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Peintres algériens - Aperçu sélectif

Par Mmediene

Premier tableau
La peinture algérienne moderne s'est longtemps nourrie d'une pratique liée à l'art de la couleur et du signe - tapis, poterie, dinanderie, bijoux de nacre et d'argent. C'est ce qui frappe Matisse lorsqu'il découvre, en 1905, le travail des artisans du sud algérien, maîtres de la couleur franche et du dessin géométrique érigés en langage pictural. C'est là, pendant ce voyage, que Matisse comprend ce qu'est le fondement de sa peinture. Une tapisserie colorée faite de dessins primaires qui bouleverse la conception de la chose peinte en simplifiant, stylisquement parlant, la représentation des formes.
Quand s'annoncent les premiers peintres algériens la révolution matissienne n'a pas encore porté tous ses fruits. Comme pour Picasso et l'art nègre les résistances académiques sont rudes, bien plus à Alger qu'à Paris. Au début du siècle dernier les frères Racim, Omar et Mohamed, s'adonnent d'abord à la miniature, genre considéré peu subversif. Mohamed excelle à montrer des scènes d'un passé idéalisé, puis s'arrache au rôle dans lequel veulent le confiner les ateliers d'arts indigènes. Il s'éloigne de la tradition perse et byzantine de la miniature en "algérianisant" ses sujets et rompt avec la pratique de l'anonymat en signant désormais ses œuvres. En l'absence d'un public qui aurait pu l'encourager, sa démarche rencontre peu de succès. Racim se tourne alors vers la peinture de chevalet avec d'autres artistes dont Abdelhalim Hemche, Hacène Benaboura, Azouaou Mammeri, Miloud Boukerche. Sans réussite là aussi mais la brèche est ouverte par où les futurs peintres algériens s'affirmeront en tant que tels. Une esthétique liée à la situation politique qui les marginalise s'ébauche alors, identitairement hésitante car encore très marquée par la figuration orientaliste.
Au début des années 1950, une nouvelle génération de peintres fait parler d'elle tels Abdelkader Guermaz, Bachir Yellès, M'Hamed Issiakhem - œil de lynx, gosier d'océan - Abdellah Benanteur, Mohamed Temmam, Ali Ali-Khodja, Mohamed Khadda, Choukri Mesli alors qu'en littérature Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohamed Dib, Malek Haddad, Kateb Yacine sont publiés. Une remarque en passant : l'antagonisme qui oppose dans l'écriture Arabophones et Francophones n'existe pas en peinture. Au contraire. Et cette complémentarité, pour ne pas dire complicité, confère à la peinture algérienne l'une de ses singulières qualités.
Ces peintres témoignent d'une réalité sociale, la leur, dominée par l'injustice. Ils réagissent contre l'image folklorique d'eux-mêmes diffusée par la peinture orientaliste, et tentent de rétablir le véritable visage d'eux même. Leurs œuvres s'inscrivent aussi bien dans le registre de la figuration que dans celui de la représentation déconstruite comme chez Khadda qui intègre dans ses compositions des lettres stylisées de l'alphabet arabe et berbère utilisées, non comme élément linguistique, mais comme objet plastique. La calligraphie, l'une des pratiques heureuses de l'art, fait ainsi retour dans l'élaboration de l'œuvre peinte - mais sans sa dimension lisible. L'univers chromatique de Khadda est dominé par les bruns : brun de la terre, brun des incendies éteints, brun des peaux, brun des végétations sèches, brun des ombres. Dans la même lignée, ce travail sur la lettre vidée de son sens littéral, s'observe chez Rachid Koraïchi ou Mehjoub Ben Bella, qui bénéficient aujourd'hui d'une reconnaissance internationale. Quant à Issiakhem, peintre de la figuration subjective, torturée, il dévoile dans ses toiles, en jouant sur les ocres et les bleus, toute la gamme des bleus, la souffrance et la violence qui caractérise la vie des femmes d'Algérie. Le peintre brosse leur portrait en insistant particulièrement sur le regard, celui qui n'est jamais vu et jamais dit. Ce regard de silence douloureux que l'on peut observer dans le travail du photographe Marc Garanger.
Ces peintres, tout en empruntant au fonds pictural occidental ses procédés techniques, puisent dans le substrat culturel qui les a nourris et façonnés des motifs qui les rattachent à leur histoire. Ils réalisent de la sorte la synthèse entre les techniques modernes de l'activité plastique et leur univers marqué par la présence du signe et du symbole, de la couleur et de la forme.
