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Rupture banale

Publié le 23 juin 2008 par Amaury Watremez @AmauryWat

Une note à triple effet, à la fois une toute petite nouvelle, un message personnel, et un petit texte sur les sentiments.

La jeune femme lui avait donné rendez-vous dans un petit café près de la gare. Elle était nerveuse, elle se rongeait l'ongle du pouce en l'attendant, mais quand elle vit, elle cessa ce manège et se calma. Il commanda un café en souriant car il avait une petite idée de la conversation qui l'attendait.

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Elle se racla la gorge et commença :

- Tu es vraiment quelqu'un d'hors-norme, tu a des idéaux qui sont au-dessus de la mêlée. 

Elle lui sourit, vérifiant qu'il écoutait et continua, lui il regardait ses yeux gris-bleux, la courbe de ses épaules et ses jambes :

- Moi, je suis plus commune, je ne mérite pas que l'on m'aime comme ça.

Alors qu'elle passait aux yeux du tout-venant, par ses aventures féminines et masculines, pour une sorte de séductrice fatale, dans le genre petite bourgeois en jupe droite séductrice fatale.  Il songea que c'était bien le discours commun qu'il attendait, un discours sincère, il savait que e n'était pas pour le consoler. Il ne l'écoutait plus tellement, ne saisissant que des bribes de phrases :

-...Je suis flattée que tu m'aimes de cette manière, mais j'ai envie de vivre d'autres choses, de voir d'autres personnes, de faire pleins d'expériences...

C'était encore le discours petit-bourgeois commun sur ce besoin que beaucoup ressentent dans cette classe de se laisser aller à leurs pulsions avant de se caser très confortablement. Il soupira. Il savait qu'elle se réveillerait à cinquante ans pour s'apercevoir qu'elle n'avait rien vécu. Cela ressemblait à un film français, qui raconte tous plus ou moins la même histoire, celle d'adulescents incapables de s'engager. 

Et bien sûr, elle termina par l'habituelle cerise sur le gâteau :

- Et bien sûr nous resterons bons amis, il ne faut pas gâcher notre amitié.

Il soupira encore, elle l'avait dit cela aussi.

En sortant, ils continuèrent à bavarder de sujets sans importance. Quand ils arrivèrent devant les portillons du train de banlieue qu'ils s'apprêtaient à emprunter, elle s'arrêta net et se mit à lui dire sans le regarder qu'elle "n'était qu'une chieuse, une sale emmerdeuse", "qu'elle l'aimait et qu'il fallait qu'ils se voient". Ils se donnèrent un rendez-vous, elle ne vint jamais. 

Il est pourtant tellement plus simple, plus exaltant de se laisser à l'amour vrai qui finalement est la chose la plus subversive actuellement. 


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