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Ego-Journal 78

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51
Aujourd'hui, j'ai appris plusieurs choses. Et ces choses, petit à petit, changent ma vie. Elles peuvent paraître futiles, ou inutiles, mais elles me semblent fondamentales, en tout cas, pour moi.
L'une concerne la notion de réincarnation, avec ce qu'elle peut avoir comme divergences de points de vue. L'autre est le principe de la conscience, alimentée par la mémoire, semblant contradictoire avec l'effacement des phénomènes (ku) dans la pratique du Zen.

La réincarnation

Un échange avec une belle personne sur le thème du bouddhisme m'a ouvert un peu plus les yeux. Je pensais, à tort, que la vision Theravada était trop impliquée dans la notion de karma et de réincarnation (principe de réincarnation suivant un cycle vertueux montant vers des niveaux de vies supérieures ou au contraires invertueux vers des niveaux de vies inférieures), en comparaison de l'approche Mahayana qui ne considère pas la réincarnation (du moins dans sa forme Zen/Chen) mais comme vivre ici et maintenant, sans espoir d'une vie après la mort.
Cet échange m'a ouvert les yeux, non pas que j'ai changé d'avis sur mon approche, mais m'a permis de comprendre en quoi cette approche pouvait avoir du sens dans certaines cultures ou contextes. Notamment ce petit paragraphe que je cite :
Croire à l'incarnation permet aux personnes moins sages de faire attention à leur comportement et de réfléchir aux conséquences de leurs actes. Par exemple, le fait de tuer quel que soit l'être humain ou animal, c'est mal ; le mal = le péché et le péché = l'enfer. Tuer pour se faire plaisir, c'est inexcusable, tuer pour se satisfaire ses besoins, c'est pardonnable. C'est une autre forme de justice quand il y a absence de justice dans certains pays. (Liliane VUONG)
Cela m'a fait réfléchir. En effet, selon trois axes différents, croire en la réincarnation peut être positif. Bien sûr, dans l'approche Mahayana, on considère que croire en la réincarnation peut conduire à un effet d'égo (j'agis bien pour obtenir quelque chose). Mais je pense maintenant que c'est trop réducteur. Excusez l'aspect "scientifique" de l'approche, mais c'est ainsi que je réfléchis et prend conscience des choses...
  1. Un aspect humain personnel : S'il permet à l'être humain, par cette condition future qu'il ignore, d'adopter une démarche pure et saine aujourd'hui, ici et maintenant, alors le but est le même, les moyens sont les mêmes. Si cette approche permet à l'être humain d'être "meilleur" pour lui et pour les autres durant sa vie, alors la finalité est la même. Et s'il ne le fait pas par simple peur ou par simple égo (désir d'obtenir quelque chose), c'est encore mieux, mais l'important est que déjà, il fasse cette démarche.
  2. Un aspect sociétal : Dans une société où la justice est défaillante, croire en la réincarnation, et appliquer en conséquences les principes du Bouddhisme (ou de toute autre religion), permet à la société de se pacifier et d'être en harmonie les uns avec les autres, malgré les dysfonctionnements sociétaux.
  3. Un aspect culturel : Dans un environnement où pré-existait une foi croyant en la réincarnation (dans le cas de l'Asie du sud-est, l'animisme si je comprends bien), le Bouddhisme Theravada permet l'acceptation de ses principes, car ils ne sont pas en contradiction avec l'existant, il le complète.
Pour moi, c'est une découverte importante, car elle me permet, non pas de croire, mais de comprendre pourquoi des gens croient en la réincarnation et s'y accrochent. Ce n'est pas qu'une tolérance ou une acceptation passive, je les comprends. Bien sûr, de mon point de vue, si ce n'était pas clair, je pense que l'homme ne devrait rien attendre d'un au-delà, mais agir en son âme et conscience ici et maintenant, sans rien espérer pour après. L'acte est alors totalement désintéressé. Cependant, si pour passer par l'acte, il est nécessaire de songer et d'espérer une vie après la mort (ce dont personne ne peut infirmer ou confirmer), alors pourquoi pas ? 
Gautama (le premier Bouddha) voyait dans l'éveil et l'illumination (le nirvana) la fin du cycle des réincarnations (lui-même étant influencé par la religion Hindoue croyant fermement à la réincarnation). Les trois courants principaux du Bouddhisme, si j'ai bien compris (n'étant pas, et de très loin, un expert) ont une vision légèrement différente, bien que tous respectent les principes fondamentaux des règles de vie et de paix.
  1. Theravada : très proche des écrits originaux du Bouddha originel, se base sur l'observation des sensations et de l'attention, avec une vision déifiée du Bouddha et le principe de réincarnation selon les niveaux de vies plus ou moins valorisées, jusqu'à la phase ultime où lé réincarnation cesse lorsque l'on atteint le nirvana.
  2. Mahyana dont le Zen : insiste sur la méditation comme seul moyen (zazen) d'obtenir l'éveil, chaque humain étant Bouddha par nature, mais devant faire l'effort de la méditation (zazen) pour atteindre l'éveil de son vivant et être en harmonie. Ce courant n'est plus tout à fait une religion, il peut se pratiquer uniquement sous son aspect philosophique et conduite de vie, et le Bouddha n'est pas un dieu mais un homme, comme les autres, qui a obtenu le "satori" (l'illumination).  
  3. Le bouddhisme Tibétain : est une religion, pleine et entière, avec un chef religieux (le Dalaï-Lama) et où le principe de réincarnation est appliquée aux grands moines (sans coupure du cycle des réincarnations).

