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36e Cross de Mulhouse: HAVE BREAK, HAVE WALDECK

Publié le 25 novembre 2014 par Marathonien67
36e Cross de Mulhouse au Waldeck
HAVE BREAK, HAVE WALDECK
 
Dame météo prend parfois un malin plaisir à diviser les alsaciens. En ce dimanche de novembre, alors que Strasbourg est enveloppée dans une nappe de brouillard épaisse et tenace, au même moment, plus au Sud, le soleil montre ses pecs. Aujourd'hui, Mulhouse, la cité du Bollwerk, accueille les adeptes du cross au Waldeck. D'une ville à une autre, j'abandonne gants, bonnet et vêtements en Gore-Tex. Des fois, c'est fou comme on peut changer de planète, en quelques kilomètres, juste le temps d'un break.  
 
36e Cross de Mulhouse: HAVE BREAK, HAVE WALDECKHaloa avec son nouveau joujou, un i-doggypad. La mascotte n'était pas de la partie ce dimanche au Waldeck. Horrifiée à l'idée de rencontrer l'abominable Schrek, elle a préféré rester sous la couette
 
Un mois et demi après le championnat de France des 42km, 195m, j'ai à nouveau accroché un dossard ce week-end, pour le plaisir d'abord, mais aussi pour faire le point sur mon état de forme. Pour remettre le pied à l'étrier, j'ai choisi la forêt du Waldeck, un extraordinaire lieu de plaisir, un endroit très prisé des adeptes du cross. En venant courir à Mulhouse, je me doutais bien que la partie allait être dure à gérer. Pour les marathoniens, novembre est souvent un mois de transition. Depuis le marathon de Metz, à l'entrainement, le manque de vitesse est flagrant, ce n'est pas encore ça au niveau souffle.  
 
J'ai repris l'entrainement, il y a peu, avec la saison 2015 en ligne mire, saison au cours de laquelle, je souhaite participer à quelques trails de niveau « national » pour voir où je me situe par rapport aux meilleurs spécialistes. Cette année, j'ai déjà pu me faire une idée lors du Trail du Petit Ballon (50km-2100m D+) manche de la Coupe d'Europe des ultra-marathons, disputée et remportée du côté de Rouffach. Des épreuves comme le Trail Blanc de Vosges, l'Eco-trail de Ouarzazate, le trail « Sur Les Traces du Loup » et le semi-marathon du Nouvel-An, m'ont également offert pas mal d'indications. Au cours de l'année, j'ai exploré, tour à tour diverses façons de courir « nature » : de nuit à la frontale, dans/sur la neige, en montagne, par étapes, sur format court où sur du long, etc... Bref, j'ai vécu pas mal d'expériences avant de participer au championnat de France de marathon du côté de Metz. J'ai beau avoir deux fois vingt balais, j'me sens encore frais, dispo et compétitif. En fait, je serais vieux le jour où ma femme courra plus vite que moi. C'est elle qui le dit, pas moi, hein !  
Avant de quitter Strasbourg pour nous rendre à Mulhouse, Carole et moi tentons de convaincre Haloa de nous accompagner. Mais sa réponse est claire et nette : « Vous êtes dingues où quoi, j'viens pas avec / Le forêt du Waldeck c'est la tanière de Schrek / J'reste allongé, j'ai besoin d'faire un break / Allez donc vous faire voir chez les grecs ! » Et ouais, ma femelle chihuahua est un raton rappeur. Ça vous étonne ? Sans dec ? Et ben, pas moi !   
 
Au bout d'une p'tite virée en automobile, à 12h30, nous arrivons enfin dans le domaine de Schrek, l'ogre sans cœur, l'affreux dévoreur de lutins. Sans Haloa, qui a choisi de rester sous la couette, et devant la télé, à regarder ses dessins-animés préférés. Elle suivra tout de même ma course en direct grâce à son nouveau joujou, un i-doggypad, en baladant ses petits coussinets sur l'écran tactile. 
 
En sortant du véhicule, nous sommes frappés par la douceur du climat. L'automne s'installe vraiment à petits pas cette année. Comme le chantait Nino Ferrer, on dirait le Sud. Là d'où nous venons, cent kilomètres plus au nord, il fait facilement dix degrés de moins. Et, pourtant nous n'habitons pas au sommet d'un col vosgien. L'autoroute du soleil : ou comment subir un choc thermique sans quitter l'Alsace. Je retire donc mon gros anorak et échange mon bonnet contre une casquette. En passant récupérer mon dossard au club house du stade, je découvre un tartan flambant neuf. L'ancien était dans un piteux état. Pour pratiquer avec passion, avoir un bel outil sous la main (sous le pied en l'occurrence) est tout de même plus plaisant. En m'échauffant dessus, je ne peux m'empêcher d'envier les coureurs du coin.
 
