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L'isolement ultra connecté : la libération - Tome 3 - Chapitre 8

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 8

A peine arrivée au centre, Jean m'attrape par la manche et m'attire dans une des salles annexes. Il est inquiet. Déjà, je ne suis pas revenu avec Charles-Maurice. Pourquoi ? Ensuite, il enchaine sans me laisser le temps de répondre, ce qui m'arrange car je cherche une explication plausible, sur son idée initiale, qui a été rejetée, de modification des comguides de manière profonde et accélérée. Il pense que c'est pourtant la seule façon de mettre à bas cette organisation des responsables, et en particulier celui-ci, Monsieur Forest. Il ne lui fait pas confiance. Il l'a vu hier soir sortir dans le jardin, dans un coin sombre et discuter manifestement avec quelqu'un, sans savoir qui. Mais ce n'était pas un des membres du comité d'inspection, ça, il en est sûr !
Je le calme, tout d'abord, ayant trouvé ma réponse, en lui disant que la séance a été rude pour le poète et qu'il fallait que quelqu'un se charge de lui. Charles-Maurice était le mieux placé, il connait le poète et est manifestement suffisamment intelligent pour savoir gérer les problèmes qu'il pourrait avoir, le soigner, lui apporter la nourriture. Bref, Charles-Maurice est une nounou parfaite pour notre cher ami.
Jean rigole à ma dernière remarque, bien que son visage reste tendu. J'enchaîne sur l'autre partie. Pour les transformations des comguides, on peut encore en discuter. Nous avons le temps pour cela. Pour le moment, il faut gérer cette inspection. Je lui demande s'il a pu voir qui était avec ce Monsieur Forest. Il répond par la négative. Il faisait trop sombre, l'endroit était particulièrement bien choisi. C'est à peine s'il a pu reconnaître notre Monsieur Forest.
Mais comment est-il sûr que ce n'était pas l'un des membres de la délégation, un des gardes par exemple. Il me dit que tous les autres étaient surveillés de près, comme il avait été convenu. Et qu'aucun n'a échappé à sa surveillance, y compris durant cette entrevue. Je lui demande comment se fait-il que lui est pu sortir et aller discuter avec quelqu'un, s'il y avait bien quelqu'un, sans que la surveillance ne le découvre et fasse le nécessaire pour le savoir ?
Il est offusqué. Bien sûr qu'il était surveillé ! Mais il ne sait pas comment, mais les gardes qui en avaient la charge, et ils étaient deux, ne l'ont pas vu sortir de son quartier. C'est par hasard, alors que Jean se dirigeait vers le mess des officiers, qu'il a vu une ombre et, se cachant lui-même, il a pu observer et reconnaître l'homme. Il y avait bien quelqu'un ! C'est certain ! Il a même vu une main à un moment donné, sortir de l'ombre, croisant celle de Monsieur Forest, mais rien de plus. Il n'était pas en position d'intervenir. Cela n'aurait fait qu'éveiller les soupçons et peut-être déclencher une attaque de Monsieur Forest, puisque j'ai convenu dans mon rapport du matin que probablement il en était capable.
Je lui réplique que ça, il ne le savait pas hier soir. Mais je lui reconnais qu'il a agit avec prudence et qu'il a bien fait. Dommage que nous ne sachions pas qui est cette deuxième personne... Il me demande, lorsque je serais à nouveau à ses côtés, l'architecte prenant le devant de la scène, que j'en profite pour essayer de forcer ses défenses pour lire dans ses pensées. Je lui dis que je vais essayer mais je doute pouvoir y arriver. Je ne suis pas Léto !
A ce nom, je ne peux m'empêcher de repenser à l'idée dangereuse du poète. Construire un faux Léto, un mythe construit de toutes pièces, et que je sois l'instigatrice principale de ce jeu de dupes ! J'enrage ! Et pourtant, je sais qu'il a raison sur les risques de scission dans la communauté. Mais mentir n'est pas une solution, jamais !
Jean me voit énervé. Il me dit que ce n'est peut-être pas important, que je reste calme. Je sais qu'il confond ma réaction, pensant que je suis toujours sur sa découverte d'un possible traitre parmi nous. Car en effet, si ce n'est pas un des leurs, c'est un des nôtres. Et donc qu'il est en cheville avec ce Monsieur Forest. Toute la difficulté, avec les près de quatre cents personnes que nous sommes maintenant, c'est de trouver qui...
On peut éliminer déjà ceux qui étaient avec les autres membres de la délégation, et le collège. Mais pour le reste ?
Je rejoins, après avoir assuré Jean que je garderais mon rôle et mon calme, l'architecte. Il m'attend depuis un moment, vu sa tasse de café déjà vide depuis un moment. Il s'étonne de mon retard. Je lui indique rapidement que j'ai discuté avec Jean en arrivant, ce qui m'a pris un peu de temps. Je lui fais un topo rapide sur ce qu'a vu Jean. Il s'étonne qu'il ne lui en ait pas parlé aussi. Je lui dit que Jean ne se sent pas à l'aise avec la décision du collège hier matin, et que c'est sans doute pour cela, parce que je ne suis dans le collège un peu que pour servir de courroie de transmission, qu'il s'est ouvert à moi. L'architecte réfute ce que je viens de dire. Je ne suis pas qu'une simple courroie, je suis la continuité de Léto, de son esprit, de sa volonté. Et qu'à ce titre, je compte bien plus que tous les autres membres du collège. Je lui réponds que je n'ai pas cette impression, vu le nombre de fois où l'on me rappelle que je n'ai pas les pouvoirs de Léto, sous une forme presque de reproche. Mais je n'y peux rien, et même plus, je ne le souhaite pas. Ce serait une responsabilité trop grande pour moi.
Mais pour le moment, il s'agit de s'occuper de ce Monsieur Forest. L'architecte convient qu'il fera son possible pour monopoliser son attention. Je lui réponds que cela ne devrait pas être très difficile car il m'ignorait totalement, mais avait toute son attention sur lui. Mais il faudrait aller plus loin, pour que j'ai une chance de passer ses pare-feux. L'architecte comprend. Il va réfléchir et mettre au point une stratégie pour que j'ai une brèche. Elle sera sans doute courte, mais il fera son possible.
Maintenant que nous sommes prêts, nous nous dirigeons vers le quartier où se trouvent nos "invités". Le militaire, comme tout bon militaire, est déjà au mess en train de déjeuner avec le capitaine. Le technocrate n'est toujours pas sorti de sa chambre. Quant à Monsieur Forest, il est devant sa porte, fermée derrière lui, les bras croisés dans le dos. Il attend. Il nous attend... Moi aussi, je l'attends. Et j'espère bien le rencontrer !

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