La conscience / mémoire versus détachement des phénomènes dans le Zen

Un deuxième échange m'a fait me poser une question fondamentale : dans le Zen, la méditation veut que l'on se "défasse" de ses illusions, des phénomènes, du temporel (le corps, les émotions, les pensées, l'égo) pour trouver son moi profond, et ainsi trouver l'éveil. L'objectif du Zen étant de vivre en harmonie avec les humains (et non à l'écart dans des temples, reclus), il apparaît une partielle contradiction sur comment conjuguer ce non-attachement, qui pourrait s'assimiler à l'oubli, avec la mémoire qui joue un rôle primordial avec notre conscience pour dicter nos actes de la meilleure façon qu'il soit. Cette mémoire peut être issue du vécue, comme elle peut être apprise (l'histoire de l'humanité et ses erreurs ou réussites).
Ayant poser la question, un début de réponse m'a été donné, et qui me permet d'avancer et de construire un cheminement, pour le moment intellectuel, mais que j'espère devenir vivant par la suite. 
L'objectif n'est pas d'oublier, mais d'être soi. L'objectif n'est pas de ne plus s'appuyer sur sa conscience, nourrie par notre héritage (notre mémoire, nos enseignements) mais de savoir la différencier de nos émotions, de notre égo, de nos besoins physiques ou de notre raison potentiellement dévoyée ou inhumaine. L'objectif est donc de bien utiliser cette mémoire mais en l'observant avec attention pour ne pas se tromper, séparer l'impermanent, source d'erreurs et de conflits, du permanent, ce qui devrait diriger notre vie à tout instant.
Dans le Zen, dix préceptes sont énoncés. Certains préceptes sont transverses à toutes les civilisations, d'autres un peu moins, mais relève d'une éthique non religieuse mais profondément humaine :
  • Ne pas tuer,
  • Ne pas voler,
  • Ne pas être avide, s'abstenir de sexualité sans amour,
  • Ne pas mentir,
  • Ne pas vendre ni acheter de boissons alcoolisées, ne pas s'intoxiquer,
  • Ne pas propager les erreurs, ni les défauts des autres,
  • Ne pas faire son propre éloge, ni diffamer les autres,
  • Ne pas manquer de générosité tant spirituelle que matérielle,
  • Ne pas se mettre en colère sans raison,
  • Ne pas calomnier les trois trésors: Bouddha, Dharma, Sangha.
Il n'est pas étonnant de retrouver la plupart de ces préceptes dans les autres religions, avec quelques variations.
Ainsi, la méditation visant la "pensée non-pensée", l'observation de soi pour dissocier l'impermanent du permanent, n'est pas en contradiction avec le principe de mémoire, d'apprentissage d'une éthique qui guide notre conscience, mais elle la renforce même, en y appliquant un filtre pour s'assurer que ce que nous croyons être notre conscience n'est pas en fait notre égo, nos émotions, notre corps ou notre raisonnement inhumain.
Je suis très loin de pouvoir appliquer tout ceci au quotidien, mais c'est une deuxième naissance, sans devenir moine pour autant (ne souhaitant aucun carcan d'aucune sorte qui ne serait pas dicté justement par une éthique pure). Cela prendra du temps avant que je sois réellement né, mais la patience est mère de toutes les vertus, n'est-ce pas ?

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