Lorsque sonne l'heure de la messe (celle qui n'est pas encore dite), je traîne un peu les pattes. C'est drôle, mais aujourd'hui, je ne semble pas très concerné par l'événement, je n'ai pas la p'tite monté d'adrénaline. Et pourtant, "avant une course, un bon coup de stress, ça fait pas de mal". Cette phrase là, Jean-Michel (Dirrenger), la répétait assez souvent à l'époque où il me coachait. Mais là, le stress est resté chez les lorrains (au championnat de France de marathon). Preuve de mon degré d'implication : moins de cinq minutes avant le départ, alors que j'étais fin prêt à bondir, je dois rebrousser chemin vers la voiture, 400 mètres plus loin. En ouvrant la fermeture éclair de ma veste de survette, je me suis rendu compte que je ne portais pas mon dossard. Finalement, après l'avoir épinglé sur mon débardeur, j'entame une belle ligne droite pour ne pas louper le coup d'envoi. Sur le macadam du parking, avec des clous de 12mn collés aux semelles, je fais des étincelles (j'en ferais moins tout à l'heure). Mon cœur bat la chamade lorsque je rejoins le peloton famélique qui attend sagement que le coup de pistolet soit donné par Sofiane Selmouni, un athlète Mulhousien qui a représenté la France, à Zurich, l'été dernier, lors des championnats d'Europe. Tandis qu'il colle son doigt sur la gâchette, je prie pour qu'il ne tire pas trop vite ou pour que l'arme s'enraille, histoire que mon palpitant est le temps de redescendre du sommet de l'Everest. Faut me comprendre, je viens à peine de claquer un 100m en 10 secondes (à peu de choses près).
 
Mais je ne suis pas encore remis de ma folle cavalcade que déjà « PAN », le coup de feu retentit. Sous l'impulsion de David (Eckes) et de Kader (Mahmoudi), la course démarre sur les chapeaux de roues. Au début, sur les premiers hectomètres, je m'accroche, avant de lever le pied, le temps que l'orage passe, et qu'un rythme de croisière s'installe.

Le Waldeck n'est pas un endroit tranquille, où l'on peut prendre le temps de laisser vagabonder son âme. Il n'y a aucun endroit pour récupérer, il faut constamment rester vigilant sur ce circuit, bien regarder où l'on pose les pieds. 

 
Quasiment pendant toute la course, j'évoluerais dix, vingt mètres, derrière mes deux camarades, sans parvenir à m'accrocher durablement. Plusieurs fois, je ferais l'accordéon, au grès des difficultés, sur ce tracé unique en son genre, fait de relances incessantes, de faux plats montants et de descentes abruptes. Tous les ingrédients du vrai cross, en somme.  
 
Au moment d'entamer la dernière grande boucle que compte le circuit, Kader, qui a déjà gagné plusieurs fois cette épreuve, place une accélération et se détache. Dans la foulée, je rejoins, puis distance David, champion d'Alsace ici-même en 2011 et vainqueur de l'édition précédente de ce cross. Je parviens à lui prendre quelques longueurs dans le long faux plat montant du circuit, mais je n'insiste pas assez, et ça ne suffit pas pour faire la différence. À un kilomètre du ruban, il revient et file sous mon nez sans que je puisse réagir. Malgré, toute la volonté que j'y mets, je ne parviens pas à changer de braquet.
 
Et, déjà l'arrivée se profile, un peu vite, bien trop vite. En apercevant l'écurie, je galope comme le vent et boucle l'épreuve tout juste vingt secondes après Kader, et sept après David. Aujourd'hui, pour ma reprise, j'ai livré une prestation correcte, mais les autres étaient meilleurs que moi. Etant donné que Kader, David et moi-même, avons connu fortunes diverses avant de venir participer à ce cross, je me garderai bien de dire que je n'étais pas en pleine possession de mes moyens. Parce qu'après tout qui de nous trois l'était vraiment ? En tout cas, ce dimanche de novembre a été riche d'enseignements. Comme c'est le cas à chaque fois que je chausse des runnings, des pointes d'athlétisme ou des chaussures de trail. 

Dans le box d'arrivée, Carole m'offre son sourire. Comme toujours, elle est fière de moi et ça, c'est la plus belle des récompenses. Un peu hésitant, je grimpe sur l'estrade pour la remise des trophées. C'est fou, mais même au bout de quinze ans de carrière, je confond toujours la 2e et la 3e marche du podium ! Je suis forcé de regarder les chiffres marqué dessus, avant de prendre place sur la boite.     


36e Cross de Mulhouse Waldeck - 9830m 
1. Abdelkader Mahmoudi (S/L Rohan Athletisme Saverne) 29'47''; 2. David Eckes (Ac Huningue) 30'00''; 3. Samir Baala (Saint-Louis Rc (Als)) 30'07''; 4. Pierre Fieux (Lons Athletique Club) 30'53''; 5. Joseph Schiro (S/L Athletisme Cernay Et Envir) 31'26''; 6. Johan Tschaenn (Colmar Marathon Club) 31'34''; 7. Lionel Geneve (S/L Asptt Strasbourg) 32'11''; 8. Mathieu Loeffel (S/L Athle Doller) 32'53''; 9. Esteban Hofer (Sui) 32'59''; 10. Kamal Jamal 33'10'';

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