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L'isolement ultra connecté : la libération - Tome 3 - Chapitre 38

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 38

Mais Léto arrive à les semer. C'est vrai qu'il est capable de voir lui aussi où les gens se trouvent grâce à son don. Il anticipe leurs mouvements et finit par se retrouver à nouveau dans une zone un peu plus sûre. Les tirs de canons s'arrêtent, non parce qu'ils ne savent pas où il est, mais parce qu'il est dans une zone difficile à atteindre par un bombardement, sauf un bombardement de masse. Mais ils n'oseraient pas ! Léto ? Ils n'oseraient pas ?
Léto ne me répond pas. Il est trop occupé à rendre inopérant les uns après les autres ces hommes qui le poursuivent maintenant à pied dans les rues. Et les ordres continuent d'arriver au capitaine que j'ai choisi pour récepteur en provenance du Conseil, donnant les positions successives de Léto. Mais à chaque fois, comme je le préviens, il continue à jouer au chat et à la souris, sauf que les chats sont très nombreux et bien armés. Ceci dit, la souris l'est aussi et elle continue de décimer un par un ses matous grisâtres. Même les premiers renforts ne suffisent pas. D'autres hommes sont encore annoncés. Encore ! D'une centaine, maintenant ils sont presque mille !
Tout d'un coup, un message parvient au capitaine : "Utilisation des moyens de communication d'urgence, nous sommes sous écoute !"
Puis plus rien ! Plus aucun son, aucune image ! Certes je vois les images superficielles des pensées du capitaine, mais je ne saisis plus aucun des ordres qui sont transmis. Et pourtant, ils sont bien transmis puisque les hommes continuent de suivre Léto à la trace. Que se passe-t-il ? "Nous sommes sous écoute !" Qu'est-ce que cela veut dire ? Auraient-ils deviné que j'espionnais leur communication ?
Léto me dit que non, de ce qu'il en comprend, lui, en plongeant plus profond que moi dans le cortex du capitaine, c'est que nous avons été trahis.
"Quelqu'un a indiqué ton rôle dans mon action ! Qui est au courant de ce que tu fais ?"
Je ne sais pas. Je l'ai dit tout à l'heure à Jean... Mais Jean ne peut pas...
"Qui avaient-ils d'autres, assez proches, pour avoir entendu ce que tu lui as dit ?"
Je voudrais réfléchir, mais si je fais cela, je ne vais pas pouvoir maintenir mon attention autour de toi, et t'aider ! Je ne peux pas te laisser seul !
"Si tu n'agis pas là où tu es, en trouvant qui les a informé, cela ne s'arrêtera pas là ! Il pourrait communiquer d'autres informations, soit me concernant, soit vous concernant... Et les conséquences pourraient bien être pire que ce que tu ne croies ! Alors vas-y !"
Je sors momentanément de l'esprit de Léto, de ses sens, pour pouvoir reconstruire les miens et me rappeler le moment où j'ai parlé à Jean de ce que je faisais. Qui d'autres y avaient-ils ? Cela s'est passé si vite... J'étais si concentrée sur mon aide à Léto ! Je n'y arrive pas... Je n'arrive pas à me calmer et à me souvenir de la situation. Je regarde autour de moi, comme pour demander de l'aide. Mais à qui ? Je vois mes enfants, et à leur côté, le poète ! Oui, lui, il pourrait ! Et je suis sûr qu'il était loin, car il était avec mes enfants, ça j'en suis sûre ! Je lui fais signe mentalement. Je lui explique rapidement la situation. Il accourt vers moi. Il me prend dans ses bras, m'allongeant sur ses genoux repliés, et de ses mains, il applique une pression douce sur ma tête et ma nuque. Je sens un calme intérieur m'envahir. Il me parle d'une voix grave et douce.
"Juliette, tu vas revenir à ce moment, doucement, lentement... Le temps va se distendre dans ta perception. Tes sens vont retrouver toute leur mémoire. Écoute les ! Inspire normalement, expire profondément. Et maintenant, tu es à ce moment. Ce moment où tu prononces tes mots. Tes sens, ta vue, ton ouïe, sont libérés. Laisse les te montrer l'espace de cet instant..."
Je plonge dans ce moment, chaque syllabe que je prononce au ralenti, comme si le bouton pause avait été enfoncé de manière incomplète. Mes yeux voient des silhouettes autour de moi, à quelques pas. Pour la plupart, trop loin pour entendre mes mots qui n'étaient pas prononcés forts. Mes oreilles discernent différents bruits : des pas, des respirations... Une notamment... Une, qui bien que aussi loin que les autres, respire lentement, comme quelqu'un en état de concentration intense... Quelqu'un qui écoute... Je dirige ma conscience sur mon champ visuel dans cette direction. C'est sur l'extrême droite de ma préemption imagée. Mais je reconnais cette respiration, ainsi que la silhouette et la couleur des habits... Charles-Maurice !
Je me réveille d'un bon, sortant des genoux du poète ! Je regarde autour de moi. Il n'est pas dans la pièce. Il en était sorti tout à l'heure et il a dû revenir peu de temps avant que Jean me parle. Mais comment et surtout pourquoi a-t-il fait cela ? Je m'adresse mentalement à un des gris-unis. Aussitôt la chasse à l'homme démarre. Il me le faut vivant !
Je retourne vers Léto, en l'informant de ma découverte, même si je ne sais toujours pas pourquoi ni comment. Il me dit que le pourquoi, pour le moment, n'est pas utile, mais que le comment si ! Je donne donc les consignes au poète pour qu'il l'interroge là-dessus. Puis je reprends ma place, au côté de Léto. La situation n'est guère mieux qu'avant. Il arrive toujours à leur échapper, tout en ne s'éloignant pas trop du Conseil. Mais le nombre va le surpasser. Je ne vois pas comment l'aider. En fait, je ne sers à rien, car ses sens ne servent à rien, vu qu'il va au-delà de ses sens pour intervenir, à plusieurs dizaines de mètres. Alors je me remets en relation avec le capitaine que j'espionnais. Et j'essaye à nouveau de rentrer dans leur communication. Il doit bien y avoir un moyen d'intercepter les messages. Cela passe forcément par un mécanisme sensoriel quelconque. Il me reste à trouver lequel...

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