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L'isolement ultra connecté : la libération - Tome 3 - Chapitre 7

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 7

Passé la colère, je me mets en connexion avec le poète du plus profond que je puisse. J'ai demandé à Charles-Maurice de se tenir dans un coin de la pièce et de ne pas bouger et de ne rien dire ni même penser. Le poète quant à lui s'assoit sur son tapis, construit par nos artisans à son intention. Il se met dans sa médiation, inspirant profondément les émanations des champignons, cette substance qui semble l'aider à améliorer ses visions.
Les premières images sont bien celles de la Cité blanche, notre but ultime. Ca, c'est le futur lointain. Je lui demande de se concentrer sur le futur plus proche. Il voit les hommes arrivés hier, l'inspection générale, tant militaire que scientifique. Il voit l'individu nommé Forest, mais sans savoir lui aussi quel est son rôle. L'information qu'il est l'un des responsable de la Cité centrale est évidemment éminemment importante. Mais tout ceci est le passé.
Montre moi le futur, le plus immédiat...
Le poète me montre alors mon retour au centre, seule. OK, il veut me confirmer ainsi que Charles-Maurice restera avec lui. Passons ! La suite ? Il me montre que l'inspection du militaire et du technocrate continue sont bonhomme de chemin, sans encombre, avec une platitude et aucun effet sur le continuum. Mais reste Monsieur Forest. Un brouillard l'entoure. Non pas opaque, mais une vision floue. Pourtant, elle semble ne pas perturber le continuum. Il voit leur départ, sans doute assez proche, de retour vers la Cité. Il voudrait arrêter là, mais je lui dis de continuer. Continue à me montrer la suite... Si nous ne pouvons pas savoir ce qu'il est venu faire ici et maintenant, peut-être verrons nous quelque chose plus tard ?
Le poète se concentre, mais les visions sont de plus en plus troubles. Certes, la Cité blanche revient régulièrement, mais la période intermédiaire n'est pas claire. Il voit des arrestations, comme il y a lieu aujourd'hui dans la cité, ni plus ni moins. Il voit nos échanges avec la Cité, via les dirigeants acquis à notre cause. Là, aussi aucun changement. Il voit la Cité centrale, ébranlée, agitée, mais notre centre et notre vie troglodyte inchangée. Ceci attire mon attention. Essaye de percer cette agitation dans la Cité centrale ! De quelle nature est-elle ?
Les images sont floues, comme si nous n'avions aucune prise sur elle. Mais le visage de Monsieur Forest intervient à plusieurs reprises. On voit des scènes qui pourraient presque s'assimiler à une révolte, mais il n'y a pas de lutte, juste un écroulement. Et de notre côté, en parallèle, un calme profond et permanent. Je sais que Jean travaille sur les évolutions des comguides de la Cité, mais ceci ne correspond à aucun des scénarios envisagés jusqu'ici. C'est comme si nous n'étions pas acteurs mais spectateurs.
Une image furtive vient à l'esprit du poète. Un homme, grand, fin, la tête sous un capuchon, au centre de tout ceci, et face à des individus comme Monsieur Forest, lui inclus. Qui est cet homme ? Le poète ne voit pas son visage. Mais il me montre aussi, très fugace, une image qui me perturbe et manque de me faire quitter ma conscience et mon intrication avec le poète : deux enfants, d'environ cinq ans, que je reconnais malgré les années ! Mes enfants ! Cette image est si fugace et si violente pour moi. Je lui demande d'essayer de la retrouver, mais il me dit qu'il ne peut pas. Elle est venue et partie aussitôt.
Les images continuent : On voit un Léto, le faux Léto, rassembler la communauté, la souder et lui ordonner d'attendre et de laisser faire. Rien d'autre... Tu cherches à me convaincre encore ? Il me répond que non, il s'agit bien d'une vision, pas de son intention. Je ne veux pas le croire. J'observe avec attention cette scène. Charles-Maurice se tient effectivement au sommet de la plaine de défense, tous les membres de la communauté autour de lui, soit en bas du pierrier, soit sur la plaine elle-même. Et un silence morbide qui entoure ce moment, mais aussi une foi décuplée. Seuls quelques éléments sont agités et se tiennent à l'écart. Mais les échos du futur sont trop flous pour déterminer de qui il s'agit.
