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Suis-je croyante? Lettres échangées avec un catho.

Publié le 16 janvier 2016 par Unechambreamoi

Suis-je croyante? Lettres échangées avec un catho.

Quelques lectures, et un petit pendentif offert par ma grand-mère paternelle...


Chaque jour ou presque, et depuis un certain temps (cela remonte à l'enfance, avec des hauts, des bas, des courtes périodes de certitude, et de longues périodes de questionnement) je me pose cette question: suis-je catho? crois-je? que signifie croire?
J'avais écrit un billet il y a quelques mois: "Mais comment vous faites pour être catho?"
Je sais que j'ai tendance à intellectualiser les choses, depuis toujours. J'aime interroger, m'interroger, questionner, critiquer. Ça peut être agaçant, mais c'est aussi, pour moi, une manière enrichissante de traverser la vie. J'aime l'idée que la vie ressemble à un chemin, bordé de doutes et de questions, plutôt qu'à quelque chose de fixe, d'immuable, confortable, rempli de certitudes et de préoccupations hédonistes et matérielles. Et j'aime l'idée qu'en vieillissant, je rajoute des strates, des couches, petit à petit, à mes maigres connaissances et certitudes.
Concernant la religion catholique, qui a, comme pas mal de gens, bercé mon enfance, je me pose donc, aussi, des questions. C'est plus fort que moi, j'ai du mal avec les phrases telles que "Dieu existe" ou "Dieu n'existe pas". Je suis au milieu, dans des milliers de nuances, qui fluctuent avec la vie. Je suis, au gré de cette aventure terrestre, parfois agnostique ascendant catho... d'autres fois plutôt catho ascendant "pas dans les clous". J'ai été athée... je crois pourvoir dire que je le suis plus.
Je me soupçonne parfois d'aimer me couper les cheveux en quatre, de prendre du plaisir à simplement réfléchir, finalement, sans vouloir absolument arriver au but (une réponse claire, donc).
Dans ma famille j'ai connu un cousin prêtre, des grands-parents très pieux, une grande-tante bonne-sœur, très péchue, parcourant le monde avec sa communauté pour être au plus près des pauvres, dans le genre "yallah", à la sœur Emmanuelle.
Des gens fascinants, que je regrette de ne pas avoir assez questionnés. Maintenant qu'ils ne sont plus là, je réalise comme ils auraient pu me nourrir intellectuellement aujourd'hui.
Car concernant la foi, je me situe plus au niveau intellectuel, voire rationnel.
Il y a quelque temps, j'ai envoyé un mail à une personne de mon entourage.
Je vous publie notre échange:
~~~~
"Ma question va certainement vous paraître déconcertante... La voilà:
J'aimerais savoir si je suis catho ou pas.
Je suis en grosse réflexion là-dessus... Et j'ai l'impression d'être les fesses entre deux chaises, de ne pas être "athée", d'être séduite, de manière philosophique/intellectuelle par le message de Jésus, de considérer essentielle dans une vie la spiritualité, d'être fière de mes "racines" familiales, etc... Mes enfants sont dans le privé, et baptisés, par exemple.
Mais voilà: je suis aussi quelqu'un qui se remet en question et remet beaucoup les choses en question. Je suis un peu une solitaire, sauvage... J'ai du mal avec le phénomène de groupe... Je vais rarement à l'église, par exemple; même si j'y retourne depuis peu, je suis gênée par ce sentiment "communautaire" qui peut se dégager de certains' fidèles (globalement il y a une sorte de réseau "bourgeoisie catho de province", on en est ou on n'en est pas, qu'on le veuille ou non... Et ce côté "club" me turlupine un peu. C'est peut-être tout à fait faux, ce n'est peut-être qu'une interprétation de ma part, mais ce sentiment est là.
Je suis clairement le genre de "fidèle" qui ne l'est pas vraiment, qui est certainement critiquée pour sa tiédeur (notamment le fait d'avoir baptisé mes enfants alors que je ne vais pas souvent à l'église...) Je le sais, que ça agace certains (j'ai entendu clairement ce genre de discours)
