Magazine Cinéma

[Critique] Ouija : la médiocrité est un fonds de commerce essentiel

Par Jordan More-Chevalier @KinoJmc

Synopsis

Après avoir perdu Debbie, son amie d'enfance, dans des circonstances atroces, Laine tombe sur une vieille planchette Ouija dans la chambre de Debbie et tente alors d'y jouer pour dire "Au revoir" à la disparue... Pour l'heure, seul Pete, petit copain de Debbie, accepte de l'aider. Convaincue qu'il ne peut s'agir d'un suicide, Laine mène l'enquête et découvre que l'esprit convoqué par la planchette se fait appeler "DZ" et tient à poursuivre la partie coûte que coûte...Tandis que des événements de plus en plus étranges se multiplient, Laine sollicite l'aide de sa sœur cadette Sarah, de son amie Isabelle et de son petit copain Trevor.Peu à peu, les cinq adolescents se plongent dans l'histoire de la maison de Debbie et comprennent que leur amie n'était ni la première victime, ni la dernière. Et s'ils ne parviennent pas à refermer le portail qu'ils ont dangereusement ouvert, ils connaîtront le même sort que celle qui les a initiés au jeu de Ouija...

Avis de la rédaction

★☆☆☆☆

Critique

Cela n'est pas une nouveauté, mais depuis environ une dizaine d'années les bénéfices les plus importants se divisent en deux grands courants, les films de superhéros et les films d'horreur. Il y a ceux qui coûtent extrêmement cher, mais qui rapportent des sommes astronomiques, puis les autres dont l'investissement est moindre, mais qui sont à quelques exceptions près tout aussi rentables, avec The Blair Witch project comme exemple incontournable.

L'émergence du found footage est en effet apparu comme une aubaine capable de véritables miracles financiers, le premier épisode de la franchise Paranormal Activity en est la parfaite illustration, un humble investissement de 15 000 dollars pour finalement 200 millions de recettes. Alors même si le dernier opus est loin des succès précédents, il réussit néanmoins à remplir les poches du grand mac hollywoodien et puis même s'il ne le fait plus, d'autres films de qualité plus que douteuse s'en chargeront à sa place, souvenez-vous du phénomène Annabelle ; 6,5 millions de budget pour 200 millions de dollars de recettes...

Reboots, prequels, remakes, c'est la même rengaine, se reposer sur les franchises encore et toujours, et même s'il n'est pas question de suites à proprement parler, les sujets se répètent et s'usent jusqu'à la moelle. La société de production Platinum Dunes créée par entre autres Michael Bay est d'ailleurs spécialisée dans le remake ( Hitcher, Massacre à la tronçonneuse : Le Commencement, Vendredi 13 etc...), mais depuis quelques années elle se permet quelques petites créations originales, avec ce même niveau de médiocrité, telles que les American Nighmare ou le Ninja Turtles.

Cette année nous avions droit à Ouija, un film " horrifique " au ressort spirituel. L'Ouija est un objet servant à contacter des spectres lors de séances de spiritisme, il se présente sous la forme d'une planchette de bois en forme de goutte, supportée par trois roulettes. Chaque participant doit poser ses doigts sur la planchette, et on invoque les fantômes qui avec un peu de chance (ou de malchance, c'est selon) la font bouger. Même si le sujet (mainte fois repris, certes) pouvait donner lieu à une dimension ésotérique et une occasion de citer par exemple le très grand Dario Argento ou s'appuyer sur d'autres balises référentielles, il n'en est rien de cela, le film est seulement une énième néo-variation autour du thème, en pire.

Ouija fait effectivement partie de ces films ou il n'y a absolument rien à sauver simplement parce que la production et l'équipe du film ne se sont nullement investis humainement. Cette obsession de l'argent corrompt toutes les motivations et surtout étouffe toute créativité potentielle. Cependant avec un budget de 5 millions d'euros il y avait de quoi raconter une histoire potable, les 1, 5 millions d'euros d' Insidious avaient donné un résultat plus que bon, la différence majeure qui distingue les deux réalisateurs est la passion, il y en a un qui croit à ses sujets.

Un résultat proche du néant, une mise en scène scandaleuse, un pitch inintéressant au possible, le rythme est schizophrénique et le montage calamiteux, même les simples jump scares qui sont assez symptomatiques du genre horrifique d'aujourd'hui sont mal exécutés. La photographie n'est que la pâle copie d'autres photographies qui sont la pâle copie d'autres photographies pompées sur James Wan (d'ailleurs l'actrice principale ressemble étrangement à Rose Byrne jeune). Le maquillage et les effets numériques sont d'un ridicule ahurissant, c'est à se demander à quoi ont bien pu servir les 5 millions d'euros... Peut-être à faire la promotion d'une pareille ineptie ?

En effet, avec la baisse des coûts de fabrication, les budgets des films d'horreur sont déplacés sur le marketing, depuis plusieurs années déjà les plus gros studios adoptent des stratégies de distribution agressives axées sur le premier week-end de sortie, ce qui implique d'énormes investissements dans la publicité. Un phénomène malheureusement plus visible dans l'industrie cinématographique hollywoodienne, mais qui existe aussi dans le cinéma français voire même dans le monde du théâtre. Un véritable business florissant et uniformisant qui semble avoir enterré toute notion du cinéma d'auteur, de la pureté et la singularité de la création... Le dessinateur Georges Wolinski a dit que les époques les plus dégueulasses étaient propices aux chefs-d'oeuvre, sur l'échelle du " dégueulasse " le niveau culmine, si le caricaturiste dit vrai, le cinéma d'horreur devrait bientôt accoucher d'une nouvelle bête féroce inespérée.


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Favelas - Critique

    Favelas Critique

    L'amitié et la justice n'ont pas de prix !Adapté du roman d'Andy Mulligan, Stephen Daldry (Billy Elliot, Extrêmement fort et incroyablement près ... Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES
  • Un illustre inconnu - Critique

    illustre inconnu Critique

    Je est un autre !Réalisé par Matthieu Delaporte (Le prénom), co-écrit avec Alexandre de la Patellière, Un illustre inconnu est un thriller qui glace le sang... Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES
  • Night Call - Critique

    Night Call Critique

    Le fabricant de scoops morbides !Après avoir été scénariste de films comme Jason Bourne: L'héritage et Real Steel, Dan Gilroy réalise avec Night Call son premie... Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE
  • Hunger Games - La Révolte : Partie 1 - Critique

    Hunger Games Révolte Partie Critique

    Hunger Games : la révolte tuée dans l'œuf ?L'année 2014 fut probablement l'année la plus longue pour les fans d' « Hunger Games » ! Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES
  • Les opportunistes - Critique

    opportunistes Critique

    Une lente descente aux enfers !Adapté du roman "Human Capital" de l'Américain Stephen Amidon, le réalisateur Paolo Virzì déplace l'action à Brianza en Italie... Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES
  • Secret d'état - Critique

    Secret d'état Critique

    Prêt à tout pour dévoiler une vérité qui dérange !Michael Cuesta, réalisateur sur la série Homeland, signe son troisième long métrage avec Secret d'État. Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES
  • Mateo Falcone - Critique

    Mateo Falcone Critique

    La cabane au fond du maquis !Adapté d'une nouvelle de Prosper Mérimée par Eric Vuillard, Mateo Falcone raconte l'histoire du jeune Fortunato, laissé par ses... Lire la suite

    Par  Nopopcorn
    CINÉMA, CULTURE, DVD, SÉRIES

Magazine