Reviens sur Monsieur Forest, sur les instants qui suivront son retour à la Cité centrale. Le poète s'exécute. On le voit rentrer dans le sein des seins. Mais le tableau s'arrête là, à la porte du palais des responsables. Nous n'avons jamais réussi, ni même avec nos gardes-espions, à pénétrer ce lieu. Je lui demande de se concentrer sur ce comguide étrange dont dispose cet homme, différent des nôtres. C'est la perception d'une forteresse qui apparaît, les archers protégés par des meurtrières qui se fait jour. Ainsi, ces modifications ne sont pas que protectrices. Il ne s'agit pas uniquement de pares-feu, qui m'empêchent par exemple de rentrer dans sa conscience, mais aussi sans doute d'une arme, tel que Léto lui-même utilisait son propre comguide. Les responsables auraient-ils les pouvoirs de Léto ? Le poète pense que non, du moins en partie. Il pense que le blocage et l'attaque font parties manifestement de leur capacité, mais pas les autres compétences uniques.
Le poète fatigue et me demande d'arrêter là la séance. Il est épuisé. Je le ressens aussi et je le libère de mon emprise et le soulage par des images de calmes et de repos. Quasiment aussitôt, il s'endort, Charles-Maurice l'aidant à s'allonger.
Puisque tu dois rester là, occupes-toi de lui ! Veille sur lui ! C'est ta mission. Pour le reste, cette mascarade d'un Léto fictif, nous verrons plus tard. Je dois retourner maintenant vers le centre, sinon mon absence va se faire ressentir. Charles-Maurice acquiesce de la tête, sans mot dire.
En sortant, je fais mon rapport à l'ensemble du collège. Je n'ai pas beaucoup appris mais voici néanmoins ce que l'on pense savoir de plus. Cette inspection va se terminer assez vite, sans incident. Notre avenir ne semble pas compromis, mais une zone trouble entoure la Cité centrale et en particulier la tour des responsables. Mais nous n'avons aucun élément concret pour dire pourquoi ni comment, hormis qu'il semble que ce soit hors de notre portée et sans notre intervention directe.
Le collège reste perplexe. Jean propose que l'on devrait peut-être pour cela engager une autre phase sur la modification des comguides, pour les rendre inefficients plus rapidement. L'architecte et le capitaine pensent que ce n'est pas une bonne idée car ce serait une déclaration de guerre immédiate, cela dévoilerait nos intentions trop clairement. Le chef suggère que l'on opère néanmoins quelques changements dans notre tactique, en introduisant des éléments subversifs légers, toujours en respectant la sacro-sainte règle des marges d'erreurs (chose qu'il a finit par comprendre, afin de ne pas éveiller les soupçons de la Cité, à l'image du technocrate qui semble satisfait de nos travaux et de nos résultats). Jean indique qu'il va réfléchir à quoi faire tout en restant dans la marge d'erreur appréciable.
Tous me demande ce qu'il en est pour Monsieur Forest. J'indique que son comguide modifié n'est pas qu'une défense, mais qu'il possède sans doute aussi la capacité d'attaque. Immédiatement, la question fuse : Est-il comme Léto ? Non, selon le poète, ses capacités se limitent à la défense et l'attaque, rien de plus. Il ne peut pas entrer dans les pensées, semble-t-il, ni influer sur celles-ci. Mais il est dangereux. Jean exprime qu'il est logique que les responsables aient un mécanisme légèrement différent des autres. En effet, pour qu'ils puissent contrôler la masse, ils ne doivent pas eux-même dépendre des contrôles exercés. Ils sont en quelque sorte immunisés des contrôles mentaux liés aux envois de messages en continue, aux désinformations ou formations d'une façon de penser et de voir la réalité. Ils doivent conserver leur sens critique. Le pare-feu expliquerait cela. Pour la partie attaque, ce doit être un mécanisme d'auto-défense, si jamais une révolte faisait jour, pour contraindre le peuple à se soumettre. Le capitaine indique qu'ils n'auraient probablement pas besoin d'user de tels moyens car il sait qu'il y a des mécanismes d'urgences qui bloquent les personnes, un peu comme les armes életctopsychiques utilisées par les gardes, mais à un niveau plus large. Jean confirme qu'il en a entendu parlé.
Compte-tenu que cette inspection devrait bien se terminer, et que pour le moment, nous ne voyons aucun risque, nous nous en tenons donc au plan initial et de continuer à leur faire profiter d'une visite agréable et conforme à leurs attentes du centre.
Pour ma part, je tais le discours du poète sur le faux Léto. Et je garde encore plus pour moi cette image de mes enfants, même furtive, qui continue de me hanter. Quant à cet homme capuchonné, qui est-il ? Serait-il possible ?

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