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Lady Jane Digby. Voyages : Turquie, Palestine, Liban, Irak, Syrie...

Par Mmediene

" Habitants de Damas : quatre choses sont pour vous des sujets d'orgueil à l'égard du reste du monde (...), votre air, votre eau, vos fruits et vos bains. J'ai voulu que votre mosquée fût votre cinquième sujet d'orgueil. "
Al-Walid sixième calife omeyyade.
Tiré de La grande mosquée des Omeyyades de Gérard Degeorge.

Une âme bédouine
En avril 1853 Lady Jane s'est embarquée pour l'Orient. L'aristocrate anglaise de 47 ans laissait derrière elle trois mariages, six enfants et un grand nombre d'amants. Une intense vie amoureuse qui avait scandalisé la société de son temps. Elle avait écrit " Le malheur de mon esprit c'est croire que l'amour c'est tout ; sans ce sentiment la vie n'est qu'un triste vide. Le besoin d'aimer et d'être aimée c'est pour moi comme l'air que je respire et la seule cause de tout ce que je dois me reprocher. "
Ce voyage était une fuite, elle voulait oublier son dernier et passionné amour et la tragique mort de son fils le plus cher. Elle rêvait de suivre les pas de lady Stanhope en croyant que dans ces terres elle pourrait commencer une nouvelle vie loin des souvenirs qui la tourmentaient.
Elle est née en 1807 dans le comté de Dorset dans une famille aristocrate et dès ses premiers ans elle se distinguait par sa débordante beauté et expressivité. Elle reçoit une éducation très raffinée et avec 17 ans elle se marie avec lord Ellenborough, un veuf de 34 ans, très riche et charmant mais qui consacrait tout son temps à sa carrière politique. C'est alors que Lady Jane commence à collectionner des amants. Sa première conquête a été un bibliothécaire du Musée Britannique, après un cousin, Georges Anson, avec lequel elle a eu son premier enfant. Son mari l'avait reconnu même en connaissant la vérité de peur d'un scandale qui nuisait sa carrière. Un an après l'accouchement elle reprend son intense vie sociale. En 1828 elle connaît l'homme pour lequel elle sentira une passion débordante. C'était le prince Félix Schwarzenberg de Bohême. Il était un beau et grand homme de 27 ans qui portait une extravagante moustache qui faisait sensation entre les dames. Ils ont vécu un torride amour de manière très indiscrète et sans penser au scandale qui provoquait leur comportement.
Le divorce était inévitable en devenant la une des journaux de l'époque. Son amant est envoyé par le prince Metternich à Paris pour essayer de les séparer. La situation de lady Jean devient très difficile à Londres où toutes les portes sont fermées pour elle. Elle est enceinte et décide de partir à Paris pour être avec son amant. En 1829 elle s'installe dans un luxueux près du Palais Royal maintenue par son amant. Quelques mois après elle accouche une fille appelée Mathilde. La fougueuse Jane était toujours très amoureuse de Félix mais il avait perdu l'intérêt. Il ne voulait pas sacrifier sa carrière comme diplomate et la relation avec une femme très libérale et indépendante lui compromettait sérieusement. Elle a un autre enfant et il refuse de le reconnaître. Le bébé est mort avec dix jours et un an après en 1831 il quitte Jane et rentre en Autriche.
Pendant ces années dans lesquelles elle luttait pour un amour non rendu elle devient une femme célèbre à Paris. Pour oublier les constants affronts du prince elle se plonge dans la vie artistique parisienne des années 30. Elle fréquentait un petit groupe appelé le Beau Monde formé par les bohémiens les plus célèbres de l'époque. Le milieu était impregné d'un exotisme oriental qui avait mis à la mode le peintre Delacroix. George Sand se promenait habillée d'homme turc avec des culottes bouffantes ????, des babouches et une cape orientale. Balzac et Franz Liszt portaient le typique fez rouge avec un pompon en soie et fumaient du narghilé. Dans ces années folles Jane a connu le légendaire leader algérien Abd el-Kader avec qui elle se rencontrera trente ans après à Damas.