Un destin exceptionnel bouleverse la vie d'une jeune femme, Baya, qui la met précocement en contact avec de grands artistes parisiens grâce à Aimé Maeght. Avec l'aide de son mentor qui lui présente André Breton, elle expose dans une galerie parisienne ses œuvres dont la facture naïve, très " art brut ", plaît aux surréalistes. C'est à cette occasion que Picasso, intéressé par l'originalité de Baya, la prend un moment sous son aile. Elle poursuivra jusqu'à sa mort en 1998 à Blida, sa ville natale, une œuvre plastique singulière, mais répétitive, où transparaît, à la fin de sa vie, malgré l'éclat de ses couleurs, l'horreur qui endeuillait son pays dans les années 1990
Après les années 1960, dans le souffle une liberté assez vite prise en otage, les peintres accèdent aux cimaises des musées hérités de la période coloniale. Des expositions sont organisées qui montrent à un public de constitution récente les œuvres d'artistes qu'il ne connaissait pas.
L'école Nationale des Beaux Arts d'Alger ouvre des annexes dans les grandes villes d'Algérie. La villa Abdel-Tif, sorte de villa Médicis imaginée par Jean Alézard au début du siècle dernier, reçoit en résidence des peintres nationaux ou internationaux.
Un débat d'idées agite à cette époque les hommes de culture. Le monde des marges fait entendre sa voix et pose tout ensemble aux peintres et aux écrivains la question de la fonction de l'art. Des associations qui regroupent des peintres de même sensibilité se constituent. La principale, l'Union Nationale des Arts Plastiques - l'U.N.A.P. fondée au lendemain de l'indépendance par les artistes " historiques " - rapidement récupérée par le pouvoir. Elle bénéficie des facilités offertes par l'Etat, et devient naturellement le vivier de la peinture officielle. Les voyages, les bourses à l'étranger, les commandes publiques sont d'abord distribuées à ses membres. En contrepartie de ces avantages les artistes devaient glorifier, avant toute chose, la guerre de libération et au delà, le Système. Ils avaient pour tâche aussi d'embellir un passé réduit à l'ère arabo-musulmane, effaçant de ce fait une partie essentielle de la mémoire du pays, faisant paradoxalement sienne la vision de l'Histoire imposée par la colonisation. Cet art de parti-pris, inspiré du réalisme socialiste, appauvrit la veine créatrice des peintres qui y adhèrent. Ceux-ci, dont Farés Boukhatem, le plus connu d'entre eux, se sont laissés convaincre, par naïveté ou par opportunisme, par cette conception de l'art qu'ils qualifient curieusement d'avant-gardiste.
La transformation de la société algérienne attendue par la mise en place des révolutions agraire et culturelle fascine de nombreux artistes, dont les sculpteurs. Des œuvres de circonstance, souvent médiocres, sont conçues sur le lieu même du déroulement des plus emblématiques de ces révolutions. L'UNAP, dès lors, se vide progressivement de ses adhérents les plus marquants qui reprennent leur liberté de créer. D'autres peintres, plus récalcitrants aux mots d'ordres politiques, opèrent une incursion dans le domaine magique du signe et du tatouage, exhumant de l'oubli les racines lointaines d'un peuple aux origines et aux croyances multiples. Ce groupe, désigné par le terme Aouchem (tatouages), est mené principalement par Mesli, Denis Martinez et Hamid Tibouchi. Il fouille au plus profond de l'imaginaire populaire et offre à un public, parfois dérouté, des pistes neuves pour renouer avec la mémoire première. Beaucoup de ces peintres enseignent à des étudiants de plus en plus nombreux à l'E.N.B.A., où leur influence est grande. A côté de ces peintres qui ont suivi les cours de l'E.N.B.A. ou ceux des grandes écoles d'art de Paris, Florence, Moscou, Bruxelles, La Havane ou Madrid, se développe un art autodidacte d'une grande puissance dont l'une des figures est représentée par Djamel Bellakh, l'exilé de Aïn Touta. Cet artiste propose dans son œuvre une vision désespérante du monde où le rêche, le coupant, le lourd dominent dans des tonalités sombres. Matiériste et physique, travaillant de ses mains autant qu'avec l'outil de l'artisan, Bellakh donne souvent l'impression de sculpter ses toiles qui invitent au toucher. Il construit depuis plus de 30 ans une œuvre grise, fermée à l'espérance, qu'aucune actualité n'a contredite. Peintre littéraire, les passerelles qu'il tend entre son mode d'expression et la littérature sont nombreuses et fécondes : elles permettent cette circulation de sens si précieuse à l'art. L'homme "revu" par Bellakh est décrit sans complaisance, ses impuissances sont dites comme sont parfois indiquées les voies qui lui permettraient de le sauver. Mais là encore, en voyant lucide, il avoue son scepticisme. Le bonheur n'est pas à l'ordre du jour, nous rappelle-t-il d'œuvre en œuvre. Dans la même lignée, en France, se formant à l'école de la quête et du tâtonnement, Kamel Souahlia s'aventure, à l'ombre des Maîtres qu'il s'est choisi, dans le vertige des bleus et des ocres pour composer une œuvre inclassable.
