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[Critique] L'Epreuve : "recalé sans rattrapage"

Par Jordan More-Chevalier @KinoJmc

Synopsis

Rebecca est une photographe de guerre de renommée internationale. Alors qu'elle est en reportage en Afghanistan pour suivre un groupe de femmes qui préparent un attentat suicide, elle est gravement blessée par l'explosion d'une bombe. De retour chez elle en Irlande, pour se remettre de ce traumatisme, elle doit affronter une autre épreuve. Marcus, son mari et Stéphanie, sa fille ainée de 13 ans, ne supportent plus l'angoisse provoquée par les risques que son métier impose. Rebecca, qui est déchirée entre les souffrances qu'elle fait subir à ses proches et sa passion de photoreporter, doit faire face à un ultimatum : choisir entre son travail et sa famille. Mais peut-on vraiment échapper à sa vocation, aussi dangereuse soit-elle ? Renoncera t-elle à couvrir ces zones de combats, et à sa volonté de dénoncer la tragédie humaine de son époque ?

Avis de la rédaction

★☆☆☆☆

Critique

Il est toujours désagréable de voir un sujet aussi prometteur estropié par sa forme. Erik Poppe semble vouloir couvrir deux dimensions sans parvenir une seule fois à représenter correctement l'une d'entre elles (excepté dans le trailer mais pour cela il faut saluer le travail du service marketing) et ce n'est pas l'inaltérable talent de Juliette Binoche qui viendra sauver les trop évidentes maladresses du réalisateur norvégien.

D'un côté, dans un espace caricaturé, un décor purement instrumentalisé au service d'une idée biaisée de l'esthétique (celui du photographe de guerre), le film survole son récit, à grands coups d'images fortes et de torrents de poussière, sans jamais prendre le temps de saisir l'instant et d'en dévoiler les enjeux. À ce sujet, le film reste très évasif et même si un échantillon de discours scolaire sur la responsabilité de l'occident dans les grands conflits géopolitiques est une ou deux fois évoqué, ces très rares fragments se dissolvent dans les indécisions permanentes du metteur en scène, qui oscille entre le drame familial et le portrait d'une femme passionnée par son métier (même s'il n'y a ni passion ni portrait dans ce que filme le cinéaste).

Certes on nous dira que Erik Poppe a voulu montrer l'impossible équation entre la mère de famille et la femme de terrain, mais il manque son geste dans les deux exposés et dérape en permanence en imbriquant ses scènes de façon laxiste, enrayant toute tentative d'intrigue à chaque fois qu'il écorche ses sujets par un montage d'une révoltante incohérence.

Le film est hors sujet tout du long, car il ne contextualise jamais les lieux dans lesquels ses personnages évoluent et pire, au lieu de relater les difficultés familiales, il en détourne la veine dramatique pour réduire son propos à une pseudo-tragédie pathos qui s'affaisse à mesure que ses saynètes se répètent indéfiniment, sans jamais montrer autre chose qu'un flagrant manque de savoir-faire.

Il ne reste alors qu'à se contenter de figurants jouant à la population locale emprise dans des conflits rendus anonymes et curieusement déshumanisés et des disputes artificielles entre les membres d'une famille désunies pour des raisons qui restent obscures et simulées jusqu'à la fin du film. Entre deux, il faudra supporter les hasardeuses démonstrations du cinéaste qui essaye en vain de masquer la vacuité de son film par des intermèdes contemplatifs dont la beauté évasive sonne aussi creux qu'un solo de violon dans une fanfare du 14 juillet.

L'épreuve est bien manquée et ne présente pas vraiment d'intérêt sinon la capacité de son réalisateur à vider toute la substance de ses sujets, qu'il s'acharne à confiner dans une forme de cinéma complètement dévitalisé.


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