La muse du roi
On ne sait pas très bien pourquoi mais après la rupture définitive avec le prince elle laisse sa fille à Paris et part à Munich prête à commencer une nouvelle vie et se récuperer d'une forte dépression. En 1831 Munich vivait une époque dorée, elle était une des villes le plus intéressantes d'Europe au niveau artistique et culturel grâce en grande partie au roi Louis I de Bavière, un grand mécène des arts et de la littérature. Le monarque était un homme extravagant, raffiné qui rêvait de faire de sa ville une Florence des Médicis. En plus des oeuvres d'art il avait un faible pour les femmes belles et lorsque il a vu pour la première fois Jane sur la terrasse du célèbre café Tambosi, il a succombé devant son éblouissante beauté. C'était en 1832 et peu après elle est devenue sa muse et le roi pour elle son plus fidèle ami, confident et amant sporadique, selon certains biographes. Obsédé par la beauté des femmes il avait une particulière pinacothèque appelée la Galerie de la Beauté où il gardait de magnifiques portraits des femmes les plus belles de l'époque, de la fille d'un cordonnier de Munich jusqu'à la femme du premier ministre britannique. Il demande à Jane de poser pour l'artiste Joseph Stieler, un peintre qui transformait à toutes ses modèles en héroïnes romantiques. Lady Jane n'a pas aimé ce tableau réalisé selon les canon classiques de beauté (peau transparente, traits parfaits et symétriques). Il ne faisait pas justice à sa beauté.
Les rumeurs qui disaient que lady Jean était sa nouvelle maitresse ont commencé à circuler. Louis I était mariée avec la princesse Teresa qui était considérée la femme la plus belle d'Europe. Elle était très libérale et connaissait les infidélités de son mari et ne semblaient pas l'inquiéter. Pourtant, le capricieux roi paierait sa faiblesse lorsqu'en 1848 a dû abdiquer après avoir vécu une passionnante idylle avec la danseuse Lola Montez. La courtisane qui disait être de Séville mais qui certains biographes situaient sa naissance en Irlande- était plus qu'une maitresse et le roi est arrivé à lui offrir des titres nobiliaires et finalement le gouvernement de l'Etat. Peu de temps après il a dû abandonner le trône.
Lady Jean vivait en Munich protégé par un roi qui la traitait comme une princesse. C'est alors que le baron Venningen apparaît et tombe amoureux d'elle. Il commence à la courtiser avec le consentement du roi. En 1833 elle accouche de nouvel un enfant à Palerme, Heribert, et le baron qui était un gentleman lui demande de se marier, elle n'était pas très sure mais elle accepte conseillée par le roi pour redresser sa vie et finir avec sa mauvaise réputation. Elle avait 26 ans et partirent vivre à la campagne où elle commence à s'ennuyer. Elle accouche une fille, Berta, avec des problèmes mentaux, qui selon les biographes était la fille du roi. Les tensions commencent à apparaître très tôt entre eux. Au printemps 1835 la monotone routine s'est vue troublée grâce à la visite de Balzac qui se dirigeait à Vienne. Balzac avait connu la dame en 1831 et admirait son esprit indépendant et son fougueux tempérament. Grand connaisseur de la psychologie féminine, Balzac s'est inspiré d'elle pour créer le personnage de lady Arabelle Dudley dans Le lys dans la vallée et l'a décrit avec ces mots : " Son corps ne transpirait jamais, elle aspirait le feu de l'atmosphère et vivait dans l'eau. Pour cela sa passion était complètement africaine ; son désir allait comme le tourbillon du désert, d'un désert dont son ardente immensité reflétaient ses yeux, d'un désert plein de grandeur et d'amour, avec un ciel inaltérable et des fraîches nuits étoilées. Trente ans avant qu'elle soit devenue la femme d'un bédouin, Balzac avait eu l'intuition que son destin était dans les ardents déserts d'Orient.
En 1835 elle tombe amoureuse du comte grec Spiros Theotoky, il n'était pas riche mais il aimait la vie et l'aventure. Lorsque le mari les découvre ils se battent en un duel, le comte tombe blessé mais le mari repenti le mène au château pour qu'il soit soign.Quelques jours après elle s'enfuit avec lui et part à Corfou abandonnant son mari et ses enfants.
Jane et Spiros partent à Paris. Elle était enceinte et se sentait plus heureuse que jamais. En 1840 elle accouche de Leonidas, son fils le plus désiré et le plus cher. Pour la première fois son sentiment maternel qu'elle n'avait jamais ressenti pour aucun de ses enfants qu'elle avait tous laissé à leurs pères, s'était réveillé. Elle s'est mariée avec Spiros à Marseille après se convertir à la religion orthodoxe. Elle passe des ans merveilleux avec le comte en Grèce. Elle était fascinée par le romantisme de ce pays et elle trouve l'équilibre émotionnel qu'elle recherchait. Après la mort de son père elle devient une femme riche et ils vivent avec un grand luxe qui rivalisé avec la reine Amalia. Vers 1846 elle découvre que son mari est infidèle et le quitte. Peu après son fils meurt en tombant d'un balcon et elle reste complètement déchirée pensant que c'est une punition de Dieu pour avoir abandonnés ses enfants.
