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Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)

Par Just1 @JustinKwedi
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)
A Reno, Roslyn s'apprête à divorcer. Fasciné par la beauté de la jeune femme, un cow-boy entre deux âges lui demande de partager son existence. Elle se lie également d'amitié avec un riche éleveur et un garagiste veuf. Ils paraissent comblés mais subissent en fait une misère affective et intellectuelle.
Film crépusculaire par sa thématique, Les Désaxés endosse cette dimension de façon plus puissante encore à postériori de par le destin tragique de ses interprètes et son statut symbole de la fin de l’âge d’or Hollywoodien. Le film est l’adaptation d’un roman d’Arthur Miller par lui-même et constitue un cadeau à son épouse Marilyn Monroe, un écrin à son talent avec un personnage largement inspiré de sa vie. C’est aussi une tentative de faire se ressaisir une Marilyn à la dérive depuis quelques années entre addictions aux médicaments, mal de vivre et un mariage qui part à la dérive. Plutôt qu’une thérapie, Les Désaxés constituera surtout  un testament pour la star qui tourne là son dernier film (terminé puisque le Something got to give de George Cukor restera inachevé) tout en trouvant un de ses rôles les plus touchant.
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Roslyn (Marilyn Monroe) est une jeune femme se trouvant à Reno pour divorcer. Mélancolique, déçue par les hommes et ne sachant que faire de sa vie, elle va faire la rencontre du cow boy vieillissant Gay (Clark Gable) et de son ami Guido (Eli Wallach). Elle va les suivre pour un temps et découvrir les plaisirs d’un Nevada sauvage oublié, tout en cédant au charme viril de Gay. Ce paradis perdu va pourtant montrer progressivement son envers plus torturé, tandis que ce révèle les fêlures des protagonistes. Marilyn Monroe arrive comme déjà dit sur le tournage dans un état physique et psychologique désastreux et qui sur confirmera durant la production difficile entre ses nombreux retards, les absences et les interruptions de tournage comme lorsqu’en aout 1960 elle doit être admise en cure de désintoxication pour deux semaines. 
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Ce rythme épuisera un Clark Gable vieillissant et en perte de vitesse qui choisit enfin depuis quelques années d’accepter son âge dans le choix de ses rôles. Les nombreuses prises dues aux atermoiements d’une Marilyn ne sachant pas et/ou remaniant son texte, le choix courageux de réaliser lui-même ses cascades, tout cela conduira à le faire vaciller et il mourra deux semaines après la fin du tournage. Montgomery Clift apporte également ses démons sur le plateau, sa dépression et son alcoolisme s’ajoutant à un visage abimé par un terrible accident de voiture en 1956 après lequel il ne sera plus jamais le même à l’écran. Jamais aussi à l’aise que dans ce type de chaos, John Huston dirige l’ensemble avec le sens de l’anarchie qu’on lui connaît, arrivant fin saoul certain matin de tournage et accumulant les dettes de jeu que la production doit couvrir.
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)L’usine à rêve se montre sous un jour fort déplaisant derrière les paillettes et offre un pendant réel à la dérive de l’autre terre de légende dépeinte dans l’intrigue, l’Ouest. La vie au grand air, l’abandon de soi et l’amour passionné semble ainsi faire renaître une Roslyn rayonnante auprès d’un Gay attentionné. Les personnages doivent pourtant se reconstruire d’une manière plus profonde car l’existence qu’ils poursuivent est une illusion. 
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Ils s’y raccrochent tous pour des raisons que l’on découvrira progressivement : Perce (Montgomery Clift) est un éleveur dépossédé de son domaine errant de ville en ville, Guido ne s’est jamais remis de la mort de sa femme ainsi que de son expérience de la guerre et Gay sous la désinvolture souffre de ne plus voir ses enfants. Dès lors chacun s’agrippe à son mirage avec la force du désespoir, quitte à se perdre. 
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Le visage défait de Montgomery Clift et son allure frêle viennent ainsi se frotter aux rigueurs du rodéo où chaque choc est une façon de mieux oublier les douleurs présentes. Guido n’aura de cesse d’observer Roslyn d’un désir brûlant et angoissé, sans oser franchir le pas si ce n’est de façon révoltante dans la dernière partie. Enfin Gay poursuit le geste valeureux des pionniers en partant à la chasse de chevaux mustang dans le désert du Nevada. 
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Mais quand cette chasse (qui n'a plus rien de veleureux dans son procédé) se justifiait par les services que rendaient les bêtes et le plaisir de les chevaucher, l’issue ne servira qu’à en faire de na la nourriture en boite pour chien. A quoi bon si les derniers vestiges d’un temps révolus ne reposent plus sur rien ? Le western crépusculaire et post-moderne naît en partie ici et trouvera son essor avec le tout aussi nostalgique et réussi Seul sont les indomptés (1962) de David Miller.
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)Marilyn Monroe, fragile comme une feuille d’arbre et d’une sensibilité à fleur de peau semble prête à s’effondrer au moindre désagrément. Ayant toujours su exprimer cette vulnérabilité même dans ces rôles les plus comique, elle fascine et émeut comme jamais ici en se mettant à nu (au propre comme au figuré, sa beauté n’ayant jamais été plus palpable et naturelle) avec un naturel confondant. Les fêlures se devinent douloureusement sous l’attrait, tout comme l’usure sous la présence virile de Gable et le mal-être dans le visage refaçonné et le regard perdu de Montgomery Clift. Les icônes sont à bout de force, le Hollywood de l’âge d’or touche à sa fin et ils sont enfin libres de prolonger cette faiblesse à l’écran dans une approche nouvelle. 
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)L’Ouest est un cimetière, un mirage dont les héros doivent s’échapper s’ils veulent renaître et après l’ouverture idéalisée, Huston capture cet espace d’une façon funèbre à travers le somptueux noir et blanc de Russel Metty. S’il laisse une chance de renouveau à ses personnages dans un magnifique final, la vie n’en laissera guère à ses acteurs qui disparaitront tous dans des circonstances tragiques (hormis Eli Wallach mort récemment à l’âge vénérable de 98 et dont le meilleur était devant lui contrairement à ses partenaires).
Les Désaxés - The Misfits, John Huston (1961)
Sorti en dvd zone 2 et en bluray chez MGM

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