon une possibilité d’union et d’entraide entre les hommes loin des codes viciés et calculateurs de la civilisation, où les besoin les plus élémentaires ramènent à une fraternité oubliée. C’est une quête coutumière dans le cinéma de Friedkin de l’époque, l’instinct de justice de Popeye Doyle (Gene Hackman) le poussait à traquer le dealer Charnier jusqu’au bout dans French Connection, tout comme le Père Karras affronterait le démon pour le triomphe du bien dans L’Exorciste. Les héros de Friedkin courent toujours après leur humanité et c’est précisément quand ils l’atteignent qu’ils sont les plus vulnérables, le symbole ici étant notamment le souvenir ému de son épouse qu’entretien Manzon. 
Le Convoi de la peur - Sorcerer, William Friedkin (1977) Le Convoi de la peur ne déroge pas à la règle, le drame surgissant alors que le plus dur est passé et que laisse poindre un semblant d’amitié ou lorsqu’une menace oubliée renaît en conclusion alors que l’apaisement semblait de mise. Le score synthétique de Tangerine Dream nous noie ainsi dans une forme de noirceur torturée et sans espoir annonçant toujours le pire dans une œuvre véritablement sans espoir. Parmi les derniers vestiges de ce cinéma américain 70’s désabusé, Le Convoi de la peur connaîtrait un échec cinglant, le public là de ce ton faisant un triomphe au plus lumineux Star Wars sorti en même temps et annonçant le virage des années à venir. Film maudit par excellence, c’est aussi sans doute la plus grande réussite de William Friedkin.
Introuvable depuis des lustres, le film est enfin ressorti dans une édition blu ray all région

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