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Orchestre Titanic mise en scène Philippe Lanton

Publié le 23 janvier 2017 par Mlascene

Deux tentes blanches. Une à cour. L'autre à jardin. Un quai désaffecté dans la nuit. La torche d'un homme en uniforme qui éclaire les éléments du plateau : poubelle, tentes, brasero... Le décor est posé. Lorsque la lumière se fait, trois hommes et une femme sortent de leur tanière dérisoire. Oubliés, laissés pour compte, ils ont investi un quai de gare où les trains ne s'arrêtent jamais. Pourtant, animés par l'espoir et le profit qu'ils pourraient en tirer, Doko ( Christian Pageault ) , Louko ( Bernard Bloch ), Meto (Philippe Dormoy ) et Lubka ( Evelyne Pelletier ), inlassablement chaque matin, répètent, valises collées au corps, le stratagème qui leur permettra de monter dans le train hypothétique et de voler des passagers. Comme un orchestre miteux, pathétique et bruyant, ils essayent de s'accorder, se rattachant à cette folie qui les tient encore debout, pour ne pas sombrer corps et âme.

a pièce de écrivain bulgare connu en France pour Orchestre Titanic, le titre, quasi oxymorique, exprime cet espoir aberrant qui fait vibrer les hommes. Il s'agit de jouer à croire, de jouer à être, de jouer jusqu'au dernier moment pour ne pas disparaître. L Hristo Boytchev, Le Colonel oiseau, interroge le réel, celui des sans-abris, des migrants échoués sur des aires de fortune - depuis combien de temps? - mais réaffirme le pouvoir du théâtre et de l'imagination. Quand tout a disparu, pays, repères, attaches, que reste-t-il pour continuer à envisager de vivre le jour qui vient sinon l'espoir et la faculté magique de se projeter dans un ailleurs fantasmé et riant.

L'ombre pâlotte de Beckett

Au Théâtre de l'Aquarium , Philippe Lanton choisit (en s'appuyant sur la scénographie minimaliste d' Yves Collet) de mettre l'accent sur cette illusion trop humaine qui est la force de la pièce. Car, il faut bien le dire, Beckett sollicité pour cautionner la valeur de la pièce ne convainc pas. Les personnages attendent, certes, mais, l'absurdité de l'existence n'est pas l'objet donné à voir. Autre temps, autre problématique. Préférons regarder du côté du présent, le nôtre, celui qui patauge dans les marécages boueux avant que des maires courageux ne bâtissent des abris salubres.

" L'Hymne à la joie " de Beethoven sur scène. L'hymne européen est repris en chœur par les quatre oubliés sous la houlette de Hari (( émouvant condamné à vivre la réalité en toute lucidité. Philippe Lanton fait chanter Olivier Cruveillier ), le magicien prophétique venu de l'autre monde. Qu'offre l'Europe à ceux qui prendront le train plein d'espoir? La question traverse le champ parfois nauséabond de la politique.
Galvanisés, par cet ailleurs à portée de rêve, les personnages chacun à leur tour feront l'expérience de la disparition à travers un voyage dont on ne sait rien. Seul Doko reste à quai, Christian Pageault , dépouillé alors de son passé rassurant,

http://www.theatredelaquarium.net/

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