Cependant, elle allait vivre une autre aventure à Athènes lorsqu'elle a connu Xristodolous Hadji, un gouverneur d'Albanie de 65 ans, homme de confiance de la reine Amalia. Il était un ancien brigand qui s'était dédié à voler les voyageurs jusqu'à ce que le roi Oton lui commande de protéger´la frontière entre la Grèce et l'Albanie. Il était grand, beau, avec un grand sens d'humour et bon vivant. Pour les ennuyeuses dames de la cour il représentait le feu et l'aventure. Et Jane qui était une romantique incorrigible est tombée amoureuse follement de lui. Après son divorce elle déménage à la caserne du général Xristo à Lamia où elle s'adapte facilement à une vie très dure et nomade. Elle avait 45 ans et elle était toujours une femme athlétique qui passait de dures journées à cheval, vivait avec des ivrognes et dormait en plein air.
Le géneral Xristos serait devenu son quatrième mari si la reine Amalia qui était attirée par lui, n'était pas intervenue en destituant au général. Il décide de continuer avec Jane et partent à Athènes avec l'idée de se marier mais Jane découvre qu'il avait essayé de séduire à sa servante française Eugénie et elle le quitte. Convaincue que sa vie de passions et d'amour était finie elle décide de partir à l'Orient pour tout oublier. Elle ignorait que dans l'équateur de sa vie commencerait la plus grande de ses aventures et qu'en Syrie elle trouverait ce qu'elle avait cherché pendant toute sa vie : le vrai amour.

La nomade passionnée
Son premier destin a été Jérusalem en 1853 où elle et sa " demoiselle d'honneur" Eugénie ont séjourné pendant quelques jours en visitant les lieux saints. Elle a fait des dessins au même endroit où le peintre orientaliste David Roberts avait réalisé ses paysages bibliques en 1830. Après elle décide de partir à Damas. Pendant le voyage à travers le désert elle rencontre un jeune bédouin appelé Saleh. C'était la première rencontre avec les hommes du désert et loin des préjugés de beaucoup de ses contemporains elle trouve beaucoup d'affinités avec eux. Saleh l'invite à sa " jaima " et elle est fascinée para l'honneur, l'orgueil, la gentillesse des bédouins, leur vie nomade sans aucun type d'attachements. Elle découvre qu'elle avait aussi une âme bédouine. Elle tombe amoureuse du jeune Saleh et elle rejoint sa caravane. Après des jours de voyage ils arrivent à un hameau où ils peuvent dormir dans une auberge. L'impétueuse Jane n'hésite pas à l'inviter à dormir avec elle. Le jeune accepte et elle était euphorique comme elle avouait dans son journal : " Si je n'avais ni miroir ni mémoire je croirais que je n'ai que quinze ans. Après quelque jours de voyage ils arrivent à Tibériade et lady Jane voulait aller à Damas pour préparer son voyage à Palmyre. Elle promet à Saleh qu'ils se retrouveront bientôt au Liban mais le bédouin a dû penser que cette excentrique anglaise avait perdu la tête dans le désert.
Pour aller à Palmiyre le consul britannique lui offre une escorte avec un homme à la tête de confiance, Abdoul Medjouel el Mezrab, le frère cadet de cette tribu de bédouins célèbres pour sa noblesse, son honnêteté et son raffinement. Après la mort de son frère ainé il sera le sheikh des Mezrab. Ils étaient une petite tribu que ne dépassait pas les 100 tentes et qui dépendaient d'autres tribus pour leurs subsistances. Cependant, ils avaient une grande influence dans la région parce qu'ils contrôlaient la grande bande du désert qui entourait Palmyre et protégeaient cette ville. En plus, ils escortaient les voyageurs qui, comme Lady Jane, voulaient connaître cette région car ils étaient les seuls à connaître où se trouvaient les puits d'eau. Les Mezrab seulement luttaient pour se défendre, ils ne pillaient jamais des caravanes. Des membres de cette tribu avaient escorté avec succès Lady Stanhope dans son voyage à Palmyre en 1813.
