Magazine Journal intime

Planète isolée : Chapitres 57, 58 et 59

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 57

Une fois de retour dans mon campement, je me dépêche. Je sais que j'ai deux vies sous ma responsabilité... Je suis même étonné de cette pensée, mais je la ressens profondément. Ce n'est pas pour ma seule survie. C'est pour elles aussi ! Je fais le tour de mes équipements. Je sélectionne ce que je peux emporter maintenant. S'il le faut, je reviendrais pour le reste. Le cuiseur ? Oui, il peut m'être utile. Quelques pièces comme des miroirs que je détache de mon vaisseau avec mes propres outils... Des restes de mon appareil de faisceau... Je ne sais pas si je pourrais coupler les différentes technologies, mais qui ne tente rien...
Je saisis aussi les quelques rations qui me restaient. Avec le tissu de mon siège de mon astronef, je me fabrique un sac de fortune dans lequel je glisse les parties lourdes comme le cuiseur et les miroirs. Dans un autre sac, je place mes autres trouvailles... Je regarde sur ma montre, cela fait bientôt plus d'une heure et demi que je suis parti. Je dois rentrer, le Soleil commence déjà à poindre vers son couché. Et j'ai bien compris qu'il ne vaut mieux pas être dans la forêt durant la nuit. Comme quand j'étais petit, je redoute les esprits de la nuit, ses fantômes et ses monstres cachés.
Je presse le pas, suivant les marques sur les troncs, évitant les zones humides. Au bout d'une heure, je suis à nouveau de retour au camp de la femelle bleue et de son bébé. Je dépose tout mon barda à côté des caissons, puisque c'est là que je vais devoir travailler pour fabriquer ce qui pourrait nous signaler. Quel vaisseau nous verra le premier ? Peu importe ! Il nous faut partir d'ici. ce "ougla" finira par ne plus avoir aussi peur de ses éventails. Je le pressens. Il est d'une intelligence, en plus de sa force et de sa rapidité, qui me pousse à croire qu'il vaincra sa peur, comme les animaux sur Terre finissent pas ne plus avoir peur du feu !
Je dépose mes réserves de nourriture à côté du reste des réserves. Il en reste encore assez pour un ou deux jours pour elle et moi. Il faudra que je retourne dans la forêt, demain, pour reconstituer une réserve et avoir des fruits plus mures. Je prends quelques fruits, les deux sortes qu'elle avait acceptées, et je les lui apporte. Elle est toujours immobile, les yeux mi-clos. Elle reprend conscience petit à petit. Mais elle n'a pas de force encore. Même sa main a du mal à bouger. Je coupe un des fruits et approche la moitié de son visage. Elle entrouvre sa bouche et déglutit lentement, comme si elle voulait apprécier le goût du jus. La deuxième moitié versée, je coupe en deux le deuxième fruit et je m'apprête à presser de même, mais là, sa main, avec un effort certain, saisit le fruit et l'approche de sa bouche. Je comprends. Je repose sa main délicatement, sentant toute l'énergie qu'elle a dépensée pour cela. Ses yeux mi-clos me regarde tandis que j'approche le fruit que j'ai découpé en quarts, sans le presser, de sa bouche ouverte. Lentement, avec difficultés, elle mâche la pulpe du fruit. Ses yeux se referment, comme rassurée, mais aussi exténuée. J'approche les autres quarts, un à un, et sa mastication se poursuit. Une fois terminée, ses yeux s'épanouissent un instant, en me fixant, puis ils se referment et je sens qu'elle est à nouveau enfoncé dans son sommeil profond.
Je m'écarte le plus doucement possible. Je jette un œil au cocon, j'entends toujours le ronronnement de la machine. Tout va bien.
Je m'approche des caissons et de ce que j'ai rapportés. Il me faudrait comprendre le rôle de ses fils noirs. J'essaye de suivre leur connexion, mais la boule est totalement hermétique. Je prends les miroirs, et je commence à fabriquer un concentrateur de lumière. Avec ma montre, je simule une lumière à l'endroit où devrait se situer la boule. J'ajuste au fur et à mesure la construction. De temps en temps, je m'approche de la boule. Je voudrais bien tester ce que je construis dessus mais j'ai peur de la casser. Que faire ?
Je vois le tronc d'arbre sur lequel j'avais été attaché. Oui, bien sûr ! Je prends une hache, petite, que j'ai récupéré de mon vaisseau et je taille une forme arrondie dans le bois. Puis je me rapproche de la boule, et avec le couteau, j'essaye d'imiter du mieux que je peux la forme et le volume de cet objet. Passer une heure, j'ai enfin obtenu la forme que je voulais. Mais je suis épuisé. J'ai faim et soif.
Je décide d'utilise le cuiseur pour l'eau récolté dans les capteurs d'humidités de mon campement. Pour la viande, je mange le reste du "lapin" que j'ai cuit ce matin au feu de bois. Me voilà rassasié, je m'allonge sur le sol et je laisse venir le sommeil. Il me reste tant à faire ! Mais j'ai le temps, maintenant que le plus dur est passé pour ces deux êtres bleus... Mes rêves me montrent mon village natal, la plage, la plaine et la montagne sur l'arrière. Rien à voir avec ici... La plaine est cultivée, le village accosté sur le bord de la mer, les chemins de terre menant aux champs. Je n'étais pas cultivateur, déjà petit, je ne voulais qu'une chose, voler dans les vaisseaux spatiaux, aller dans l'espace et voyager, découvrir l'univers. Ces images me réconfortent et me plongent un peu plus dans la tranquillité.

