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Je suis venue vous dire...

Publié le 07 décembre 2015 par Vanillette
Je suis venue vous dire...
Je crois qu'on peut le dire, unanimement et sans débats : l'année 2015 a été une année de merde. Je sais pas pour vous, mais moi, ça a presque faille me faire devenir aigrie. Alors bien sûr, il y a toujours de belles choses, même dans la merde la plus noire, mais quand même il y a des années où les belles choses prennent toute la place et il y a des années où on ne voit que les trucs de merde. C'est la vie, les cycles. Eternel recommencement de la vie et de la mort. Bref. Tout ça pour dire que j'ai décidé, pour démarrer 2016 différemment, de me retirer pour quelques temps du monde numérique et je vais essayer de vous expliquer pourquoi... ou en tout cas, comment.
Il y a dans les pourquoi des choses un peu intimes et personnelles que je vais garder pour moi. Et il y a d'autres pourquoi que je peux vous expliquer : Parce que l'hyperactivité intellectuelle m'empêche d'être là, ici et maintenant, avec mes enfants, ma famille, la vie, mes émotions, mes ressentis. Parce que, d'ailleurs, ma formation à la Communication Non-Violente m'a tellement bouleversé que je ressens le besoin profond de me connecter à moi-même, de manière sincère et non parasitée, sans en avoir peur (je me suis rendue compte que j'étais incapable de répondre moi-même à deux questions de base : "comment je me sens ?", "de quoi j'ai besoin ?" alors que je pose toujours ces questions à mes enfants pour les aider à avancer). Parce que je ressens énormément de frustration à ne pas arriver à en faire plus, toujours plus, encore plus et on sait comment ça finit, ces histoires : en burn-out. C'est bon j'ai eu ma dose. Parce que j'ai oublié entre temps que ce que je voulais, au fond - depuis que j'ai su écrire des lettres arrondies sur un cahier d'écolière -, c'était être auteure un point c'est tout. Parce que je souffre - beaucoup - d'assister à la folie du monde à la vitesse des réseaux sociaux, à la vitesse des amalgames, à la vitesse des catastrophes, sans pouvoir faire autre chose que m'arracher les cheveux derrière mon écran. Parce que je veux profiter de chaque instant avec mes fillettes avant que cette folle folie ne les abîme. Et puis parce que pleins d'autres choses. Je suis venue vous dire... En 2015, j'ai beaucoup fait pour ce blog. J'ai écrit pleins d'articles avec beaucoup de plaisir, j'ai fait pleins de recherches pour modifier certains vieux articles, j'ai travaillé d'arrache-pied pour proposer un nouveau design aux lectrices et lecteurs, j'ai essayé de faire de jolies photos, j'ai répondu à tous les mails, tous les messages privés, tous les commentaires, j'ai créé un service de "Soutien aux étudiant.e.s ES", j'ai créé des fiches de cours et de méthodologie, j'ai continué à écrire des chroniques pour Lien Social tous les quinze jours, j'ai commencé à les enregistrer pour la radio Le trottoir d'à côté, j'ai écrit quatre-vingt pages pour un nouveau manuscrit. Et tout ça, je l'ai fait parce que j'en avais vraiment envie. Je l'ai fait parce que j'avais vraiment envie de me sentir ailleurs qu'à la place d'une mère totalement disponible. Je l'ai fait parce que j'avais besoin de réfléchir, lire, échanger sur autre chose que mon manque de sommeil et mon burn-out maternel (même si j'en ai parlé ici). Je l'ai fait parce que dans mon épuisement, la pulsion de vie, stimulante et créatrice, l'a emporté. Je l'ai fait et ça m'a fait du bien. Je l'ai fait et je vous dis merci parce que nos échanges, parce que nos rencontres - parfois réelles -, parce que les découvertes que vous m'avez permis de faire, parce que vos commentaires toujours positifs, parce que vos encouragements, parce que je suis ravie de pouvoir vous aider, parce que vous êtes là parfois depuis le début, parce que toussa. Merci mille mercis.
