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[Critique] La Rage au ventre : que du muscle et rien dans le crâne

Par Jordan More-Chevalier @KinoJmc

Synopsis

Champion du monde de boxe, Billy Hope mène une existence fastueuse avec sa superbe femme et sa fille qu'il aime plus que tout. Lorsque sa femme est tuée, son monde s'écroule, jusqu'à perdre sa maison et sa fortune. Pire, la garde de sa fille lui est retirée, la justice estimant son comportement incompatible avec son rôle de père. Au plus bas, il trouve une aide précieuse en la personne de Tick Willis, un ancien boxeur avec lequel il reprend l'entrainement. Billy va devoir se battre pour trouver la voie de la rédemption et regagner ainsi la garde de sa fille.

Avis de la rédaction

☆☆☆☆☆ (0)

Critique

C'est toujours difficile de tirer sur l'ambulance, surtout quand celle-ci roule au ralenti, s'arrête aux feux, met bien son clignotant et respecte scrupuleusement le code de la route. La Rage au Ventre, c'est un peu le manuel de "la narration pour les nuls", suivant à la lettre tous les schémas scénaristiques, au risque de s'enfoncer dans un récit grotesque et incohérent.

Hormis la performance physique de Jake Gyllenhaall, qui ne fait effet que les cinq premières minutes du film et apparaît très vite comme le piège marketing classique de l'acteur qui se transforme pour un film, on assiste a un festival du cliché assez ambitieux pour faire trembler les licences Marvel dans la compétition du copier/coller.

Truffé d'incohérences scénaristiques et d'automatismes fastidieux, le film aurait aussi bien pu traiter d'un ancien joueur de mini-golf déchu tentant de se racheter une conscience en tapotant la balle avec frénésie. Que l'on soit bien clair, Antoine Fuqua se contrefout de la box, sa thématique n'est qu'un prétexte avec lequel il marchande pour que le spectateur achète son billet et reste jusqu'au générique final. Le film est tout du long au service de sa com' et non du cinéma, il patauge dans le petit bassin des banalités et ne s'aventure jamais au fond des choses. Il n'y a même pas l'envie de capturer la beauté sauvage de la box, d'invoquer une certaine esthétique de ce sport, d'en capturer des fragments pour créer une atmosphère, une identité. Non, on reste tout du long dans la démonstration famélique de produit de supermarché. Pathétique.

Résumons. Billy Hope est un boxeur multimillionnaire, champion du monde, imbattable sur le ring, il est réputé pour un style de combat offensif et frénétique. Intraitable devant une foule déchainée et les gants aux poings, il est un père de famille exemplaire (évidemment), éperdument amoureux de sa femme, mais un drame va venir bouleverser ce rêve éveillé et faire voler en éclat l'idylle familiale (prévisible). Dès lors, le maître incontesté de la box, enfant abandonné issu de l'orphelinat ( Manuel de la narration pour les nuls, Chapitre 3 : Comment rendre votre protagoniste populaire) va perdre un seul et unique match et devenir sans-le-sous, en un claquement de doigts, à récurer les toilettes dans une petite salle malfamée, détesté par sa fille et délaissé par son entourage (où sont passés les centaines de millions de dollars amassés toutes ces années ? Aucune idée). Sans prendre le temps de filmer un sujet cinématographique ô combien intéressant et fertile, celui de la chute du géant, Fuqua taillade son histoire à grands coups d'ellipses et démontre à quel point sa mise en scène expéditive pêche par fainéantise.

Le film déroule alors à vitesse grand V tous les poncifs inévitables : bad boy au grand cœur épaulé par le système bienveillant, vieux maître en exil qui reprend du service pour aider la brebis égarée, entraînement intensif pour reconquérir son trône, canaliser sa rage et venger les siens, le combat final contre le grand méchant, des larmes en quantité, une enfant qui pleure et même un enfant qui meurt (un film-poncif sans misérabilisme ne mériterait pas son label d'authenticité), des combats perdus d'avance mais dont la remontée incroyable du héros intervient alors que tout espoir était perdu (classique, mais on signe quand même)... On est a des années-lumière de l'audace contagieuse d'un Refn, malmenant son protagoniste au point de l'humilier dans un duel sanglant à mains nues ( Only God Forgives).

Bref, le héros remonte la pente aussi vite qu'il l'a descendu, avec le même principe narratif d'éjaculateur précoce plagiant une mauvaise copie de Rocky : "ils vécurent finalement heureux, se conformèrent aux règles et eurent beaucoup d'argent".


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