Chapitre 58

Enfoncée dans ma conscience intérieure, je flotte dans un univers infini. Je ne perçois pas mes sœurs ni la prêtresse... Sans doute le cocon limitant les effets de mon espace intra-dimensionnel. Mais je ressens deux autres présences... Je tente de me focaliser sur l'une d'elles.
Il s'agit de l'humain. Les paysages qu'il voit sont magnifiques et inconnus dans nos mondes. Il est calme. Il semble être fourbu, beaucoup d'efforts ont été fournis durant la journée. J'essaye de savoir ce qu'il a fait. Je vois des objets, de toutes sortes. Je vois une sphère qui attire toute son attention. Je vous aussi son attention envers ma mère, la nourriture qu'il lui apporte, le regard apaisé et satisfait. Il n'a plus de haine contre nous. Je sens néanmoins une peur, latente. Il regarde ma mère d'une façon troublée : à la fois comme un médecin s'occupant d'un malade, à la fois comme un soldat face à son ennemi... prisonnier. Oui, il a peur que ma mère, se réveillant, reprenne son attitude guerrière. Il n'a sans doute pas tort.
L'autre présence, ce ne peut être que ma mère. Oui, c'est elle. Elle guérit vite, très vite. Encore un effet de cette planète, tout comme moi je grandis vite, trop vite. Je la sens reprendre le contrôle de ses muscles, petit à petit. Je sens son esprit également troublé. Reconnaissante pour la nourriture et les soins prodigués par l'humain, acharnée également à poursuivre la lutte...
Je veux communiquer avec elle... Je dois la convaincre de ne pas commettre l'irréparable... Cet humain n'est pas si horrible. Bien sûr, je ne sais rien de la guerre qui les oppose, mais il n'agit pas comme tel. Lui aussi respecte la vie. Je lui présente les images furtives de son monde, cette image apaisée, rivages bleues, bleues comme nous. Cette prairie verte, emplie de vies de toutes sortes. Ces sourires, ces rires mêmes d'enfants autour de lui...
Mais je sens aussi une troisième entité, non loin du camp. Elle est fière, furtive, agressive. Elle tourne autour du camp, à distance respectable. Elle guette les allés et venus de l'humain. Elle sent ma mère allongée au sol, une proie facile... C'est le ougla ! Il a une force incroyable, et pas uniquement physique. Il est empli de violence, le goût du sang dans ses lèvres. Il tourne, à distance respectable, cherchant la faille. Je préviens ma mère comme je le peux aussi. L'humain aussi. Mais le comprendront-ils ? Je sens que mes transmissions sont affaiblies. C'est à peine si j'arrive à plonger dans leur être profond...

