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Le Rôle de ma vie, de Zach Braff

Publié le 17 août 2014 par Boustoune

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Ceux qui se sont bidonnés devant la série Scrubs le savent, Zach Braff est un homme très drôle. Et il ne manque pas de le rappeler avec Le Rôle de sa vie, son second long-métrage en tant que réalisateur/acteur. Il ne lui suffit que de quelques minutes pour susciter un rire franc de la part des spectateurs, surclassant sans peine ces dizaines de comédies insipides – dont une ou deux à succès, hélas – ayant squatté les écrans au cours de ces derniers mois.

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Braff incarne Aidan Bloom, un trentenaire qui s’accroche vaille que vaille à son vieux rêve d’enfance : devenir acteur à Hollywood. Hélas, le chemin est long et difficile. il a beau courir les castings et accumuler les auditions, personne ne veut de lui. Il est toujours trop jeune, trop vieux ou trop blanc pour les rôles proposés. Mais il veut y croire encore et encore. Il est soutenu par sa femme Sarah (Kate Hudson), qui, en attendant qu’il décroche enfin un grand rôle, travaille dur pour pourvoir aux besoins de toute la famille. Et il est également aidé par son père, Saul (Mandy Patinkin), qui finance l’école privée  où vont ses deux enfants, Grace et Tucker. Une école judaïque, au grand dam d’Aidan, qui a un peu de mal avec la religion et toutes ces traditions qu’il juge obsolètes…

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On retrouve là un peu des préoccupations de Woody Allen, l’un des maîtres de Zach Braff (1), avec qui le jeune cinéaste partage aussi le soin apporté aux répliques percutantes. Le rire passe déjà par là, par ces dialogues particulièrement inspirés.
Mais il y a aussi un peu de Wes Anderson dans l’univers de Zach Braff, perceptible dans l’ambiance générale du film, baignée dans une douce fantaisie. Cela occasionne quelques scènes joliment cocasses. Comme la rencontre entre un geek amateur de SF et une femme-peluche, une séance de bricolage portée par une déclamation de poèmes ou les tentatives d’un vieux Rabbin de diriger un Segway…  De quoi titiller un peu plus nos zygomatiques tout en apportant une touche de poésie au récit… 

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Ceux qui ont été touchés par Garden State le savent, Zach Braff est aussi un homme sensible. Et il ne manque pas non plus de le rappeler avec Le Rôle de la vie. Oui, préparez vos mouchoirs, car il est fort probable qu’entre deux éclats de rire, vous soyez également submergés par l’émotion.
Car la maladie, la mort et d’autres petits tracas quotidiens plus bénins ne tardent pas à s’inviter à la fête, s’insinuant dans tous les interstices du récit et lui donnant une tonalité beaucoup plus amère.  
Saul annonce à Aidan qu’il ne peut plus payer les frais de scolarité des enfants parce qu’il est gravement malade et doit financer son traitement, son ultime chance de guérison. D’un coup, le trentenaire rêveur se retrouve soudain rattrapé par la dure réalité. Tout en continuant les auditions, il doit s’occuper de ses enfants, déscolarisés, et gérer leurs états d’âmes, rendre visite fréquemment à son géniteur et subir ses piques assassines, et essayer de convaincre son frère, un garçon encore plus perdu que lui, de se réconcilier avec leur père avant sa mort. Et accessoirement, il doit aussi essayer de redonner un nouvel élan à son couple, usé par la routine et menacé par son incapacité à trouver un emploi stable. Bref, Aidan doit prendre conscience que le vrai rôle de sa vie est d’être un chef de famille responsable, un mari attentionné et un père protecteur, veillant à ce que chacun puisse s’épanouir au sein de la cellule familiale…
Avec cette chronique familiale, le cinéaste brasse assez large. Beaucoup de spectateurs pourront confronter leur propre expérience aux situations décrites dans le scénario. Du moins suffisamment pour être en empathie avec les personnages, tous attachants.

