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[Critique] Le Garçon et la bête : le réveil de la force

Par Jordan More-Chevalier @KinoJmc
[Critique] Le Garçon et la bête : le réveil de la force Ren, neuf ans, vient de perdre sa mère, avec laquelle il vivait depuis le divorce de ses parents. N'ayant pas de nouvelles de son père, et refusant l'accueil de ses tuteurs légaux, il s'enfuit dans les rues du quartier de Shibuya. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de Kumatetsu. Cette rencontre fortuite est le début d'une aventure qui dépasse l'imaginaire... Critique

Bien malgré lui, Le Garçon et la bête pose une question à laquelle pas mal de gens semblent avoir déjà répondu : Mamoru Hosoda est-il le digne successeur de Hayao Miyazaki ? Osons contredire l'avis général en affirmant que ce n'est pas le cas, un état de fait qui serait plus simple à formuler si Le Garçon et la bête était un mauvais film et pas seulement une oeuvre en demi-teinte.
Soyons honnêtes, nous avons davantage d'affection que de réserves pour le travail de Hosoda, La Traversée du temps, romance adolescente mâtinée de SF, nous amène à la même évidence que pour Les Enfants loups : les deux films résistent moyennement à un second visionnage. Leurs qualités sont bien là, mais révèlent la structure en deux temps qu'adopte Mamoru Hosoda film après film, soit une heure d'exposition brillante et stimulante, puis une seconde moitié qui tourne gentiment à vide. Le constat vaut également pour Summer Wars, comédie estivale mêlant exploration de la cellule familiale et mondes virtuels. Nous avions l'espoir que Le Garçon et la bête nous transporte vers les mêmes sommets que lors de la découverte de ces trois films, avant que le second tour de piste ne puisse entamer notre enthousiasme.
C'était sans compter sur deux ennemis retors : la mémoire et l'habitude. Après trois films, il est permis de redouter ce même essoufflement à mi-métrage dès la première séance. Et comme un fait exprès, il survient le plus naturellement du monde, confirmant la capacité extraordinaire du metteur en scène à exposer ses enjeux, puis sa difficulté à les affiner. La rupture est d'autant plus visible que Le Garçon et la bête perd en spontanéité et en intérêt dès que son héros humain passe de l'enfance à l'adolescence. Avant cela, il y a de quoi être ravi d'avoir payé son ticket, le film alignant les passages savoureux avec une facilité déconcertante, les rapports entre maître et élève cimentant la découverte progressive d'un apprentissage souvent drôle. Sans jamais moquer ses personnages principaux et secondaires, Hosoda les croque avec un art consommé de la caractérisation.
Dommage que le cinéaste ait à ce point besoin de sécurité dans la deuxième heure, l'homme transformant ses dialogues en véritable manuel à destination des plus jeunes pour bien saisir, intégrer puis comprendre des enjeux pourtant limpides, voire prévisibles. C'est d'autant plus dommage que Le Garçon et la bête offre avant cela, tout ce que le dernier Star Wars s'est efforcé de mettre au placard : un temps de maîtrise nécessaire pour contrôler une force surnaturelle, et savoir l'utiliser à bon escient. Malgré cette réussite incontestable, la deuxième heure du film bute sur un personnage féminin très fade et sur un héros qui perd en charme à force de prendre des poses torturées. Hosoda emmène son intrigue de façon un peu laborieuse vers un grand final qui peut laisser indifférent, comme s'il avait déjà tout dit , malgré une redéfinition symbolique des rapports entre les héros.
Perdu entre des allers-retours qui survolent une intrigue plus tôt enthousiasmante, Le Garçon et la bête affiche clairement les forces et faiblesses de la méthode Hosoda dès qu'il entame sa deuxième heure, et l'on s'en veut presque de ne pas être né plus tard pour savourer ce film du haut de nos douze ans. Rien de péjoratif dans cette remarque, Le Garçon et la bête étant un bel exemple de film pour enfants qui saura les captiver tout du long, porté par un souci du détail et un sens du mouvement bien réels. Mais il perd progressivement la résonance de ses débuts, plus encore que Les Enfants loups, autre récit dont le protagoniste masculin central cherchait un équilibre essentiel entre sa nature profonde et le monde où il évoluait. Une belle problématique à qui il manque ici, au hasard, la virtueuse douceur d'un Ponyo sur la falaise ou la densité vertigineuse d'un Château ambulant ; ce dernier film devant être réalise par Hosoda avant qu'il ne soit congédié par Ghibli.

Reste donc une question très personnelle : les qualités du cinéma de Hosoda n'ayant nul besoin de cette comparaison pour s'épanouir, est-il réellement nécessaire que Hayao Miyazaki se trouve un héritier aujourd'hui tant son oeuvre semble, de l'avis de tous, inépuisable ?


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