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[Rétrospective 2014] Sur quelques films d’avril 1/2

Par Fredmjg @FredMJG
Mille soleils de Mati Diop © Norte Distribution

Mille soleils de Mati Diop © Norte Distribution

Quelques mots rapides sur des films sortis sur les écrans parisiens — et que vive longtemps leur offre internationale — au mois d’avril qui a marqué mon petit retour aux affaires grâce au Festival du Film Brésilien de Paris.

Si vous avez raté le début de la rétrospective 2014 :

*****

© Norte Distribution

© Norte Distribution

Mille soleils de Mati Diop

Mati Diop, vue dans le magnifique 35 rhums de Claire Denis, nous offre un mélancolique docu-fiction sous le soleil de Dakar où elle est allée à la rencontre de Magaye Niang, acteur du très culte Touki Bouki, une ode à la liberté réalisée en 1972 par son oncle, Djibril Diop Mambéty. Acteur né promis à un bel avenir, Magaye n’est jamais parti tenter sa chance à l’étranger, contrairement à Mareme Niang qui jouait sa fiancée, Anta, reproduisant ainsi l’épilogue du seul film auquel il ait jamais offert sa présence incandescente. Jusque là. Toujours hâbleur, sa valise prête, Magaye entre deux disputes homériques avec son épouse, s’occupe de ses vaches ou picole avec ses potes et se retrouve brutalement confronté à ses souvenirs et ses regrets. Anta, elle, est partie et travaille désormais en Alaska sur une plateforme pétrolière, pirouette qu’un scénariste n’aurait osé imaginer. Tout à la fois chant des amours perdus et vie d’un rêveur solitaire, Mille soleils interroge sur la destinée de ceux que la chance a frôlé et qui n’ont pas su — ou pas voulu, le mystère demeure intact — la saisir. Très (trop ?) court, Mille soleils est tout autant un hommage au talent familial qu’une déclaration d’amour fou à la magie du cinéma où, sous la chaleur écrasante, l’illusion brusquement prend vie. Et nous enchante.

© Pyramide Distribution

© Pyramide Distribution

Pelo Malo de Mariana Rondón

Junior, 9 ans, fait le désespoir de sa mère, Marta. Sa faute ? Vouloir lisser les cheveux crépus hérités d’un père, victime d’un homicide. Dans un pays où règnent le machisme et une violence endémique, il ne fait pas bon pour un jeune garçon de trop aimer danser et chanter estime la jeune femme déboussolée. Marta va donc décider de faire de son fils un homme, un vrai, fut-ce au prix de l’amour qu’elle lui porte et de l’accomplissement personnel de sa progéniture. Junior s’éteint peu à peu sous les coups du sort qui tentent à façonner rudement sa personnalité. Pelo Malo, s’il fait souvent rire grâce aux personnages haut en couleurs qui entourent Junior et son obstination d’apprenti-coiffeur, est tout à la fois le récit d’un combat que mène une mère pour s’assurer un avenir dans un monde de brutes et le délicat portrait d’un garçonnet en manque d’affection, encore perdu dans les plis de l’enfance, qui ne désire rien tant que de gommer tout ce qui peut l’éloigner de sa génitrice.

© Universal Pictures International France

© Universal Pictures International France

47 ronin de Carl Erik Rinsch

On peut croire sans sourire au métissage de Keanu Reeves, la faute à sa beauté exotique à peine retouchée, mais que 47 ronins défient l’éternité dans la langue de Shakespeare est un poil too much. Tout comme ce mélange bizarroïde et foncièrement indigeste de modernité et de rites ancestraux. Néanmoins, il faut se prosterner devant Hiroyuki Sanada qui laisse transparaître un peu de la morale mélancolique du samouraï déchu qu’il incarne. Cette coquine de Rinko Kikuchi est délicieusement perverse en femme renard/bombasse/dragon et toutes les formes qu’il lui plaît d’adopter. Quant à Tadanobu Asano, en gros vilain décoloré, il est toujours aussi sexy. On tente de rester éveillée comme on peut.

© Dissidenz Films

© Dissidenz Films

Suneung de Shin Su-won

Il ne fait décidément pas très bon être étudiant en Corée. Après le nihiliste King of pigs de Yeon Hang-ho (en compétition au Festival Paris Cinéma 2012 et qui devrait sortir sur les écrans parisiens en mai 2015), voici un nouveau film sur la brutale compétition encouragée par les instances professorales qui fait rage dans les lycées. Avec toutes les dérives perverses qu’elle peut engendrer. Coups bas sans foi ni loi chez certains ambitieux, détresse auto-destructive et folie meurtrière pour d’autres. Le film court plusieurs lièvres à la fois, tout en dénonçant ce fameux Suneung — sésame indispensable à l’entrée dans une prestigieuse université — à la triste réputation, et se perd dans un thriller hystérique qui vire à l’horreur où les us et coutumes estudiantines soumises à la pression — tant sociale que familiale — ne sortent guère grandies. Dommage que l’on sente venir l’arnaque bien avant les protagonistes.

