Magazine Humeur

Une société de complexés

Publié le 06 février 2015 par Amaury Watremez @AmauryWat

Une société de complexésJe me suis souvenu il y a peu de la constatation effectuée il y a déjà une vingtaine d'années par un allemand de mes amis, vivant alors comme moi à Paris. Il trouvait l'attitude des français, dans le métro, dans la rue, morose, étranger, tellement mal dans leur peau contrairement à ses compatriotes et des habitants d'autres pays...

image prise sur ce site

Une société de complexés
Cela m'agaça sur le moment : de quoi se mêlait-il ?

Et pourtant sa constatation était fort pertinente. Elle le demeure.

Adolescent, mal dans ma peau moi aussi, comme tous les adolescents et nombre de jeunes adultes, j'étais persuadé d'être le seul dans mon cas. Je croyais les racontars de celui-là jouant le rôle du grand séducteur : à l'entendre, il avait commis des exploits amoureux digne des " Onze-Mille Verges ". J'étais certain de la solidité de conviction de cet autre déjà militant actif et reconnu dans son parti. La réputation de telle autre, femme libérée à vingt ans, m'impressionnait grandement.

Je ne comprenais pas ma méprise, ils jouaient tous un rôle pour des raisons diverses :

Des frustrations variées et surtout pour la grande majorité un immense complexe d'infériorité, un mal-être bien enfoui profondément, caché derrière les apparences. Ils essayaient de compenser le tout par divers artifices : une posture, un personnage voire des objets jouant le rôle de " prothèses " à leur personnalité. Et cela ne trompait déjà pas longtemps un observateur un peu lucide...

La première cause de ce mal-être est d'abord l'absence totale, ou quasiment, de transmission de quoi ce soit par les parents à commencer par des valeurs, un idéal de vie, une morale individuelle, le sens des autres...

Je dis bien " quasiment " car ils éduquent malgré tout leurs gosses à devenir des consommateurs dociles, voire serviles, en exauçant le moindre des désirs matériels de leurs " enfants-rois ". Ils agissent ainsi afin d'avoir la paix et surtout par paresse pour pouvoir continuer eux aussi à consommer en toute quiétude, créant parfois littéralement des monstres d'égoïsme.

Une société de complexés

Ces petits rois enfants et adolescents, incapables de mûrir, seront plus tard nécessairement frustrés réalisant l'inanité de telles aspirations matérialistes. Parce qu'il est néanmoins plus confortable de rester dans le mouvement du groupe, comme autant de lemmings suicidaires, ils ne cesseront pas pour autant de courir vers l'abîme de l'hyper-consumérisme effréné.

Ils ressentent cruellement dans leur chair ce complexe d'infériorité car ils savent très bien souffrir de ce manque de repères. Ils jalousent férocement, jusqu'à la haine, toutes celles et tous ceux ayant reçu qui une morale, qui une sensibilité ouvrant aux autres et au monde. Ils ont l'impression d'être ainsi démasqués dans leur personnage construit patiemment par eux dans la vie quotidienne et sur le net, réseaux sociaux, forums et blogs. Et ils ne le supportent pas. Ils jugent cela injuste et attribuent ces différences à des inégalités sociales comme si une éducation digne de ce nom était l'apanage des plus riches, des " bourgeois ", dont je suis, je te le rappelle ami lecteur, ainsi qu'hédoniste et réactionnaire.

Je n'ai jamais compris pourquoi il n'en est pas plus à sauter le pas et à décider de se cultiver et de s'élever vers un sens de l'existence plus noble, tourné vers la Beauté. Ce qui les en empêche c'est à mon avis la lâcheté, la peur d'abandonner le cocon de la " tribu ", de la horde, le plaisir douteux, très douteux, de hurler de concert avec les loups. Au moins, ils ont l'impression illusoire d'être moins seuls.

Cette grave crise morale vécue en particulier par les plus jeunes est l'explication du départ vers l'État islamique et le djihadisme le plus haineux de certains jeunes français, en particulier de quelques centaines dits " de souche ". Mais ce n'est pas exactement un désir d'Absolu leur but ultime, juste l'accomplissement du nihilisme les animant, le pire des nihilismes car les conduisant à renier jusqu'à leur histoire, leur famille, leur amis, leur humanité.

Ce néant est le seul don des " grandes personnes " envers ces gamins livrés au pire depuis longtemps...

Continuons alors à nier la réalité de ce désastre, ou laissons notre regard se dessiller.

Amaury Watremez

illustration du haut empruntée ici , du bas là


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Amaury Watremez 23220 partages Voir son profil
Voir son blog

Magazines