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Houellebecq est-il un écrivain intéressant ?

Publié le 08 février 2015 par Amaury Watremez @AmauryWat

Cet article est dans le prolongement de celui-là, " Houellebecq est-il un écrivain intéressant ?le scandale bien rôdé autour de Houellebecq ". Finalement, s'il y a eu beaucoup de fantasmes autour de " Soumission " il ne fut jamais vraiment question de littérature...

Ces dernières semaines, à cause du tapage médiatique, en partie par lui orchestré, autour de Houellebecq, j'ai eu envie de le relire pour voir ce qu'il en était réellement et de son écriture et de ses idées romanesques, voir " ce qu'il avait dans le ventre " en somme. Car Houellebecq, cela a été oublié, est d'abord un écrivain, et pas un pamphlétaire ou encore un de ces ôteurs engagés dont les œuvres sont plus des tribunes politiques sans intérêt autre que de satisfaire leur vanité que des créations littéraires.

image : allociné.fr

Le style de l'auteur de " Soumission " est plat, peut-être peut-on parler plutôt d'une absence de style ? C'est le reproche le plus courant lui étant adressé. Ou alors emprunte-t-il aux écrivains de " Genre " en général, les ayant beaucoup lus, pour aller à l'essentiel, à la " substantifique moelle " de son propos. C'est une démarche honorable également. Et les restes de la littérature française sont d'ailleurs demeurés là, dans le " Genre ".

Houellebecq est-il un écrivain intéressant ?

Il me semble d'ailleurs d'un côté politique comme de l'autre personne ne paraît s'en souvenir, ou comprendre aussi l'intention satirique de ses histoires. C'est avant tout un descendant de Swift, ou de Céline, en plus dépressif. Mais il est néanmoins lu et pris constamment au premier degré.

Ce n'est pourtant du fait de sa description d'un personnage pédophile ou islamophobe qu'il sera l'un ou l'autre. Cela me rappelle aussi ces spectateurs attribuant aux " méchants " des films hollywoodiens le même caractère que celui des personnages par eux incarnés. Ou bien encore ces pseudo-lecteurs de Céline le lisant ou feignant de le lire du fait de son antisémitisme.

Je me suis donc replongé dans " Extension du domaine de la lutte ", son premier roman, et " La possibilité d'une île ".

Dans son premier opus, Houellebecq apparaît tout d'abord dans l'autofiction, en narrant la vie navrante et médiocre d'un sous-fifre informaticien du Ministère de l'Agriculture car il en fût aussi. En tournant les pages, c'est sa voix que j'entendais. Et puis le livre prend un tour plus féroce, et plus intéressant, dans sa description des rapports des hommes et des femmes à l'ère de l'hyper-libéralisme et du culte de la performance tous azimuts :

Le sexe et l'amour se conçoivent comme sur les marchés économiques. Chacun se doit d'être productif, d'avoir du rendement, d'être efficace, de vivre et coucher avec la personne permettant d'offrir une image sociale la plus compétitive possible. Selon cet optique, les célibataires sont donc considérés tels des parasites, des éléments non productifs et non rentables. A moins de changer de " partenaire " souvent ou d'en retrouver rapidement une fois le,la précédent,e perdu,e.

Cela s'aggrave un peu plus depuis " facebook " et les réseaux sociaux où il est d'usage d'afficher son niveau de performance sexuel et, ou amoureux en public et à tous les vents. Certains sites vont jusqu'au bout de ce logique économique nommant les candidats,es aux rencontres des " produits " vendus comme un morceau de barbaque à l'étal.

L'histoire navrante de l'informaticien " agricole " de Houellebecq et d'un de ses comparses manque de se finir dans le sang et un crime abject. Finalement, celui-ci n'a pas lieu et au bout restera seulement la nostalgie de l'enfance, d'un temps plus serein, plus insouciant. Curieusement tous les personnages de l'écrivain aiment à " se retrouver " près de la mer ou de fleuve. Ils y redécouvrent presque une certaine sagesse de cœur.

Ainsi le personnage central de " Extension du domaine de la lutte " et Daniel25, celui de " la Possibilité d'une île ".

Ce livre m'a rappelé les romans de J.G. Ballard mais en plus sexuel, avec plus de Q frontal en somme, le plus souvent littérairement gratuit. Le lecteur suit en parallèle l'histoire désolante, encore une, de Daniel1, humoriste navrant, réputé politiquement incorrect car il dit des gros mots dans le poste, et de son lointain descendant, et clone, Daniel25, " néo-humain " en quête de son humanité et de sentiments perdus.

Dans ce roman, le corps, et l'esprit, des personnes, des animaux aimés, deviennent littéralement des biens de consommation comme les autres. Ce n'est pas de la Science-Fiction, c'est déjà le cas.

Et si quelques uns accèdent au bout de l'histoire à une certaine forme d'éternité, celle-ci est des plus tristes et " longue surtout vers la fin ", pour reprendre l'expression de Woody Allen. L'être humain y devient littéralement un " roseau pensant " se nourrissant par photosynthèse. La plupart de ces néo-humains vivent tous seuls, enfermés dans des " bunkers " luxueux, entourés de " sauvages ", les autres êtres humains revenus à l'état sauvage suite à une catastrophe écologique.

Daniel1 est un de ces " éléments productifs " de la société hype-libérale. Matériellement il a tout réussi, il a un compte en banque bien garni pour ses vieux jours. Mais il n'a plus vraiment goût à la vie, a peur de mûrir et ne sait plus comment faire pour aimer passé quarante ans. Selon lui vieillir amenant obligatoirement un enlaidissement, la jeunesse étant l'idéal absolu, cela empêche toute possibilité d'aimer l'autre.

Dans ses errements moraux et personnels, il finit par se retrouver embrigadé dans une " église des Elohims ", ce n'est jamais dit mais ce sont bien les " raèliens " et leur gourou grotesque dont il s'agit. On apprend le secret de ce mouvement dont le vrai but semble de rassembler des fonds afin d'amener la création d'un être humain en laboratoire, le clonage et donc pour quelques privilégiés pouvant se l'offrir la vie éternelle. Finalement le gourou n'était qu'un pantin au service de " maîtres " infiniment plus dangereux...

Daniel1 devient un des premiers " élus " à devenir immortel grâce au clonage...

Houellebecq est un petit maître roublard sachant mener son monde et faire parler de lui dans les médias. C'est assez facile, il suffit de pousser les boutons habituels de l'antiracisme, du " padamalgam ", de l'homophobie etc...

L'écrivain à la voix atone et au look débraillé sait parfaitement jouer de tout cela, en bon connaisseur de la nature humaine, et vendre sa marchandise, son produit. Je ne suis pas certain de ce que la littérature y gagne...

Amaury Watremez

photo de l'adaptation cinéma de "Extension du domaine de la lutte" prise ici

ci-dessous extrait de ce film


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