Magazine Journal intime

Planète isolée : Chapitre 53

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 53

Je me réveille au son de mon alarme. Deux heures se sont passées. Je suis un peu encore étourdi, engoncé dans mon sommeil et des rêves évanouis. Je regarde devant moi. La femelle bleue est toujours immobile, sauf son torse qui se soulève et s'abaisse selon sa respiration. Ce rythme est rapide, et asynchrone. Je me lève, toujours un peu engourdi. Je soulève la couverture qui recouvre son corps. Comme je m'y attendais, la nécrose s'accélère. A ce rythme, elle mourra avant cette nuit.
Je me traine jusqu'au réserves et je prends deux fruits de soin. Au moment de revenir, je me ravise et j'en prends un troisième. La nécrose doit être combattue de manière plus intense, pour me donner du temps pour essayer de la sauver. Sans même réfléchir, j'enfile mes gants que j'ai laissés à ses côtés, je coupe les fruits et je répands le suc sur l'ensemble du ventre ouvert. Le jus s'infiltre plus profondément, et je sens que les organes non exposés eux-aussi sont nécrosés. Les fumerolles s'échappent de dessous ses viscères, provenant d'éléments invisibles à ma vue. Avant d'utiliser le troisième fruit, je plonge mes mains gantées dans son ventre et j'écarte ce qui ressemble à des viscères. D'autres organes apparaissent, eux aussi de couleur bleue sombre. Je répand le jus en ré^étant l'opération de soulever avec précaution les organes visibles. Je ne sais même pas leurs fonctions, ni leur fragilité. Je vois les connections, des tubulures bleues, sans doute l'équivalent de nos veines et artères. Je prends toutes les précautions possibles. Le suc fumant est dispersé partout où je le peux, sans trop tirer sur ses tubulures. Je me doute que si j'arrache l'un d'eux, s'en sera finit.
Le bleu redevient plus pâle, mais pas autant que les première fois. Mais l'ajout de suc ne change rien. La réaction chimique a ses limites manifestement. Je dois trouver une solution. Comment refermer ce ventre ? Comment la sauver ?
Oui, c'est une ennemie ! Oui, je devrais la laisser mourir ! Mais l'enfant ! Je ne saurais pas comment m'en occuper. De plus, si c'est bien l'un de leurs vaisseaux de secours qui vient en premier, je serais en très mauvaise posture. Ce n'est pas un bébé qui me défendra, surtout s'il meurt à son tour. Quant au secours des miens, vu le temps passé, il est très peu probable qu'ils continuent les recherches. Mais pour elles ? Qu'en est-il ? Rien ne m'assure non plus que leur "communauté" les recherche encore !
Je regarde la femelle, impuissant. Que pourrais-je faire ? Je ne sais pas. Je me rappelle mes tentatives d'appels avec mon faisceau lumineux, en vain. L'explosion de la lampe qui a failli me coûter la vie, pendu à cet arbre... Je n'ai plus rien pour faire un tel signal. Mon vaisseau ne dispose de plus aucun composant utile. Nous sommes bloqués sur cette planète, et d'ici peu, je serais seul, à devoir creuser des tombes. Et sans doute finir par mourir sous les griffes du "ougla", cette bête agile et intelligente. Ces éventails semblent fonctionner, mais j'ai vu aussi que l'effet n'était pas parfait. Il ne semblait pas apeuré, plutôt gêné...
Mon regard se perd autour, la forêt, la plaine en-dessous dangereuse, le cocon, le vaisseau extra-terrestre... La batterie ! Peut-être ? Oui, il doit y avoir des pièces réutilisables. Je ne connais pas leur technologie, mais les principes fondamentaux semblent être une forme d'électricité, avec un côté positif et un côté négatif, cathode et anode... Je me lève d'un bond, mon esprit plus vif. Je fais le tour du vaisseau en sale état. Je l'ausculte sur toutes les coutures possibles. Quelques trappes s'ouvrent laissant apparaître des composants que je pourrais qualifier d'électronique. Sous le ventre de l'appareil, une boule... Vu son positionnement, je dirais qu'il s'agit d'un phare pour se signaler dans un ciel non hostile. Mais la boule est bien fixée. Et aucun mécanisme ne semble permettre son ouverture. Je devine sur les côtés des marques, sortes d'étoiles. Qu'est-ce que cela me rappelle ? Oui, le caisson à outils !