Parmi les sculpteurs je nommerai Mohamed Boukerche, Demagh et Bouhadjaj. Je retiens, ce n'est qu'un exemple, Bouhadjaj. Après plusieurs voyages en Europe, il retourne en Algérie où il décide de se consacrer à la mise en "formes", au milieu d'une fantastique forêt minéralisée, du monde préhistorique dessiné sur les parois des grottes du Tassili. A partir d'une armature de fer et d'un ciment fait de sable, de terre rouge, de sciure et de colle, Bouhadjaj façonne une population composée de femmes et d'hommes qui évoquent les personnages de Giacometti. Tout un peuple à demi nu, que le sculpteur réinvente, fait surface dans une quotidienneté mêlant les scènes de guerre, de chasse, de danse ou de cueillette.
Les miniaturistes, si peu enclins à déroger aux règles strictes de leur art, introduisent dans leurs œuvres les paysages et les scènes de la vie paysanne. Un romantisme social proche de la pensée hugolienne parcourt une frange importante de la production picturale des années 1980.
Au fil du temps les espaces culturels se multiplient pour accueillir, comme autant de lieux de consécration, des expositions et des performances. Galeries, centres culturels étrangers, maisons et palais de la culture, bibliothèques, librairies, nouveaux musées contribuent à familiariser le public des grandes villes à la peinture suscitant l'émergence de collectionneurs d'art. La presse se fait l'écho périodiquement de la tenue des salons, festivals et biennales à l'issue desquels des prix sont décernés.
Une nouvelle esthétique soutenue par un langage libéré des pesanteurs idéologiques s'impose par ses audaces : détournement du signe religieux à des fins profanes, utilisation de matériaux réputés vulgaires, contestation des normes académiques, retour au mythe de l'Ancêtre reconnu comme le plus authentique des maîtres. " Tout démolir pour mieux repartir ", telle est la devise revendiquée par cette nouvelle génération de peintres en perpétuelle rébellion. Ce langage nouveau atteint les amateurs éclairés en manque de repères. Bravant toutes les censures, ce langage parle, pour reprendre Issiakhem, "des gueux et des éclopés", ces oubliés de la terre algérienne.
Un dialogue plein de tumulte et de passion s'instaure alors entre les praticiens de l'art, les critiques spécialisés et les partisans ou adversaires d'un art toujours remis en question. Ces débats, non exempts parfois de cruelles querelles d'égo, impulsent une dynamique qui devait réduire l'incompréhension qui parasite souvent le rapport difficile qu'entretiennent l'art et la société.

Second tableau
Je disais : qui devait... En effet un coup d'arrêt à ce mouvement complètement inédit en Algérie a été donné par l'intrusion dans le champ politique, culturel et social de l'idéologie intégriste, inculte, iconoclaste et violemment barbare. Dès le début des années 90, une sorte de gel des idées paralyse tous les secteurs de l'art. Des autodafés, ici et là, brûlent, , les œuvres jugées blasphématoires. Le massacre des villageois d'une bourgade en 1997 est révélé par le journaliste Hocine Zaouara qui signe une photo tragiquement belle baptisée depuis La Madone de Bentahla. Elle est considérée aujourd'hui comme le Guernica de la seconde guerre d'Algérie
Après l'assassinat d'Ahmed Asselah, directeur de l'E.N.B.A., et de son fils, étudiant dans cette école, après la fermeture des principales galeries, des centres culturels, des maisons de la culture, après l'avènement de la terreur, l'exil ou la mise sous silence des peintres, des écrivains, des enseignants et des journalistes commence.
