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Richard Millet, pamphlétaire raté

Par Lise Marie Jaillant

Il fut un temps où Philippe Sollers et Josyane Savigneau faisaient la pluie et le beau temps à Saint-Germain. Mais le pouvoir sans limites dérive toujours en tyrannie. Personne n'ose encore élever la voix, mais les sujets chuchotent. Le renversement du despote entre alors dans le champ des possibles.

Quand Pierre Jourde a sorti "La littérature sans estomac", le duo Savigneau/ Sollers a péréclité. Aujourd'hui, la pauvre Josyane en est réduite à fumer des cigares avec des seconds couteaux de l'édition, et à écrire des articles de complaisance.

Le milieu de l'édition étant ce qu'il est, un despote en remplace vite un autre. Richard Millet, éditeur des Bienveillantes et auteur ultra prolifique, est aujourd'hui en position de force. Mais pour combien de temps?

Le pamphlet qu'il vient de sortir chez Gallimard (maison dans laquelle il est également éditeur) pourrait bien être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "L'opprobre" a en effet été écrit pour choquer le bourgeois-bohème: tout y passe, des attentats du 11 septembre, "mise en scène américaine à capitaux saoudiens", à Patrick Modiano, dont les lecteurs "rumine[nt] le bonheur des années soixante ou le parfum vénéneux de l'Occupation".

Si Millet cherchait à créer de la polémique, c'est loupé: tout le monde s'écrase, personne ou presque n'ose lui répondre ou l'attaquer.

Baptiste Liger, journaliste à Lire, écrit ainsi:

"Nous avons en effet contacté de très nombreuses personnalités du milieu littéraire, aux opinions très différentes de celles de Richard Millet. Et - pratiquement - personne n'a désiré commenter. «Vous savez très bien pourquoi», nous dit un éditeur qui préfère rester anonyme. «Même si vous ne mettez pas mon nom, tout finit par se savoir, et je me "grillerais". Excusez-moi...»"

Seul Jérôme Garcin, journaliste au Nouvel Obs et lui même édité chez Gallimard, s'élève contre la tyrannie de "Richard 1er". En clair, seul un autre poids lourd du milieu ose s'attaquer à l'éditeur des "Bienveillantes".

Tout cela est bien sûr pitoyable. Quand j'ai commencé à écrire, je pensais bêtement que le milieu de l'édition était un espace de liberté d'expression et d'indépendance d'esprit. La vérité, c'est que ce milieu est fondé sur la peur. Peur de déplaire à plus puissant, peur de ne plus passer pour "très sympa", peur d'être ostracisé.

(C'est d'ailleurs un discours qu'on me tient depuis plus de deux ans: ma pauvre wrath, tu es grillée dans le milieu, tu aurais mieux fait de la fermer.)

Richard Millet est paradoxalement une victime de ce système féodal d'allégeance au plus puissant. Lui qui espère une bonne polémique est confronté au silence et à la peur. Rien de pire pour un pamphlétaire...


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