Je rouvre le second caisson. Je sors un à un les éléments à l'intérieur, les analysant. L'un d'entre eux présente la même forme que les signes autour de la boule. Je le prends et je me replace sous le vaisseau. En approchant l'outil, celui-ci se colle à l'une des étoiles. J'essaye de le tourner pour dévisser, mais même avec toute ma force. Je n'y arrive pas. Ca ne fonctionne pas... Alors que je m'apprête à essayer sur un autre, en voulant retirer l'outil, je le tourne dans l'autre sens ! Là, le mécanisme se déclenche. Presque automatiquement, sans effort, une forme d'écrou se défait et tombe par terre. Évidemment, à l'envers ! Ils vissent à l'envers ! Je poursuis un par un, sur chacune des marques. Alors que je m'apprête à agir sur la dernière je sens que le bloc ne tient presque plus. Il ne faudrait pas que je le casse. Je ne sais pas comment il est constitué, ni de quoi. Alors d'une main, je le plaque contre la paroi du vaisseau, et de l'autre je dévisse la dernière étoile. Le voici dégagé...
Je pose l'outil et de mes deux mains, je fais descendre la boule doucement. J'observe qu'il s'agit manifestement pas d'un cache mais d'une sorte de phare lui-même. Des câbles y sont connectés. Certains sont brûlés. Je sors mon couteau et je coupe les fils, pas trop près de la boule, un à un. Ceux brulés, se cassent immédiatement. Les autres sont plus compliqués, ils résistent. Mais en sciant, je finis par arriver à les couper. La boule est maintenant libérée. Avec précaution je sors de dessous le vaisseau et vais poser délicatement la boule dans le caisson qui contenait le cocon. Son contenu comme de la mousse, épouse sa forme et le maintient. Ainsi il ne risque rien... Je referme la boîte pour plus de sûreté.
J'ouvre maintenant le premier caisson, celui qui contient ce qui ressemble à une batterie. Je veux la retirer avec précaution, mais à peine mes mains le touchent que je prends une décharge d'énergie. Je la relâche aussitôt. Comment faire ? Je me retourne vers le caisson de boîte à outils. Un des éléments semble être des gants plastiques. Ils doivent être isolants. Je m'en saisis et essaye de les enfiler, mais ils sont prévus pour des mains à trois doigts. En contractant mes doigts, pour n'en former que trois, j'arrive vaguement à les enfiler. Je reviens vers la batterie. Les gants sont mal fixés, mais suffisamment pour que je puisse saisir la batterie. Cette fois, aucune décharge. Je la tourne dans tous les sens pour l'observer avec attention. Comme je le pensais, le système semble simple : deux pôles, de couleurs différentes, vert et jaune. Bien sûr qu'il y a un sens pour les utiliser, comme pour nous, positif et négatif. Mais lequel est lequel ? Je repose la batterie dans son caisson, que je referme. Je retire les gants, mes mains suant à l'intérieur comme dans une fournaise. La chaleur de mon corps n'est manifestement pas la même que celle de ces êtres bleus.
Je reprends la boule, une fois rouvert le caisson, et j'observe les tubes raccrochés. Il y en a plus que deux. La plupart sont noirs, sauf deux, un vert et un jaune, dont l'un d'eux a partiellement brulé. Au moins, c'est simple. Je n'ai pas de doute sur les branchements à opérer. Mais à quoi servent les autres fils noirs ? Sans doute de commande ou de contrôle ? Un peu comme mes fusibles par exemple... Je retourne sous le vaisseau, mais les câbles coupés se perdent dans la coque, sans que je puisse identifier le moindre élément connecté visible. J'essaye bien d'ouvrir plus avant l'intérieur, mais cette fois, aucune marque n'est apparente, comme si tout ceci était moulé.
Je suis un peu bloqué. Je suis certain de pouvoir brancher la boule sur la batterie, mais je suis tout aussi certain que si je ne branche pas ce qu'il faut au bout de quelques uns de ses tubes noires, je risque fort de tout faire exploser. La boule ne ressemble pas à un simple phare. Quelque chose de semi liquide s'y trouve à l'intérieur. Surement un composé chimique qui réagit à l'énergie contenue dans cette batterie. Mais la réaction pourrait bien être incontrôlable, tout comme cela l'a été pour mon propre système. Retour à la case départ... Il me faudrait les connaissances de cette femelle bleue. Mais dans son état, elle ne peut rien !
Pendant que je réfléchis, j'entends venant de la forêt un grognement. Je le reconnais ! C'est celui de la bête ! Je me dresse sur mes jambes et je me dirige vers le son, en prenant bien soin de rester derrière les éventails déployés. Je la vois à la lisière de la forêt, dans l'ombre des arbres. Elle tourne en rond, en regardant dans notre direction. Mais elle n'approche pas. Est-ce que ces éventails la repoussent suffisamment ? En tout cas, au bout de quelques minutes, elle disparaît dans les tréfonds de la forêt. Je m'assois au sol, l'adrénaline faisant encore effet. Je suis toujours en alerte, même si le danger est écarté. Si près ! Il est venu si près ! Je dois me reprendre ! Je ferme les yeux, pour me reconcentrer et recouvrir mon calme. Alors que je commence à diminuer mon rythme cardiaque, une image, comme sortie d'un rêve, remonte à la surface. La mâchoire d'acier ! Pourquoi ? Je sais hélas que cela aurait pu être la solution, si j'ai bien compris pour la femelle, mais le mécanisme est enclenché et je ne suis pas arrivé à lui faire reprendre son état initial, écarté.
