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L'attente.

Publié le 13 juillet 2017 par Unechambreamoi
L'attente.
J'ai hâte. 
J'en peux plus de m'habiller pareil tous les matins. Je profite. Je kiffe ces derniers instants de grossesse. 
Je commence à avoir envie de marcher des kilomètres. Je m'inquiète pour un rien. Je suis chiante. Je suis rire. Je suis larmes. Je suis cool. Les enfants me fatiguent. 
Jean-Chou est sur les starting-blocks. Après "il faut qu'on parle de Kevin", j'ai commencé mon premier Dostoïevski. Je veux m'acheter un nouveau sac. Une petite appétence pour la littérature glauque en ce moment? Je bloque à la page 6 de "Crimes et Châtiments". 
Heureusement que le shopping en ligne existe. Je surfe sur Instagram. Je regarde le plafond de ma chambre. Hier en observant quelques contractions "normales", allongée sur mon lit, les enfants ont tous accouru comme si le Père-Noël allait passer: "ça y est Maman ça commence? On peut pleurer de joie ou pas encore? Vous n'oubliez pas de nous réveiller si ça vient la nuit, hein?". Je m'ennuie. 

Je n'arrive plus à attacher mes chaussures le matin. Je passe des moments merveilleux, riches, intenses, avec mes enfants. On danse tous ensemble le soir dans le salon. Rien n'a plus d'importance que donner la vie. Je suis pleine d'énergie. Je ne m'ennuie jamais. 

Je suis prise d'une frénésie de confection de bons petits plats. Je n'ai même plus envie d'un verre de vin. Faire la cuisine me sort par les yeux. Et puis je suis si fatiguée. Je me trouve belle et encore assez mince.
 Ce n'est pas tout le temps facile pour le couple. J'ai pris moins de kilos pour cette grossesse. Je suis zen. Le bébé bouge tellement. Je n'ai plus d'air, mes poumons sont tout compressés. Allongée, je m'auto-asphyxie. Je me trouve affreuse et grosse. Je suis prête à mordre si quelqu'un veut importuner ma famille. Je mange du melon. Et bois du jus d'oranges pressées. Et de l'eau gazeuse.
Quand même, un vrai apéro, avec du vrai vin, c'est ça la vraie vie. J'ai une vie de nonne. Sur les quatre, c'est la grossesse la plus facile. Je me sens tellement fragile. Je fais un tri dans mes priorités. Je n'ai plus de temps à consacrer à ceux qui n'ont pas de good vibes à m'apporter. Je vérifie la circulation prévue à Nice pour les cérémonies d'hommage pour le 14 juillet. 
Ça me préoccuperait un peu d'accoucher ce jour-là. On est tellement heureux et excités et fiers de ce qu'on construit, avec Jean-Chou. 36 mois de grossesse. J'ai hâte de retrouver la ligne, de me remettre au sport, de lui plaire, qu'il soit fier de moi. Même s'il me dit tout le temps qu'il l'est, et que ça se voit dans ses yeux, de toutes façons. Tout m'agace.
Je suis impatiente d'être à l'après. Je n'aime pas dépendre physiquement des autres. Je ne sais pas comment il arrive à me supporter. Je me suis acheté plein de jolie lingerie pour l'après. On oublie à quel point les derniers jours d'une grossesse sont épuisants. J'ai trouvé les faire-parts de naissance. "Plus jamais!". Et la taille de mon ventre est presque surnaturelle. 
Qu'est-ce qu'elle a muri, notre petite dernière! Elle ne parle que du bébé... C'est beau qu'ils soient, cette fois-ci, assez grands pour vivre la grossesse avec nous.
Mais pourquoi ils sont si insupportables parfois? 
Il me manque toujours un siège-auto et ça ne me stresse pas le moins du monde. Je supporte mal le bruit et l'agitation. On a surbooké les enfants pendant deux semaines. Et paradoxalement je savoure ce calme avant la tempête. L'année dernière je disais à Jean-Chou: "non, tu sais je n'aime pas trop la foule. Encore plus depuis le Bataclan. Et puis c'est kitsch les feux d'artifice. Même si ça plairait aux enfants... bon de toutes façons on est trop crevés ce soir. Et trouver où se garer vers la Prom'... demain on est attendus pour passer le week-end du 14 juillet en famille. On verra l'année prochaine".
Est-ce que ça va bien se passer cette fois-ci? Est-ce que j'arriverai à temps pour avoir la péridurale? Est-ce que ça me manquera? Est-ce qu'on va y arriver? 
Encore quelques jours, ça serait bien. 
Je viens de fêter mes 36 ans. Ca ne me fait absolument ni chaud ni froid. Je trouve que la vie passe décidément très vite.  J'ai envie de mordre encore plus la vie à pleines dents. De faire la fête, de profiter, de rire. Je veux qu'on me laisse toute seule dans ma tanière. Qu'on me protège. Qu'on me laisse tranquille. 
Je me sens super forte. Je suis prête.
L'attente.

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