Les peintres de cette période forment la plupart des artistes aujourd'hui actifs : Nourredine Belhachemi, Aziz Zodmi, Afif Cherfaoui, Arezki Larbi, Rachid Nacib, Karim Sergoua, Abdelouahab Mokrani, " le suicidé de la société " qui a rejoint, une nuit de décembre, les oiseaux noirs de Van Gogh, Kamel Yahiaoui, Nadia Spahis, Ali Dilem (qui a choisi la caricature où il excelle), Mourad Messoubeur, Faiza Maghni, Farid Daz auxquels j'ajouterai les chercheurs d'art du groupe de Maghnia. La production de ces peintres se révèle, peut être à leur insu, témoignage des tensions qui fracturent leur univers intérieur. Elle marque l'angoisse et le mal être : ces couleurs lourdes, sourdes, parfois cette lumière blanche des rêves qui virent au cauchemar, ces formes inachevées (plutôt en phase de dissolution) ou éclatées, paraissent s'imposer aux artistes - et non choisies par eux - comme le prolongement d'une douleur mariée à jamais à leur existence. Le monde qu'ils inventent observe le monde nouveau qui arrive et dans lequel ils sentent bien que leur place n'est pas assurée. Mais l'instinct de vie les pousse, pour demeurer dans l'univers pictural, à trouver d'autres supports d'expression. Ces artistes, délaissant la voie usée de la peinture de chevalet, introduisent dans leur pratique des éléments empruntés à la sphère des médias modernes. Vidéos, photos, affiches, pages imprimées, performances, installations, objets utilitaires, street art constituent désormais l'arsenal offensif de ceux qui préfèrent aujourd'hui se considérer plus plasticiens que peintres. Comme s'ils élargissaient leur domaine d'activité. Avec l'ajustement du passé à la vérité historique et la réappropriation de la diversité de leur patrimoine, d'autres gestes apparaissent dans leur démarche artistique : le photo-montage, le photoype, le découpage, le collage, la couture, le détournement d'images. Cette évolution est majeure dans l'art contemporain algérien : elle indique la coupure du lien de ce qu'il faut bien appeler la culture officielle avec la manière de faire de ce monde neuf qu'ils veulent contribuer à façonner. Sous nos yeux, nous assistons à un jeu de miroir, mais un jeu décalé, car l'œuvre en peinture, plus que dans les autres arts, ne cache pas les étapes de son élaboration - ses accrocs, ses hésitations, ses dérapages, ses trouvailles, ses absences - en nous impliquant, nous les regardeurs.
Il faut cependant signaler que nombre de peintres demeurent attachés aux normes " classiques " de leur art, qu'il soit figuratif, impressionniste ou abstrait. Voyons quelques exemples.
Chez Belhachemi, l'œil se surprend à chercher sur les grandes surfaces de la toile le large trait prévisible, il ne rencontre que des bribes de gestes. Face à cette rétention de l'ampleur, on pourrait craindre un gâchis : on rencontre l'aventure. Cet espace ouvert à toutes les virtualités, n'offre ici que cette parcimonieuse présence de couleurs, ou de formes, ou d'élans : en clair, le manifeste de l'anti-peinture représentative.
Pour sa part, Kamel Yahiaoui, l'une des forces de sa génération, se fait peintre/tisserand dans sa série intitulée Tapis. Pour ce faire, il procède dans son travail à l'insolite juxtaposition de figures peintes plaquées sur un rectangle de laine tissée qui les " encadrent ". Le peintre, se jouant des codes qui définissent le tableau traditionnel, n'hésite pas à se servir d'objets utilitaires pour les transformer en supports à sa peinture. Cette activité, qui s'accomplit dans une dissidence proclamée, poursuit, la soutenant et l'aiguisant, l'œuvre d'un autre révolté, son ami disparu, Mokrani, le peintre de l'ombre et de la nuit.
Mourad Messoubeur, quant à lui, crucifie des ombres masquées aux contours familiers. Ces croix offertes en expiation d'on ne sait quelle faute occupent tout le regard parce qu'elles occupent tout l'espace de la vie qu'elles abandonnent. Alors que dans l'œuvre de Farid Daz tout le poids d'un ciel de plomb semble peser sur ses personnages massifs qu'un bleu brouillé transforme, dans leur semi figuration, en silhouette au visage juste esquissé.
La peinture figurative pratiquée par Faïza Maghni représente un défilé de portraits féminins exécutés avec l'extrême délicatesse d'un Klimt auquel sa palette fait penser. Le corps longiligne des modèles saisis dans des postures d'une élégance affectée - longs doigts effilés, finesse des attaches, seins menus haut placés, cambrure délicieusement exagérée du torse - renvoie de façon insistante aux belles Italiennes des maniéristes de la Renaissance. On peut déceler aussi, mais souterrainement, des citations d'Ingres - certains visages avenants comme celui de son épouse Madeleine dans le Bain turc - et, paradoxalement, de Baya connue pour la facture apparemment naïve de son abondante production.