Depuis le premier moment que Medjouel a vu Lady Jane il s'épris d'elle. La différence d'âge (il pouvait être son fils) n'avait pas été un obstacle pour qu'il se sentait attiré par sa beauté et son courage. Il était habillé avec la vaporeuse tunique blanche des chefs bédouins et sur les épaules il portait une cape écarlate avec l'insigne doré d'un prince du désert. Lady Ann Blunt, la petite-fille de Lord Byron a connu Medjuel en 1878 lors de son séjour à Damas et elle le décrivait ainsi : " Il était petit, svelte, avec de petits pieds et mains, un teint de couleur olive, une barbe qui commençait à blanchir, des yeux noirs comme ses sourcils fournis.... "
Medjuel était un bédouin atypique par sa vaste culture et formation. Il savait lire et écrire et parlait plusieurs langues, il était un amoureux de sa terre et connaissait mieux que personne l'histoire du Proche Orient. En plus il était d'une extrême gentillesse. Lorsqu'ils arrivaient à Damas Medjuel voulait que la voyageuse avait la meilleure vue de la ville et l'a amené au belvédère d'où Mohamed avait refusé entrer à la ville parce que la seule vision du paradis lui suffisait. Il avait également prévenu à la ville pour recevoir la dame avec tous les honneurs. Ainsi, ils ont traversé les magnifiques jardins de Damas entourés par des chants et musique. Pour Jane cette fraicheur et exubérance qui respirait était un cadeau du ciel. Damas était pour les occidentaux la ville musulmane la plus pure car à différence de d'Istamboul, Beyrouth ou Le Caire elle n'était pas contaminée par l'influence européenne. Mais l'aspect négatif était qu'il existait une grande intolérance contre les chrétiens. Pour cela Damas était la ville la plus dangereuse de l'empire ottoman, mais Jane n'avait pas peur, elle visite la ville et achète les vêtements arabes que n'abandonnerait jamais tandis que Medjuel prépare le voyage à Palmira.
Malgré les dangers que le consul britannique lui sur le voyage à Palmira elle continue avec ces plans. Les bédouins attaquaient les caravanes et enlevaient les voyageurs pour demander une rançon. Au début de juin 1953 ils commencent le voyage dans une caravane beaucoup plus austère que celle de lady Stanhope. Malgré les dures journées Jane était heureuse, elle aimait s'asseoir près du feu et écouter les histoires des bédouins et dormir à nouveau en plein air et peu à peu elle commence à ouvrir son coeur à Medjuel. Loin de se scandaliser avec les histoires d'amour que la dame avait vécu, le bédouin se sentait de plus en plus attiré par cette dame courageuse et passionnée. Elle lui parle aussi de la relation avec Saleh et ce qu'elle sentait pour lui.
Un jour ils sont attaqués par un groupe des bédouins, tous les hommes avaient fui en le laissant tout seul pour faire face les bandits. Ils sont partis lorsqu' ils ont découvert qu'il n'y avait rien de valeur. Elle se rappellerait toujours de son première embuscade et du courage de Medjouel mais dans ce moment-là elle était toujours amoureuse de Saleh et rêvait de se marier avec lui.
Lorsqu'ils sont arrivés à Palmira elle était emue de pouvoir admirer la beauté de cette magnifique ville, le temple Bel, l'avenue des colonnes. Elle parcourt la ville la nuit accompagnée de Medjuel, fait des dessins de l'impressionnante acropole et comme par sécurité on ne permettait qu'un séjour de 24 heures pour les étrangers. Le lendemain à la tombée de la nuit ils mettent le cap sur Damas où ils arrivent sans aucun incident dix jours après.