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Certains trouveront sans doute cela un peu trop “facile”. Trop facile de faire rire avec des bons mots… Trop facile de tirer des larmes avec une histoire de maladie et de mort… Vraiment? Déjà, réussir l’un ou l’autre de ces deux exercices n’est pas si évident que cela. Cela nécessite un minimum de talent d’écriture et beaucoup de délicatesse. Pour provoquer le rire, il convient d’éviter de sombrer dans la vulgarité et de ne pas abuser de certains effets comiques archi-usés. Pour émouvoir, il faut savoir instiller la bonne dose de mélodrame, sans tomber dans le piège du pathos. Zach Braff trouve constamment le ton juste, aussi bien pour le versant comique que pour le versant dramatique. Mieux, il réussit à finement entrelacer les deux. Une même séquence peut ainsi susciter le rire, puis brusquement provoquer une bouffée d’émotion, avant de revenir à l’humour, dans le même mouvement.
Par exemple, la séquence où  Grace offre à son grand-père mourant une paire de lunettes de soudeur est suffisamment cocasse pour provoquer le rire, avant que la gamine n’explique le but de son cadeau : empêcher le vieil homme d’être aveuglé par la lumière blanche, lors de son passage dans l’au-delà, et retrouver plus facilement son épouse… Difficile, face à cet élan d’affection enfantine, de ne pas laisser affleurer quelques larmes…
Tout le film est comme cela, en équilibre permanent. Tel un funambule oscillant entre vie et mort, entre humour et amour, entre rires et larmes, mais avançant, lentement mais sûrement, vers un dénouement apaisé.

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Ceux qui suivent un minimum la carrière de Zach Braff savent qu’il est un cinéaste très intéressant, apportant un soin particulier à chaque détail visuel ou sonore. Et il ne manque pas de le rappeler avec Le Rôle de ma vie.
Esthétiquement, le film est très réussi. Braff a de nouveau collaboré avec Lawrence Sher, son chef-opérateur sur Garden State, pour donner à l’image ce grain si particulier, un peu irréel. Et il s’est une nouvelle fois amusé avec le cadre et le décor pour donner quelques plans absolument magnifiques et une atmosphère très particulière.  
Enfin, comme de coutume, le cinéaste a su choisir une bande-originale collant à merveille avec la tonalité douce-amère de son récit. Outre le morceau signé Coldplay et Cat Powers, “Wish I was here” (2), le film bénéficie de titres des Shins, Paul Simon et Bon Iver, qui rythment habilement le récit.

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Ceux qui connaissent un peu Zach Braff iront très probablement ce régaler de ce second long-métrage sans qu’on ait besoin de les y pousser (3).
Quand à ceux qui ne le connaissent pas, c’est le moment de le découvrir! Foncez voir Le Rôle de ma vie au cinéma! Nous sommes persuadés que, comme nous, vous tomberez sous le charme de ce petit film indépendant, qui constitue l’une des plus belles surprises de cet été cinématographique plutôt morne.

(1) : Woody Allen l’a fait débuter au cinéma dans Meurtre mystérieux à Manhattan. Et Braff a récemment repris sur scène Bullets over Broadway 
(2) : Titre original du film
(3) : message personnel à PaKa : toi, le plus grand fan de Garden State, tu aurais dû en priorité aller voir ce très beau film, plutôt que les aventures du raton-laveur, de l’arbre, de la fille du géant vert et du neuneu à walkman…
 

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Le rôle de ma vie
Le Rôle de ma vie
Wish I was here

Réalisateur : Zach Braff
Avec : Zach Braff, Kate Hudson, Mandy Patinkin, Joey King, Pierce Gagnon, Josh Gad, Ashley Greene
Genre : comédie/drame/comédie
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h47
Date de sortie France : 13/08/2014
Note :
Contrepoint critique : L’Humanité 

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