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Summer of Love and Money

Publié le 06 janvier 2015 par Amaury Watremez @AmauryWat

A propos de « San Francisco 1965-1970 les années psychédéliques » de Barney Hoskyns, au « Castor Astral »

image de la couverture, site de l'éditeur

la photo de Haight Asbury dans les années 60 vient de là

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Quand tu doutes d'une certitude entretenue et propagée par l'imbécile moyen sur une époque, tu passes aussitôt, ami lecteur, pour un esprit chagrin, un malveillant, un méchant. Dans ce livre, l'auteur, critique musical pour « Rolling Stones », démystifie, sans le détruire non plus, ce qui s'est passé durant le fameux « Summer of Love » et après, jusqu'à « Woodstock », le tout n'étant déjà finalement qu'une question de fric, et d'intérêts commerciaux. Il n'est guère que des initiatives comme celles des « Diggers » de San Francisco, ils distribuaient de la nourriture récupérée auprès de ou volée aux supermarchés, qui surnagent encore en 2014 dans l'océan de clichés de la représentation des années Soixante. Précisons que si j'écris cela, je reste persuadé que cette décennie, dans son foisonnement intellectuel, cinématographique, culturel et musical reste malgré les errements des uns et des autres autrement plus exaltante que les tristes années 2000 marquées par la vulgarité sans cesse plus marquée des aspirations individuelles et collectives.

Dans « Acid Test », déjà, Tom Wolfe évoquait l'épopée picaresque, survoltée, brouillonne et colorée de Ken Kesey et de ses « Pranksters » vivant à proximité de San Francisco dans la première communauté « psychédélique », subsistant sur les droits d'auteurs que Kesey avait gagné pour « Vol au dessus d'un nid de coucous », à l'origine du phénomène « hippie » et du mythique quartier de « Haight Asbury » dans lequel on pouvait trouver des « Free Shops » où tout était gratuit, où Robert Crumb et Gilbert Shelton distribuaient leurs « comics » « underground » ou « comix », ceci ne signifiant pas pour autant qu'ils ne le faisaient que pour la gloire, à certains moments leurs publications ayant tiré à un million d'exemplaires et leur ayant fait gagner beaucoup d'argent.

Barney Hoskyns raconte la suite des « Tests » de Kesey, autant de « happenings » et de spectacles qui étaient à la fois musicaux et cinématographiques, politiques et complètement hors de contrôle, sous le patronage d'Allen Ginsberg ou Neal Kassady, deux compagnons de route de Kerouac. Et l'on y distribuait de l'acide gratuitement sous toutes les formes. Des hommes d'affaires avisés voient là l'occasion de créer des salles de spectacle pour ce nouveau public, tel Bill Graham, ancien prisonnier d'Auschwitz, au parcours étonnant, n'ayant jamais touché à un « buvard magique » de sa vie bien sûr. C'est ainsi que naît le fameux « Fillmore », et aussi des groupes encore célèbres comme le « Jefferson Airplane », les « Grateful Dead » qui étaient les musiciens « officiels » des « Pranksters ». L'on y entend Janis Joplin et l'orchestre qu'elle a alors à sa botte, « Big Brother and the holding company ».

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Bientôt, cela attire des vedettes et des musiciens de la « Côte Est » et de la scène anglaise comme les « Stones » qui veulent avoir leur part du gâteau et du mouvement, mettant en place des événements comme le festival de Monterey, organisé avec beaucoup de candeur et de naïveté par Mick Jaeger et ses potes, candeur et naïveté menant au désastre que l'on sait, le groupe ayant cru bon de confier aux « Hell's Angels » l'organisation de la sécurité, les « Hell's' » ayant compris cela radicalement si l'on peut dire. Ce qui se passe à Monterey signe la fin du « Summer of Love » et des illusions hippies dont l'auteur affirme que finalement elles ont surtout engendré une plus grande passivité politique, les jeunes se contentant d'écouter les disques en se défonçant et en s'éclatant, et donc que le tout a entraîné encore plus de docilité face aux pouvoirs économiques et politiques ceux-ci ne faisant que rallonger la laisse.

Malgré tout, malgré le désenchantement provoqué peut-être par la lecture de cet ouvrage, il est évident de noter que les jeunes à San Francisco comme ailleurs à la même période avaient des aspirations moins étriquées que celles de leurs congénères modernes, et aussi que celles des « grandes personnes ». Bien sûr, beaucoup se fourvoyaient complètement, s'égarant dans les fumées troubles de la drogue, ou dans les vapeurs méphitiques de l'alcool, mais au moins essayaient-ils de vivre autre chose de plus grand. Je suis souvent frappé de constater bien souvent à quel point certains jeunes sont déjà tellement vieux en 2014, comme ce couple entre autres croisé dans le train, avec des habitudes et un comportement de personnes âgées, déjà confit dans un « ronron » sentimental, allégorie de cette société actuelle tellement médiocre, et vulgaire....

une chanson des "Dead" en bande son...


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