Quand ils arrivent à Damas Medjuel part pour son pélerinage à La Mecque et lady Jane retourne en Grèce pour vendre ses propriétés et retourne en 1853 au Liban et après Hébron pour rencontrer Saleh. Mais il s'était marié et inconsolable retourne à Damas où elle retrouve Medjuel pour la consoler. Il lui demande de se marier avec lui mais elle lui dit qu'avant il devait répudier ses deux femmes. Pendant les mois suivants Lady Jane et sa fidèle servante Eugénie voyagent entre la Syrie et l'Irak sans Medjouel qui devait chercher des pâtures d'hiver. Lady Jane rejoint une caravane d'un malin bédouin appelé sheikh el Barak. Pour plus de sécurité la voyageuse s'était déguisée en bédouine et elle se fait passer par l'épouse de Barak. Quelques jours après Jane s'est rendue compte de son erreur car il n'y avait presque pas d'aliments, d'eau et il faisait très froid. A mi-chemin ils ont souffert une embuscade, après des jours des négociations avec les bandit ils étaient libérés. Lady Jane et Eugénie ont été bien traitées parce que les bandits pensaient qu'elles étaient des femmes bédouines. S'ils avaient su qu'elles étaient chrétiennes elles auraient été violées et vendues comme des esclaves. Quand la caravane est arrivée au bord de l'Euphrate lady Jane a écrit dans son journal : " j'ai visité les femmes d'un harem qui vivent dans un entourage de malheur et d'obscurité....si ma mère pouvait me voir en train d'applaudir et de chanter avec elles. "
Comme beaucoup de voyageurs anglais du XIXème Bagdad l'avait déçue. Elle n'était plus la magnifique ville de palais dorés... " Maintenant c'est une ville de petites et pauvres maisons en adobe. Les rues sont étroites et sans pavés. Dépourvue de son ancienne richesse elle n'a aucun intérêt. Les successives invasions, l'occupation des turcs corrompus, les épidémies et les inondations avaient détruit toute sa splendeur. Après être enfermée quelques jours dans un petit hôtel de Bagdad atteinte par la malaria elle a demandé à Barak de rentrer à Damas. Pendant la traversée pour le désert elle a rencontré Medjuel qui venait avec un beau cheval pour qu'elle revienne avec tous les honneurs à Damas.
Pendant les jours suivants Jane a découvert chez Medjuel tous les vertus qu'elle cherchait dans un homme. Il était tout un gentleman, romantique et très gentil. Finalement il se divorce et ils décident de se marier. Mais ce n'était pas si facile. Le consul britannique et la tribu de los Merzab était contre cette union. Le mariage finalement s'est célébré par le rite musulman à Homs. Jane a dû accepter que si son mari n'était pas satisfait il pouvait chercher une autre femme. Pourtant, dans les 25 ans qui allait durer leur vie en commun, il n'a pas eu besoin d'autre femme.
Après un voyage à Palmira Jane part pour Angleterre pour finir avec ses affaires là-bas et ce n'était pas très facile d'expliquer son mariage. Le racisme était très répandu. Elle venait d'avoir 50 ans et elle se sentait une étrangère dans son pays. Son esprit était trop libre pour se soumettre à la moralité dominante. Les couleurs et les odeurs d'Orient lui manquaient et elle souhaitait rentrer en Syrie et vivre là-bas avec son époux et partager une vie sauvage et nomade. Elle ne rentrerait jamais en Angleterre. A son retour elle se consacre à organiser la vie avec son époux. Ils décident de passer six mois à Damas et six mois dans le désert avec la tribu comme une authentique bédouine. Lorsqu' Isabel Burton l'a connue elle a écrit qu'elle était plus bédouine que les badawi. Elle portait des tresses jusqu'à la taille. Elle se lavait les cheveux avec l'urine des chameaux parce que cela tuait les poux et les cheveux brillaient. Elle était habillée avec la typique tunique bleue, pieds nus et les yeux peints avec khôl. La vie du désert était extrêmement dure mais elle se sentait heureuse. Sa famille, les bédouins, l'adoraient. Tous lui demandaient des conseils et des solutions à leurs problèmes.
En 1859 a eu lieu un terrible évènement dans l'histoire de la Syrie. Le froid et les gelées avaient détruit les récoltes et une grande famine a secoué la population. Au mois de juin une guerre civil entre musulmans et chrétiens s'est déclenché au Liban atteignant Damas en juillet 1960 où les kurdes et les druses ont décimé la population chrétienne. Dans un seul jour 6.000 personnes ont été assassinées. Leurs maisons, les églises ont été incendiées. Cette violence était dirigée aussi contre les consulats étrangers. Le héros de cette journée serait l'Emir algérien Abd-el-Kader, exilé à Damas après s'être rendu en 1847 et libéré par Napoléon III qui l'a envoyé à Damas avec sa famille et une généreuse rente annuelle. Lorsqu'il a connu les terribles atrocités contre les chrétiens il a procuré un refuge à près de trois mille chrétiens qui fuyaient la mort.
Lady Jane fortement protégée par les Mezrab s'est échappée et elle est sortie pour aider les chrétiens en les donnant refuge chez elle. Le respect que les habitants de la ville sentaient par la dame a été montré ce jour-là car personne n'a pas attaqué lady Jane.