A l'opposé, Nadia Spahis, l'éclat fait femme, s'inscrit corps et flamme à la racine du geste créatif. On comprend, à voir son travail, qu'elle sait que l'art est pur désir et que la peinture en est sa réalisation. Ses récentes toiles disent sans tabou le jouir des amours à la dérive qu'elle représente en giclures perlées, en décharges jaillissantes, en pointes de givre durci, en bouches larges cernées de lambeaux de lumière électrique. Fille d'un pays solaire, l'artiste subtilise ses valeurs tonales en les détournant de leur environnement naturel. Elle se souvient des éclatants midis d'été qui exacerbent les sens et écrasent, alentour, toute nuance chromatique. Sa main s'en souvient également, elle qui retrouve devant la toile vierge la précision du scalpel incisant à vif un réel miné par l'univers du X. Réel connecté, informatisé, érotisé que multiplient les images de corps à moitié nus projetées sur les murs des villes, dans les magazines, sur les écrans. Peintre refuznik, plasticienne de la provocation, Nadia Spahis rejoint par ses obsessions esthétiques la lignée des artistes hantés qui jamais ne s'arrêtent.
Dans la même veine exploratrice - et comme son alter ego Karim Sergoua qui fouille les différentes pistes offertes par l'art moderne - Rachid Nacib entreprend un travail de destruction/reconstitution sur des images déjà existantes : photos, cartes postales, affiches. Le support sur lequel il agit provient aussi bien d'emprunts au corpus universel que de tirages qui lui appartiennent. A l'aide de produits chimiques il asperge ou plonge dans un bain d'acide l'objet imprimé qu'il veut transformer. L'encre d'impression diluée, qui se mêle à d'autres substances, efface la représentation initiale en donnant naissance à des effets graphiques aux formes imprévisibles. La photo annulée par les attaques de l'acide met au jour ce que l'artiste nomme le phototype, mot valise qu'il a de longue date forgé en couplant les termes photo et monotype. Nacib n'a pas pour autant délaissé la peinture ni la photo qu'il pratique toujours avec un même sérieux.

Clôture provisoire
A un clic des capitales du monde - New York, Berlin, Londres - où l'art est en constant mouvement, les artistes d'Algérie peuvent constater que leur travail participe du même principe créatif qui remet en question la notion de la chose artistique. Des rives de la Méditerranée ou de France, où certains se sont installés, ils renouvèlent par le contact ou le frottement avec d'autres pratiques - appelons cela l'interpicturalié - un art multiforme où se mêlent talents avérés et savoirs technologiques. L'image numérique et le Net leur procurent des ressources inédites dont ne bénéficiaient pas leurs aînés. La peinture figurative ou semi figurative n'est pas en reste, elle profite également des médias de la modernité pour aller à la rencontre d'amateurs séduits par une esthétique qui résiste aux sirènes de la mode. L'art évolue avec son temps (et inversement), c'est un poncif certes, mais qu'il est bon de rappeler.

Terminant ce propos je dois reconnaître que, dans la liste des peintres ici évoqués, de nombreux noms n'y figurent pas. Je voudrais dire que cet aperçu n'est pas figé, qu'il reste ouvert et qu'il se complètera par la force des choses.
Les œuvres qui illustrent cet article peuvent être consultées, avec d'autres, sur le site de leurs auteurs.

GALERIE
Azuaou MAMMERI, Abdelhalim HEMCHE, Mohammed RACIM, Miloud BOUKERCHE, ISSIAKHEM, Mohamed TEMMAM, Abdellah BENANTEUR, Abdelkader GUERMAZ, Ali ALI-KHODJA, Mohamed AKSOUH, SAMSON, Mohamed LOUAUIL, Mohamed KHADDA, Bachir YELLES, Choukri MESLI, Salah HIOUN, BAYA, Rachid KORAICHI, Mahjoub BEN BELLA, Denis MARTINEZ, Hellal ZOUBIR, Hamid TIBOUCHI, Djamel BELLAKH, Bettina AYECH, Abdelaziz ZODMI, Afif CHERFAOUI, Abdelouahab MOKRANI, Mohamed OULHACI, Nourredine BELHACHEMI, Rachid NACIB, Karim SERGOUA, Nadia SPAHIS, Kamel YAHIAOUI, Kamel SOUAHLIA, Mourad MESSOUBEUR, Zoheir BOUKERCHE, Farid DAZ, SELLAMI
, FaIza MAGHNI.


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