Mais cette image est persistante ! Ce n'est pas une mémoire personnelle... Je la vois dans un angle que je ne connais pas. Qu'est-ce que cela veut dire ? L'enfant ? Je ne sais pas mais je cours jusqu'au caisson contenant cet engin. En faisant attention à ne pas me couper, je cherche l'orientation qui correspond à l'image que j'ai eue. Voilà, je pense que c'est celle-ci. Et maintenant ? Plus aucune image... Que dois-je faire ? Je regarde l'objet, le retournant à nouveau, en manquant de me couper à nouveau sur les lames d'acier. Je vais le reposer quand je me dis que je dois avoir manqué quelque chose. Je replace l'objet dans l'orientation de l'image mentale perçue. J'observe attentivement. Je ne vois rien de particulier. Sur le côté, je vois les mâchoires refermées, le bouton d'action sur le dos, si j'ai bien compris le sens. Je vois le mécanisme de fermeture, avec ce qui ressemblent à des vérins. Je suis le mécanisme jusqu'au bord et là ! Je vois comme une encoche. Ce n'est pas une forme étoilée cette fois.
Je prends la mâchoire et je la pose à côté du caisson à outils. Je recherche quelque chose qui se rapproche de cette forme d'encoche. Quasiment tout est par terre, alignés les uns à côtés des autres. Je les prends un par un, en me méfiant car certains semblent coupant ou alimentés. Je mets les gants de protection alien, et je les inspecte un par un. L'un deux retient mon attention. La forme est proche, inversée. Je le saisis fermement et je l'applique sur l'encoche de la mâchoire. Machinalement je tourne pour visser, dans le sens inverse, comme pour la boule. Mais rien ne se passe. Et si c'était l'inverse cette fois, dévisser ? Je le tourne dans l'autre sens et je sens le mécanisme bouger. Mais c'est extrêmement difficile. Avec une seule main, c'est à peine si j'arrive à faire bouger les dents d'acier.
Je pose la mâchoire entre mes jambes, assis en tailleur, en prenant soin de me protéger si jamais elles devaient se refermer aussi sec. A deux mains, je saisis l'outil et je recommence le dévissage. Après plusieurs minutes d'efforts intenses, j'ai réussi à écarter de quelques centimètres les dents. Je suis épuisé. J'ai soif ! Je me lève, laissant le tout ici, et je me dirige vers la réserve. J'attrape deux fruits amers, et quelques baies. Le sucre des baies me redonne de la force, mais j'ai toujours soif. Je prend un autre fruit, et, au lieu de le manger, je le presse dans ma bouche. Son jus coule et me donne une impression de rafraichissement. Voilà qui est mieux ! Mais le goût est toujours aussi horrible. Machinalement, je mâche une baie de plus. Me voilà revigoré !
Je me sens fort, comme jamais. Je reviens à la mâchoire, la coinçant entre mes jambes assis en tailleur. Des deux mains, j'exerce à nouveau un tour dans le sens des aiguilles d'une montre. Cette fois, le mécanisme est plus facile. Et plus je progresse, plus la mâchoire reprend sa forme initiale.
Elle a enfin repris sa forme initiale ! Je la contemple avec joie ! Je me retourne vers la femelle. Combien de temps s'est-il écoulé ? Je regarde ma montre : trois heures !  Je n'ai pas vu le temps passer et je n'ai pas pensé à mettre une alarme. Je me précipite vers la réserve, saisis plusieurs fruits acides et cours vers la femelle. D'un seul mouvement de main, j'enlève la couverture. Tout est presque noir. Elle respire à peine. Je coupe deux fruits, sans même prendre le temps de mettre les gants ! Pas le temps ! L'acide me brule la peau, mais c'est supportable ! Je presse partout le suc, la fumée est plus forte, plus âcre. La couleur certes redevient bleu, mais d'un bleu foncé. Je coupe encore deux autres fruits, j'écarte en plongeant mes mains dans son corps. L'acide en surface me brûle encore plus, mais je dois faire vite. Je n'aurais jamais dû attendre aussi longtemps. Je verse partout où je le peux le suc acide. Comme je n'ai pas mes gants, je ressens mieux les organes, les tubes "sanguins", je peux donc plus facilement atteindre des organes jusqu'ici non recouvert du suc. Au bout de quelques minutes, un bleu mélange de sombre et pâle s'est répandu. La respiration de la femelle est toujours haletante.
