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"Les livres ne sont pas assez chers"

Par Lise Marie Jaillant

"Les livres ne sont pas assez chers", estime l'éditeur Hervé de La Martinière (Sce: Le Monde, 29/05). L'argument est simple: si vous investissez 7 euros pour une place de cinéma, et donc 1h30 de divertissement, vous pouvez bien débourser 25 euros pour un livre qui va vous occuper dix heures.

Avec de tels raisonnements, pas étonnant que le marché du livre soit si moribond en France. Depuis 1981 et la loi Lang sur le prix unique du livre, les Français lisent de moins en moins. D'après le rapport Livre 2010, "le nombre de faibles lecteurs augmente tandis que celui des forts lecteurs diminue. 38 % des personnes interrogées lisent moins de 10 livres par an (en comptant les bandes dessinées), contre 24 % en 1973 ; 15 % seulement lisent plus de 25 livres, contre 22 % en 1973."

Nombre de livres lus au cours des 12 derniers mois 1973 1981 1988 1997 2003 2005

Aucun 30 26 26 26 32 21

De 1 à 9 24 28 32 34 33 38

De 10 à 24 23 24 25 23 21 25

25 et plus 22 18 17 14 14 15

Mais bien sûr, la loi Lang continue de faire "consensus". Les deux députés de la majorité qui ont proposé son amendement sont comparés à "des évadés de l'asile de Charenton" (dixit la patronne de Flammarion, Teresa Cremisi).

Ce qui est frappant, c'est l'usage d'un vocabulaire passionnel pour défendre la loi du prix unique. Le Royaume-Uni, qui a déréglementé le marché des livres en 1995, est un "exemple honni" par les "professionnels du livre". Les conséquences ont soit-disant été désastreuses: "des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles".

Je pourrais tenter de répondre par des arguments rationnels: la suppression du prix unique a entraîné une baisse générale des prix et une augmentation des titres publiés. L'édition britannique est un secteur florissant et extrêmement divers (de la "literary fiction" la plus exigeante à la chick lit grand public).

Seulement voilà: il ne sert à rien de répondre par la raison à la passion. Des termes comme "dérégulation" ou "dérèglementation" entraînent tout de suite une levée de boucliers. Il ne sert à rien de démontrer que la Loi Lang est absurde et pèse sur le porte-monnaie des lecteurs. Mieux vaut applaudir Hervé de la Martinière et demander une augmentation du prix des livres. Qui a besoin de lecteurs, de nos jours?


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