Voilà. Je suis à la fois attirée intellectuellement par la religion catho, elle a bercé mon enfance, même si je l'ai beaucoup rejetée à l'adolescence. elle coule dans mes veines, elle est un repère pour moi, elle est plus synonyme de liberté et de chemin, que d'obligation et de dogme... Mais j'ai aussi l'impression d'être trop critique, trop rebelle, trop "décalée" pour me sentir "acceptée" du côté des fidèles.
Ah et puis aussi... La question cruciale: est ce que je crois en Dieu? Eh bien je n'en sais rien... Je me le demande chaque jour. Je ne sais pas ce que veut dire "croire en Dieu"... Je crois en Jésus, je crois en l'humain, je crois en une force supérieure du bien... Mais je ne crois pas que Dieu soit un vrai personnage, un magicien avec sa baguette qui nous rende immortels... Et, dans les rangs de l'église, je regarde souvent les gens autour de moi et je me demande "comment croient-ils? Que croient-ils? Y croient-ils vraiment?"
Si la foi est personnelle, alors j'imagine qu'il existe une multitude de façons différentes de croire en Dieu... Et alors je suis croyante! Sinon, j'imagine que je ne le suis pas...
 J'ai aussi tendance, en amitié, à être très portée sur le "tête à tête". J'aime l'idée de "tête à tête" avec Dieu, ou avec un prêtre... Et je n'arrive pas à passer le cap du "groupe", du côté "bande", que symbolise la messe (même si intellectuellement je trouve la "communion", le groupe, la pratique passionnants et même absolument nécessaires pour faire évoluer sa foi, et source de grandes joies). Bref, je ne suis pas sortie de l'auberge!
Ça fait un moment que je pense aller voir le -génial- moine franciscain qui a baptisé nos enfants l'année dernière, pour lui exposer tout cela. Un homme décalé, inspirant, un ancien chef d'entreprise italien qui n'a pas mis les pieds dans une église pendant quinze ans, avant de tout plaquer pour entrer au séminaire.
Merci de m'avoir lue jusqu'au bout... Vous ne savez peut être pas quoi faire de ce message, peut être un peu puéril ou naif! Peut être le transférer à une personne qui saurait y répondre, le publier (anonymement ), ou même y répondre succinctement personnellement... Je vous laisse libre 😀.
Mais je suis contente de vous l'avoir écrit! J'adore vous lire, vous me faites réfléchir!
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- Bon, alors je vous parle d'égal à égal, de frère à sœur sur le même chemin, dans les mêmes interrogations et les mêmes doutes. Comme je vous le disais, il n'y a pas si longtemps, j'avais déclaré  que j'étais finalement sûr de ne pas croire en Dieu. L'aumônier m'a donné rendez-vous pour en parler et, plus tard, je suis allé voir un prêtre de façon régulier, comme un père spirituel.
Je ne sais pas discerner ce qui vient de moi ou pas. Pourquoi est-ce que je continue le chemin, plutôt que de me dire que je suis arrivé, là où j'en étais, dans une déclaration de non-foi ? Par peur de l'absurde, réflexe conditionné ? Mon père spirituel, un jour, m'a lancé : "et si ce qui, pour vous, part de vos tripes, était l'appel de Dieu ?".
 Je vous dirais aussi que je garde en moi deux moments récents dans lesquels j'ai eu vraiment le sentiment que Dieu me répondait par les passages de la Bible que je lisais (et je prends bien en compte le fait que beaucoup de passages pourraient me répondre, mais avec une telle précision, tout de même...). Bref, voilà un peu où j'en suis.
J'imagine qu'effectivement, cela doit être compliqué si vous êtes dans une petite ville de province (même si le syndrome peut aussi toucher une paroisse parisienne). Mais ce malaise ultra-légitime est très évangélique. L'Eglise n'est effectivement pas un club et, lorsque nous nous voyons comme meilleurs que les autres, c'est là que nous sommes en-dessous. Ceux qui vous critiqueraient d'avoir fait baptiser vos enfants alors que vous n'allez pas souvent à l'église n'auraient vraiment rien à vous dire tant ils n'auraient rien compris à l'Eglise et au Christ. Dans ce cas, permettez-vous peut-être de sourire intérieurement de leur erreur, si ça peut vous aider à combattre votre malaise. L'étape vraiment évangélique serait de prier pour eux, mais je vous avoue que je ne suis pas le mieux placé pour la prôner.