La mâchoire ! Je cours la prendre, en prenant soin de la saisir par les poignées faites pour. Je m'approche du ventre grand ouvert. Comment dois-je procéder ? Je pense qu'il s'agit de l'inverse d'un écarteur, il faut donc le placer sur son ventre et actionner le mécanisme... Alors que j'approche les dents, je m'aperçois qu'elles sont couvertes de terre et d'herbes. Je doute que cela soit sain de la laisser ainsi. Je prends donc un autre fruit acide, je le découpe et je nettoie en prenant soin de ne pas me couper, chacune des dents et toutes parties qui pourraient être en contact avec son corps. Une fois l'opération effectuée, j'hésite, la mâchoire placée à quelques centimètres de son ventre. Comment la placer ? Au hasard ? J'observe le positionnement des dents, "l'étoile de vie", comme l'a nommé l'enfant. Il y a une similitude. Le même nombre de triangles... Je place donc les dents le plus aligné possible sur ces triangles. Faut-il enfoncer les dents ? Je doute que par simple contact, cela suffise.
Le souffle de la femelle est de plus en plus fébrile. Ces organes ont certes retrouvés une couleur "acceptables", il n'en demeure pas moins qu'elle est en état de choc. Pas le choix ! J'enfonce les lames dans la chair ! Un sang bleu s'écoule le long de chacune des plaies. Je m'assure que chacune des parties est bien prise. Je recommence la pression là où ce n'est pas le cas. A chaque fois, du sang s'écoule, comme les blessures d'un homme fouetté. Je revérifie encore. Je n'aurais sans doute pas le temps d'une seconde chance. Tout me semble en place, pour ce que j'en sache...
Je déclenche le mécanisme. Les mâchoires étirent la peau, avec une résistance certaine opposée. Mais le mécanisme fonctionne. les vérins se font de plus en plus actifs. Petit à petit, le ventre se referme. Au bout d'une minute le mécanisme s'arrête, l'étoile de la vie est reformée, refermée. Et maintenant ? Ah oui, les feuilles collantes ? Mais comment faire ? Si je retire la mâchoire, la plaie va se rouvrir ! Je regarde le ventre fermé. Je commence à appliquer les feuilles sur chaque côté, entre deux dents, pour maintenir deux morceaux d'étoile. Un par un, je répète le pansement. Voilà, j'ai fait le tour. Mais il reste le centre. Il est inaccessible du fait de la mâchoire... Et pourtant, je ne vais pas laisser cet engin ainsi. D'autant plus que le sang bleu continue de s'écouler le long de ses dents...
Très bien, il va falloir agir vite et précis. Je saisis de la main droite deux feuilles collantes en les préparant en forme de croix. De la main gauche, je saisis la mâchoire et je l'arrache d'un coup en la jetant au loin, en plaçant immédiatement les pansements en forme de croix sur l'emplacement où elle se trouvait. De ma deuxième main, je fixe les pansements sur les côtés, fixant la croix. Toujours en maintenant de ma main droite mon point d'appui, de ma main gauche je récupère encore quelques feuilles et cette fois soulevant doucement ma main droite successivement, j'applique d'autres pansements en croix, en rond, dans tous les sens possibles. Je soulève avec précaution ma main droite. Les pansements ne bougent pas. J'ai réussi ! J'ai réussi !
Je regarde le visage de la femelle, mais elle est toujours en état de choc. Il faut que je lui donne quelque chose. Mais quoi ? Je ne peux plus verser l'acide dans son ventre, et encore moins sur ses pansements, il pourrait les détruire. Je me lève vers la réserve. Que prendre ? Il y a une dizaine de fruits de forment différentes. J'en prends deux au hasard. Je reviens vers elle. J'entrouvre sa bouche, révélant ses dents fines et pointues. Je coupe un des deux fruits, je le hume. L'odeur ne me semble pas désagréable. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Pour moi, le fruit qui me convient le plus est un fruit horrible ! Alors pour elle ? Je tente en versant quelques gouttes dans sa gorge. Immédiatement, un reflux s'opère et c'est comme si elle me crachait au visage. Évidemment il n'en est rien, vu qu'elle n'est pas conscience. C'est une réaction réflexe. Très bien ! Je vais me servir de ces réflexes. Je vais chercher les différentes formes de fruits et j'en rapporte un de chaque près d'elle. Tour à tour, je coupe en deux un fruit, et si elle recrache, je le jette et je prends le suivant. Si par contre elle déglutit, je vide le contenu entier du jus du fruit dans sa bouche. Et je continue...
Après maints essais, seuls trois fruits semblent lui convenir, si je fais confiance à ses réactions réflexes. Je mets de côté depuis la réserve les fruits en question. Je la nourrirais trois fois par jour, comme moi. Je vérifierais aussi les pansements.
Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre. Je n'ai rien d'autre à faire...

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