Chapitre 59

Je reprends des forces très vite. Le simple fait que j'ai pu mâcher la pulpe du fruit me démontre que je suis presque guérie. Je ressens mon corps qui se reconnecte à mon esprit. Je sens le bout de mes pieds. Mes mains sont sous mon contrôle, même si l'effort est énorme. Je sens la douleur de l'étoile de vie, mais elle est supportable. J'ouvre les yeux. Il fait nuit. Je tourne la tête doucement. L'humain est allongé, endormi, à côté des caissons de mon appareil. Il y a toutes sortes d'objets à côté de lui, dont certains ne proviennent pas de mon appareil. Il a dû retourner à son campement les rapporter.
Que veut-il faire ? Quelle menace va-t-il être encore pour moi et mon bébé ? Mon bébé ! Je la ressens près de moi... Elle n'est plus tout à fait mon bébé... Elle grandit vite, trop vite. Le cocon va bientôt achever sa tâche. Il va falloir que je m'en occupe car ce n'est pas cet être blafard qui saura quoi faire ! Il est tellement occupé à ses machines, qu'il en oublie le plus important ! La vie !
Cette espèce ne sait que détruire ! Je dois m'en débarrasser ! Il dort, c'est le meilleur moment ! Mais je dois récupérer le contrôle de mon corps. Et pas seulement, mon arme aussi. Le couteau est à la hanche de l'humain. Il va falloir que j'agisse sans bruit, vite. Je me redresse mais la douleur au ventre manque de me faire hurler. Non ! Je dois rester silencieuse... Je plonge dans ma conscience profonde. Je dois repousser la douleur, prendre le contrôle de mon corps. L'esprit est plus fort que la matière ! La matière ne fait qu'un avec l'esprit !
Je me redresse, presque sans douleur. Je suis maintenant à genoux. Je ressens toujours cette douleur mais elle est loin, loin comme ce soleil couchant sur une eau calme et bleue... Mais quelle est cette image ? Je n'ai jamais vu un tel paysage... Une eau bleue, des constructions blanches, une vallée verdoyante, des animaux en liberté... Des sons étranges... des bouches qui sourient... ces bouches sont celles d'humains... D'où me viennent ces images ? Il est impossible que je sois dans l'esprit de ce cafard ! Et pourtant, il s'agit bien de sa mémoire, floue, mais ayant existé. Comment cela est-il possible ?
Peu importe, je me redresse, appliquant avec toute la concentration possible de ma conscience profonde sur les sensations de mon corps. Mouvement subtil et invisible... Je m'approche de l'humain. Je n'ai plus besoin de lui ! Je dois l'éliminer. Et cet objet qu'il construit ? On dirait un amas de tôles informes... Quel est son utilité ? Est-ce une arme ? Il est déjà armé ! Son pistolet et mon couteau... Une forme ronde, en bois est à ses côtés. Que veut-il faire de ceci ? Il a dû passer des heures à la tailler. Est-ce une divinité quelconque pour ce peuple absurde ? Je ne comprends pas, mais je n'ai pas envie de comprendre.
Je m'approche encore, mon ventre me fait mal, mais je tiens mi éveillée, mi enfouie dans ma conscience. Alors que je m'approche de lui, une image furtive apparaît. Une image de violence, de sang... Est-ce mon instinct qui me prévient du danger de cet humain ? Cela ne fait que confirmer mes intentions... Je continue mon approche. Mais l'image tourne, tourne... Elle tourne autour de moi. Non, de nous... Elle ne concerne pas l'humain... Elle tourne... Elle cherche une faille... Le ougla ! Mais comment ? Ma fille ! C'est ma fille qui m'envoie ses images. C'est elle qui m'a envoyée les images des rêves de cet humain. C'est elle qui me prévient du danger imminent !
Autant je pourrais tuer rapidement cet humain qui est à moins de trois mètres, autant je ne serais pas en capacité de me défendre contre ce ougla. Il tourne... tourne... Je ne sais pas où il est. Je regarde autour de moi, dans la pénombre de la nuit. Les réflecteurs sont bien en place. Ils fonctionnent... Enfin, presque... L'un d'entre eux est plus faible. Je le vois d'ici. Son mécanisme est abimé. Pourquoi ? Je ne sais pas... Il dysfonctionne. Que dois-je faire ? Si le ougla trouve cet endroit, il pourra rentrer. L'humain endormi sera dévoré et moi, je ne pourrais pas me défendre ! Et le cocon, certes il protègera ma fille, mais pour combien de temps ? Il finira par s'ouvrir, livrant à la bête un repas simple et sans défense !
Je me retourne vers l'humain. Son sommeil est agité. Ma fille lui a-t-elle envoyé les mêmes images qu'à moi ? Je n'ai pas le choix. Je franchis les derniers mètres, sans me préoccuper de mon silence. D'une main, je secoue doucement les épaules de l'humain. Il se réveille brusquement, surpris, le corps tendu, prêt à se défendre. Je me recule d'un pas, les mains levées, pour bien lui montrer que je n'ai pas d'armes. Il se redresse sur ses genoux, je lui fais signe de rester au sol. Il arrête son mouvement, ne se relevant pas. Il me regarde ahuri, paniqué. Il se doute que j'aurais pu le tuer. Il hésite, sa main sur son pistolet à sa ceinture. Comment lui faire comprendre ?
