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Correspondances : Lettre 1

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Lettre 1

O ma conscience, voudras-tu bien me permettre de parler à travers toi à ce qui ne m'est pas révélé ? O mon être fini, pourras-tu aller au-delà de tes limites et pouvoir atteindre cet infini, cet océan sans limite, dont je ne vois que l'écume ? O pauvre chair putride, dont la décomposition a commencé dès sa naissance, pourras-tu dépasser le temps et l'espace qui me sépare de cet idéal ? O pauvre ego, toi qui ne voudrais que te connaître toi-même, mais qui ne peut exister sans connaître ce qui t'entoure, sauras-tu affronter sans violence ces vérités, ces absolus, si tu veux être accompli ?
Mais à qui m'adresser ? A dieu ? Non, s'il existe, peut-être puis-je être entendu mais sa réponse me restera intelligible. A un autre être vivant ? Non plus, sa finitude ne saurait combler le pont qui me sépare de cette immensité, d'un côté mon vide, de l'autre tout. A une pierre ? Que je sache, elle n'a point d'oreille et ne saurait me lire.
Alors pour qui cette lettre ? Pas pour moi, puisque je n'ai pas mes propres réponses à mes interrogations. Et ce serait un échec total si cet écrit était pour moi, car je serais alors l'ermite dans sa grotte, condamné à errer dans les méandres d'un esprit affolé et fou.
Cette lettre, elle est pour celle, celui, ça, une conscience quelconque capable de m'entendre et de me répondre. J'écris, et c'est futile, sur du papier. Mais j'espère que mon esprit portant les mots plus vite que le bout de mes doigts, emporte au loin, ou tout près, mes questions toujours sans réponse. Action vaine, sans doute... Mais si même cela est en vain, je le fais, l'espoir est la dernière chose qui retient encore une forme de compréhension et d'aptitude à maintenir cette respiration, cette vie.
Je ne sais pas comment m'adresser à vous, à toi, à nous ? Je ne sais rien, c'est tout ce que je sais. Je ne cherche pas le savoir, je cherche à savoir. Ce n'est pas un désespoir, c'est un autre état, une impermanence de l'être, se manifestant par instants répétés, dans des secondes multiples, dans un repère qui n'est pas le mien, cette horloge qui indique une heure, mais qui n'est pas mon temps. Mon temps n'existe plus. Il s'efface devant la viduité de cette existence. Comment remplir ce qui est vide ? Comment vider ce qui est plein ?
Je voudrais me remplir d'une vie que je vois s'enfuir. Je voudrais vider ces émotions sans avenir. Je voudrais, mais je ne peux vouloir. Vouloir, c'est désiré, c'est encore des émotions, déçues, inévitablement.
Peut-être que j'aurais une réponse ? Une absence de réponse serait aussi une réponse, mais combien plus difficile à écouter.
Dans l'attente de votre bon vouloir, le mien s'effaçant dans l'expectative...

Lettre 1 retour

O ta conscience, O ton être limité, O ta chair putréfiée, O ton ego assailli,
Je voudrais te répondre, mais m'entendras-tu ? Je voudrais te dire mille et une seule chose. Je voudrais te rassurer et te perdre. Je voudrais que les mots aient un sens, alors qu'ils sont multiformes. Je voudrais que que tu me vouvoies autant que tu me tutoies. Je voudrais que tu saches que tu ne sais rien, que parce que tu ne sais rien, tu es sur le chemin du savoir.
Comment t'adresseras-tu à moi ? Tu le fais déjà, mais ton esprit se limite à la réalité que tu t'es construite par tes sens. Je suis au-delà de tes sens. Alors appelle-moi comme tu le souhaiteras, mais pas un dieu, pas un être vivant, pas une pierre, pas même une âme mortelle.
Je vais remplir ton plein et vider ton désert. Mais sauras-tu écouter, entendre et comprendre ?
Si tu perçois ma lettre, mon cher être, reviens vers moi, et continue de m'écrire, papier ou pensée, peu m'importe. Je perçois tout. Mais toi, me percevras-tu ?

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