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« Les chiens aboient » - Truman Capote « L'imaginaire - Gallimard »

Publié le 04 octobre 2014 par Amaury Watremez @AmauryWat

portrait pris ici

Quand on on est un monomaniaque de la littérature comme moi, on aime lire le plus possible des livres d'un auteur en particulier, s'ouvrir aux univers qu'ils exposent dans leurs livres. La postérité a tendance un peu rapidement à catégoriser Truman Capote comme une sorte de ludion un peu superficiel, un charmant auteur dans le genre d'un Cocteau américain, en un peu plus futile, ce serait le rabaisser voire le mépriser à ce qu'il n'est pas, certains allant même à le percevoir comme un Jacques Chazot new-yorkais, un chroniqueur mondain et rien de plus. D'où le titre, « les chiens aboient...

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...la caravane passe ».

Capote, prononcé Ké-po-ti, nom qu'il adopte quand sa mère se remarie avec son deuxième époux, le premier étant un escroc irresponsable et léger qui s'est désintéressé de son enfant duquel il demandait cependant parfois des nouvelles sur ses vieux jours ce qui permet à l'écrivain de lui pardonner à la fin.

C'est un orfèvre du style permettant au lecteur voulant bien se laisser saisir de partager son horreur de la mort des deux assassins de « De Sang Froid » ou de tomber amoureux de Holly Golightly dans « Petit Déjeuner chez Tiffany », « novella » qui prend son sens lorsque l'on sait que le personnage est en fait une jeune allemande qui avait des ambitions de « cover girl », à défaut elle raccompagnait les messieurs aux toilettes, dont il a été passionnément amoureux, jeune « wunderkid », lors de son installation à Brooklyn pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Il est passionné depuis son enfance, comme tous les enfants qui ne sont pas très doués pour la vie sociale, par la littérature qui est toute sa vie, Harper Lee, son amie d'enfance, sa sœur, en témoignant partiellement dans « To kill a mockingbird », Capote qui vivait chez ses vieilles tantes vieilles filles non loin étant pour elle un « Merlin de poche » d'une imagination sans bornes, lui-même racontant ses moments en particulier dans sa correspondance et dans « la Harpe d'herbes » ou « Les domaines hantés », version abordant le pendant plus sombre de cette période de son existence dont la découverte de son homosexualité dans des conditions troubles alors qu'il avait une quinzaine d'années. Il ne faudrait cependant pas faire du délicat Truman un militant comme il en est qui le font de Proust, il n'en parle pas comme d'une « cause » à défendre.

Ce recueil rassemble quelques portraits de célébrités (déjà parus chez Gallimard dans l'édition « Folio » de « Musiques pour Caméléons »), dont Colette qui lui offre un « bibelot » qu'il gardera toute sa vie, Gide portraituré en vieux sage indien, et Cecil Beaton, et d'anonymes et des impressions de voyages de l'auteur en Italie en particulier qui notait tout, et écrivait sur tout. Il se comporte avec les « petites » gens de la même manière qu'avec les privilégiés, n'ayant pas plus d'obséquiosité ou de respect pour les « grands » de ce monde ou les élites auto-proclamées.

Le lecteur de ce livre, enfin surtout moi ami lecteur de ce texte, songe aussi au portrait de Proust par Léon Daudet dans ses « souvenirs littéraires » décrivant un être humain complexe à la fois un petit garçon inconsolable, une commère, un cynique désespéré, un auteur modeste, un auteur à l'ambition démesurée, écrivant « De sang froid » aussi pour que l'histoire retienne son nom. Ironie du sort, son œuvre majeure suivante qui devait s'appeler « Prières exaucées » aurait bien dû lu rappeler que c'est sur les prières exaucées que l'on verse le plus de larmes. Il a été mondialement consacré et il a ensuite connu une lente et longue déchéance jusqu'à sa mort, n'écrivant plus grand chose, ne terminant pas ce qui devait être son dernier « grand œuvre » se contentant de préfacer des recueils de textes et d'articles parus dans le « New Yorker » ou « Vanity Fair ».


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