© Memento Films Distribution

© Memento Films Distribution

My sweet pepper land de Hiner Saleem

Après Si tu meurs, je te tue, Hiner Saleem entraîne son égérie, Golshifteh Farahani, dans un village paumé dans le trou du cul du monde (comprendre où se croisent l’Iran, l’Irak et la Turquie) où sa romance avec Baran (Kormaz Arslan) est écrite dès leur rencontre, ce qui manque un peu de piquant. Baran, ancien résistant kurde, a été promu chef de la police et débarque à cheval, tel un marshall appelé à faire régner l’ordre dans un far west kurde sans foi ni loi où le gouvernement n’est même pas fichu de pendre convenablement un condamné à mort (scène aussi atroce que drolatique), prêt à pourfendre le malfaisant et défendre la gent féminine, surtout si cette dernière défie les conventions (et possède un gracieux minois). Les décors sont magnifiques, le film drôle et rigoureusement féministe. Manque toutefois un poil d’imprévisibilité. Demeure le beau visage de cette chipie de Golshifteh Farahani en chantre de l’indépendance terrassée par l’amour au premier regard.

© DistriB Films

© DistriB Films

The best offer/La Migliore Offerta de Giuseppe Tornatore

La meilleure offre était sans doute un titre moins vendeur. Bref ! Est-ce nécessairement spoiler que d’annoncer qu’il s’agit — et l’idée est téléphonée très tôt — d’un film d’arnaque ? Quoiqu’il en soit, Geoffrey Rush est grandiose dans le rôle de cet amoureux fou des femmes peintes qui perd la tête pour une dame de chair et de sang et qui plus est, se nomme Ibbetson (Quel délice !). Son humanisation lente mais inéluctable au contact de l’amour qu’il n’a jamais connu ne rend que plus déchirant le sort funeste qui l’attend. Un grand film d’acteurs — Donald Sutherland s’adonne à cœur joie à une savoureuse composition — certes, mais dont la réalisation bien trop sage, eu égard au thème, est fort languissante.

© MK2/Diaphana

© MK2/Diaphana

Tom à la ferme de Xavier Dolan

Ce cher foufou de Xavier Dolan ayant emprunté une moumoute à Nic Cage, on pouvait s’attendre au pire, voire à une pelloche d’une drôlerie décapante. Que nenni. Tom est à la ferme est un drame sombre et vénéneux, réalisé comme un film d’horreur, soit le survival d’un jeune homosexuel en terrain hostile (comprendre un bled paumé où les préjugés règnent) où, par esprit de masochisme — et un zeste de provocation suicidaire —, il entreprend la conquête du frère (interprété par l’inquiétant Pierre-Yves Cardinal), si hétéro qu’il en devient suspect,  de son amoureux décédé. Alors qu’il vient assister à ses funérailles et découvre que leur secret était fichtrement bien gardé. Alors que la détresse suintante et toute l’histoire tendent à faire de la mère (Extraordinaire Lise Roy) l’héroïne infortunée d’un film déchirant sur l’amour avec un grand A et ses relations toxiques, Tom à la ferme recèle certaines scènes glaçantes d’effroi et de folie sous-jacente. Et quand on rit, c’est parce que nos dents grincent.

© Wild Bunch Distribution

© Wild Bunch Distribution

Dans la cour de Pierre Salvadori

Une rencontre improbable entre deux abîmés de la vie qui marchent aux côtés de leurs pompes respectives : Catherine Deneuve/Gustave Kervern et des seconds rôles décapants, Feodor Atkine (tout bonnement hilarant) et Pio Marmai (la tête dans les volutes) font de ce film dépressif un bonheur de mélancolie. A noter également la belle participation d’un vélib encombrant et l’excellente interprétation d’un affreux papier peint, objet d’obsession, de discorde et de folie mêlées. Et l’on a même le droit d’écraser une larme à l’épilogue. Que demander de plus ?

© Shellac Distribution

© Shellac Distribution

Conversation animée avec Noam Chomsky/Is the man who is tall happy? An Animated Conversation with Noam Chomsky de Michel Gondry

Le Gondry qu’il ne fallait pas rater cette année. Et qu’il faut revoir, tranquillement, pour l’apprécier à sa juste valeur et à l’aune de son intelligence et de son extraordinaire richesse visuelle. Noam Chomsky, né avec le siècle, a déjà vécu mille vies, tant il est impatient de trouver un sens à la sienne. Notre bricoleur/réalisateur quant à lui tente avec ses petits dessins d’illustrer ce destin hors norme et de déchiffrer le mystère Chomsky, philosophe, linguiste, activiste, humain tout simplement (?). Ravigotant !

© Paramount Pictures France

© Paramount Pictures France

Last days of summer/Labor day de Jason Reitman

Rigolons encore un peu avec les traducteurs (air connu). Les romantiques seront certainement ravis par cette touchante histoire d’un évadé — condamné pour meurtre — (Josh Brolin tout en mâle sollicitude) qui s’impose chez une divorcée (Kate Winslet, femme solitaire, cheveux gras) qui survit à une dépression carabinée en compagnie de son adolescent de fils. Les cyniques seront plus circonspects sur cette femme agoraphobe développant un syndrome de Stockholm suite à la préparation d’une tarte. La pâtisserie comme exutoire aux angoisses existentielles et prélude à un amour infini. Bon. D’accord. Last days of summer est bien interprété, avec ce qu’il faut de suspense pour nous tenir éveillé, mais bon. Hein. Il n’est pas interdit de ricaner parfois doucettement.


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