La question, qui se pose clairement à moi aussi, est de ne pas passer sa vie taraudé par le doute. Ne pas passer sa vie sur la marche, à ne faire que se poser la question "je crois ou je ne crois pas ?". Il y a, en vous comme en moi, une inclination à croire, et à penser que la vérité est de ce côté-là. Alors agissons autant que possible conformément à cette vérité : je ne vois pas ce que l'on pourrait regretter à la fin.
Mon père spirituel, qui m'a beaucoup aidé, notamment parce qu'il a une approche que je dirais presque "rationnelle" de la foi, me disait que lui-même s'était souvent dit : "il n'y a que là-haut que je saurai si cela vient de l'esprit, ou de l'Esprit".
Alors, dans tout cela, il vaut mieux faire abstraction des autres, à la messe. Personne n'est obligé de parler à la sortie de la messe. Et puis, parmi eux, il y a nécessairement des gens profonds et intéressants, qui sont sans illusions sur le côté social de la messe (ou en tout cas de la sortie de messe), mais qui ne le laisseront pas paraître au premier abord. Il y a des enclumes, c'est certain, mais aussi beaucoup de gens plus profonds qu'on ne le pense.
Et puis, oui, allez voir ce moine. C'est important. On hésite, souvent. Mais pour un prêtre ou un religieux, c'est une véritable joie de recevoir quelqu'un qui se pose des questions sur la foi, animé par le désir de venir. Non seulement cela vous sera bénéfique, mais ça lui sera bénéfique aussi!"
~~~~
Voilà. J'ai parfois l'impression de me situer plus en observatrice de ma foi (ou non-foi), comme une journaliste qui interrogerait autour d'elle pour mieux comprendre, qu'en personne vivant réellement les choses de l'intérieur.La dernière fois que j'ai vu ce moine franciscain, pour préparer le baptême de mes enfants, j'ai d'ailleurs passé plus de temps à lui poser des questions, qu'à parler de moi. Je suis pratiquement certaine d'une chose: je vais retourner le voir, pour lui exposer mon cas. Et lui demander ce qu'il pourra bien faire de moi!
Je suis d'un côté très tolérante, très compréhensive à l'égard des croyances des uns et des autres: je comprends absolument qu'on soit croyant (de quelque religion que ce soit!), mais aussi qu'on soit athée. Et je me méfie des gens extrémistes, les anti très militants... à la fois chez les religieux, mais aussi chez les athées.J'aime le message de Jésus, mais je suis aussi Charlie. La spiritualité me parait essentielle à l'être humain, et en même temps je suis une fan de Brassens et de Brel, anars, critiquant parfaitement l'esprit étriqué des bigots, grenouilles de bénitier et autres superstitieux ras des pâquerettes. J'ai conscience d'être la petite bourgeoise concernée par leurs textes. Je me suis mariée et je m'en félicite chaque jour, mais je suis aussi en pâmoison en écoutant "la non-demande en mariage".
j'ai aussi un côté "absolu" dans ma vision de la religion un peu adolescent, un peu puéril... un peu risible, peut-être. je suis attachée à me liberté de pensée (vous savez, le genre de nana qui proclame, (trop) sûre d'elle, "je fais ce que je veux, je pense comme je veux, c'est ma vie, merde" ;-), mais quand je lis ou écoute un prêtre, je ressens paradoxalement une grande liberté dans le message de la religion catholique (catholique, signifiant "universel"...)
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J'ai eu envie de partager avec vous ces échanges. Non pas pour vous parler uniquement de mes petites tergiversations personnelles (dont l'intérêt est évidemment limité), mais par envie de partager avec vous ces questions.Peut-être qu'elles résonneront en vous, vous inspireront des commentaires? Vous posez-vous ce genre de questions? Croyez-vous? 
Je compte sur vous, chers lecteurs, ne modérant pas les commentaires a priori, pour être respectueux les uns envers les autres des opinions de chacun, et de mon texte somme toute assez intime, livré ici "sans filet".
(et je vous rassure, je me pose aussi chaque jour des questions tout à fait matérielles... en ce moment j'hésite vachement sur le sac mini-Clark de chez Sézane: je le prends rose poudré ou noir? ;-)
Sur ce, bonne réflexion!

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