Je montre sa jambe que j'ai guérie, le réflecteur portatif qu'il porte à sa ceinture, puis j'indique la direction du réflecteur quasi hors d'usage. Il suit des yeux ce que je lui montre. Il est indécis. Je mime le ougla, sur ses pattes, et de mes mains, ses crocs. Le mime m'épuise, et je m'affaisse, mes jambes se dérobant sous moi. Il se rapproche immédiatement, m'empêchant de m'écrouler. Il est tout aussi surpris que moi de ce mouvement, je le vois dans ses yeux. Mais pourtant il me redresse doucement, sur mes genoux. Il m'indique sa tête, comme pour me dire qu'il a vu lui aussi cette image. Il pointe du doigt le réflecteur et refait le mime de l'animal à son tour en sortant son pistolet. Il n'a pas compris encore que cet animal est plus malin et plus fort que lui. Je lui fais signe non de la tête. Je lui montre le couteau à sa hanche. Il hésite puis me le tend.
Sur le sol, je dessine un cercle, en faisant des trous pour chaque emplacement des réflecteurs. J'indique un des trous de la main, pointant ensuite celui défectueux et rebouche le trou. Il a compris l'image que je dessine. De sa main, il désigne l'emplacement approximatif où nous nous trouvons et nous pointe du doigt tous les deux. De la tête, je fais oui. Il me montre à nouveau son arme.
A côté, je dessine vaguement son arme, plus loin le ougla. Puis je trace un trait partant de l'arme vers le ougla, j'efface le ougla et le redessine à côté. Je le regarde. Comprend-il que dès qu'il voudra appuyer pour tirer, le ougla fera un bond de côté, avant même qu'il n'ai finit de presser la détente ?
Il ouvre ses bras avec un air perdu... Il ne sait pas quoi faire. Moi non plus, à vrai dire. Je réfléchis. Il nous faudrait prendre au piège le ougla, lui faire porter son attention sur une proie, tandis que l'autre abattrait l'animal. Mais comment ? Je n'ai pas la force suffisante pour lutter contre cette bête. L'humain si ! Je dois donc jouer la proie.
Sur le sol, je reviens sur le centre qui représente notre campement. Je nous pointe du doigts, là où l'humain nous a situé. De ma main gauche, je me désigne et de ma main droite je trace un point sur le côté du camp, près des vivres. Je reviens ensuite sur le point du réflecteur défectueux, et je trace un trait se dirigeant vers moi. Puis de ma main gauche, je désigne l'humain et son pistolet, de la main droite, je pointe le reste de mon vaisseau et le situe dans le cercle. Enfin, je trace un trait de cette position, vers ce qui serait la mienne.
L'humain fait non de la tête. Il me montre mon ventre, mes jambes qui ne me soutiennent pas. Je fais oui de la tête. Je sais que je suis faible. Je lui montre le couteau et le place devant mon ventre, pointe tendue vers l'avant. Puis je montre son arme et remontre le trajet du tir. L'homme hésite. Il me regarde. Il a compris que je sers de proie. Il désigne un des animaux qu'il a attrapé et pointe la position que j'occuperais. Je fais non de la tête. Ces animaux sont déjà morts. J'incline la tête sur le côté, comme la mort et je fais non de la tête en désignant à nouveau le ougla. Je me montre, mon ventre saignant encore un peu. J'attrape une goutte de sang, je la porte à mes narines et je hume son odeur, puis je remime le ougla, lui aussi sentant cette odeur et de ma langue, je me lèche les lèvres.
L'humain est décontenancé. Il ne voit pas non plus d'autres solutions. Il jette un œil vers le cocon. Je lui fais signe non de la tête. Assis un moment à regarder les tracés sur le sol, il relève la tête et fait oui de la tête, mais son regard n'est pas heureux. J'essaye de me lever et immédiatement il m'aide, me soulève et me porte là où le dessin indiquait ma position. De la main, je lui indique le meilleur emplacement. Il me dépose, dos contre un caisson que j'avais déplacé ici pour entreposer les fruits périssables. Je lui montre mon couteau, que je place sur mon ventre, pointe vers l'avant. Je lui indique sa position.
L'humain fait deux pas en arrière, tout en me regardant. Il regarde l'endroit d'où le ougla pénètrera. Il me regarde à nouveau avec un regard plus décidé. Je sens le militaire qui reprend le dessus. Il sait ce qu'il a à faire. Il se déplace vite, mais étrangement pas comme d'habitude. Cela m'amuse, il imite notre mode de déplacement, non sans un certain succès, même si cela reste encore très grossier. Il se place derrière mon vaisseau, ayant une vision complète de la situation, depuis le réflecteur défectueux jusqu'à moi. Une dernière fois, je le regarde et j'insiste des mains pour lui indiquer qu'il faut qu'il attende que le ougla soit sur moi pour tirer. Je fais non de la tête en indiquant de mes mains au-delà de moi. Je fais oui de la tête en indiquant une position à un mètre de moi et je mime le tir de son arme. Il acquiesce. Il se place, tel un combattant, à l'affut. Moi, j'attends et j'ouvre mes sens, cherchant le moindre bruit indiquant son arrivée...

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