En 1869 elle avait 62 ans et écrivait dans son journal : " 62 ans et pourtant une jeune impétueuse et romantique de 17 ans ne me gagne pas en sentiments ardents et passionnés ". La relation avec son mari était très consolidée et elle était devenue très célèbre. Tous les écrivains ou voyageurs qui passaient pour Damas voulaient la visiter. En octobre 1969 sir Richard Burton est arrivé à Damas comme consul accompagné de sa femme Isabel Burton. Jane admirait profondément Burton pour ses connaissances du monde arabe et ils passeraient de longues soirées en parlant sur des sujets orientaux. Elle donnerait à Burton des informations précieuses sur les coutumes sexuelles des femmes des harems qu'il utiliserait après dans la traduction des " Mille et une nuits ". Burton disait qu'elle était la femme la plus intelligente qu'il avait connu mais que parfois il se méfiait d'elle puisqu'elle était plus bédouine qu'européenne.
Quant à Isabel Burton, elle admirait cette femme lui consacrant beaucoup de chapitres dans sa biographie : " Elle pouvait faire tout, elle parlait neuf langues. Sa tribu l'honorait et la respectait comme une reine. En la voyant au bazar on aurait pu dire qu'elle avait 34 ans. Pourtant, Isabel ne comprenait pas comme une aristocrate cultivé et belle pouvait partager sa vie avec un arabe " un sale et petit ou presque petit noir ....Je ne comprenais pas comme elle pouvait supporter le contact avec cette peau si obscure. Son cheikh était très brun, plus brun qu'un persan et plus brun que les arabes en général. Il était un homme intelligent et charmant mais pas autant pour se marier avec lui " En réalité tout les compatriotes pensaient comme elle mais lady Jane se moquait en disant que son mari n'était pas un barbare mais elle devait reconnaître qu'elle avait mis plus de 15 ans à lui apprendre utiliser le couteau et le fourchette. Isabel Burton et Lady Jean sont devenues de grandes amies et selon la première lady Jean l'avait nommée sa biographie officielle. Pourtant, Mary S.Lovell, qui a écrit la plus complète biographie sur Lady Jean dans son livre " A scandalous life " met en doute qu'elle voulait que madame Burton écrivait ses mémoires. Dans ces lettres et journal qui se conservent dans les archives de la famille Digby, on voit très claire comme elle avait horreur que sa vie devenait un spectacle après sa mort. En 1872 s'était déclenchée une grande guerre entre les tribus bédouines les plus importantes. Lady Jean a participé dans la bataille avec son mari et le bruit courait qu'elle était morte. La nouvelle est arrivée aux journaux européens et on pouvait lire des mensonges. Isabel Burton déclare publiquement que seulement elle est autorisé à publier ses mémoires qu'elle l'avait dicté à Damas. Lady Jane qui n'était pas mort et n'avait jamais parlé avec Isabel de ses mémoires l'appelle pour lui dire qu'elle n'a jamais voulu publier rien sur sa vie et qu'elle lui rend les notes qu'elle possédait.
Ses dernières années se sont écoulées tranquillement. En 1877 lady Jane avait 70 ans et continuait amoureuse de son mari. Ceux qui l'on connu affirmaient qu'elle conservait toujours sa beauté, sa peau d'albâtre, ses lumineux yeux bleus et celle élégance princière qui avait tellement impressionné Isabel Burton. Elle était devenue grand-mère d'un fils d'Héribert. Elle avait eu toujours des nouvelles de son ex mari le baron Venningen qui l'a raconté aussi que sa fille Berta avait été internée dans un hôpital à cause de ses problèmes mentaux.
Dans l'été de 1881 une épidémie de colère s'étend pour la ville et le 11 août lady Jean meurt de dysenterie. Elle était enterré dans un petit cimetière protestant comme elle avait demandé. Le cortège funèbre était formé par plusieurs voitures alors qu'elle était entré " à la ville à cheval. Medjuel qui allait à l'intérieur dans une voiture se sentait étouffer et il est sorti en courant. Il est retourné sur la plus belle jument de Jane et accompagné des membres de sa tribu habillés avec les blanches tuniques qui contrastaient avec le noir des assistants. Elle l'avait aimé ainsi, comme un homme orgueilleux et noble monté sur un splendide pur-sang. Medjuel avait représenté pour elle toute l'aventure et le romantisme d'Orient.


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