Les saisons changent et souvent, changent les gens. L'automne, puis l'arrivée de l'hiver (puis cette formation dingue) m'ont amené à me recroqueviller doucement, me replier, protéger mon espace intime et familial parce que le temps qui passe, ça apaise les choses et aussi peut-être, la folie du monde, ça ramène à l'essentiel. Ca ne m'a plus fait du bien, tout ça, tout à coup. Ca m'a même fait du mal. Parce qu'il fallait toujours choisir, toujours sacrifier, toujours renoncer, parce que faire faire faire, ça empêche d'être, ça empêche de ressentir, ça anesthésie tout le corps toute la tête. Alors mes besoins ont changé. Ou peut-être ai-je trouvé d'autres moyens pour les satisfaire.
Je voudrais m'éloigner de l'absurdité parce que de là où je suis, inutile immobile, mère empêchée de jeter des pavés sur l'ordre en place, je n'ai qu'une seule arme aujourd'hui : l'éducation. Je voudrais m'éloigner parce que je n'ai qu'une responsabilité aujourd'hui : avoir fait au monde deux petites filles qui devront y grandir et participer ou non à son développement, sa destruction, sa colère, peut-être faire d'autres enfants, peut-être non, peut-être penser qu'il y a des bons et des méchants, peut-être pas. C'est pas rien tout ça, il y a urgence à déséduquer nos mômes.
J'ai passer l'année 2015 à acheter des livres dans des vide-greniers, noter des noms de films sur mes mille carnets, lire en diagonale des revues empruntées, noter des bouts de phrases sur une bribe de roman, avoir des idées pleins d'idées tellement d'idées dans ma tête déglinguée que je commençais à étouffer. Alors j'ai ressenti le besoin de m'enfoncer dans le canapé et de lire lire lire, regarder des films et des séries, écrire écrire écrire et dis-donc, ça fait environ trois semaines que j'ai supprimé mon compte Facebook, j'ai déjà vomi quatre-vingt pages. Je ne parle pas d'écrire pour faire, je parle d'écrire pour être. Je parle de cette écriture contre laquelle on ne peut rien. Cette écriture qui vient, c'est tout.
Je suis venue vous dire... Je sentais bien que ça se préparait en moi, cette étape. Depuis quelques temps, je publiais moins de choses sur les réseaux sociaux, je n'arrivais plus vraiment à utiliser mon temps à "travailler" (j'ai d'ailleurs trouvé un nouveau travail avec des vrais gens en face de moi, ça change de l'écran lumineux de mon ordinateur), il y a trois semaines j'ai supprimé mon compte Facebook en me disant que j'allais revenir quand toute cette folie autour des attentats, l'état d'urgence, la folie furieuse serait passée... et puis, non en fait. (parce qu'après la folie furieuse, il y a une autre folie, le père-noël, les drapeaux, les urnes étou)
Je ne disparais pas. Je modère juste ma présence.
Pour les personnes proches, j'ai un numéro de téléphone, une adresse, un mail. Pour les personnes moins proches avec qui nous avons entretenu des liens et des conversations et pour tout le monde d'ailleurs, il y a ce blog et mon mail.
Je continue d'écrire sur Lien Social et à lire sur Le trottoir d'à côté.
Mes livres restent disponibles ; si vous les aimez, n'hésitez pas à laisser des avis sur les sites dédiés.
Le service "Soutien aux étudiant.e.s ES" reste actif puisque ce n'est pas moi qui m'en occupe (il sera juste stoppé pendant les vacances de Noël pour que les aidant.e.s puissent souffler un peu (comme je le prévoyais, il y a beaucoup de demandes)).
Les fiches de cours et de méthodologie restent en ligne.
Et puis moi, je sais pas quand mais je reviendrai. Pour l'instant, je fais comme les ours en hiver. Je me cache...
A bientôt et merci.
Je suis venue vous dire...

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