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Correspondances : Lettre 3

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Lettre 3

Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. J'écris ma lettre, et lorsque je ferme les yeux, sans dormir, ce n'est pas un rêve, je perçois une réponse. Mais celle-ci est diffuse et j'ai beaucoup de mal à suivre le sens de ce qui m'est répondu, ou du moins ce que je prends pour une réponse.
C'est comme une mélodie que l'on a entendu et que l'on se rappelle dans sa tête, un souvenir d'un lieu, d'un baiser. Si ce n'est qu'ici, ce ne sont pas des souvenirs. Mon cerveau lui-même ne les accepte pas comme tels. Je ne sais quoi en penser. D'ailleurs j'ai du mal à penser... Je suis troublé par ces idées, car ce sont des thèmes, des idées qui me parviennent, sous différentes formes, et non des mots, des phrases claires et précises. Je suis perturbé mais en même temps, je ne me sens pas effrayé. Juste perdu devant l'inconnu, comme tout être humain le serait...
Je fais un effort de mémoire et de rassembler ces impressions dans des concepts que j'arrive à exprimer, ce qui est loin d'être facile. Mais je suis sûr d'une chose ! Ce n'est pas mon propre intellect qui me joue des tours. Je suis bien en communication avec... Avec je ne sais quoi...
Déjà, cela commence par un trouble, où mes questions valent mes réponses. Mais je n'ai pas de réponse ! Est-ce à dire que je n'ai pas de questions ? Pourtant... Je ressens un continuum dans lequel je tourne. Suis-je en train de tourner en rond ? Ou suis-je en train d'effectuer, comme on dit, le tour de la question, quand j'en ai une ? Je ne sais pas... Mais je sens comme une force qui me pousse à continuer. Soit ! Continuons !
Je me concentre mais je perds le fil des sensations. Alors je me laisse aller, les yeux mi-clos, sans bouger, sans penser, pour ressentir à nouveau... et tenter de comprendre. Je dois respirer, lentement et profondément, me focaliser sur uniquement cela, pour me permettre de lâcher prise...
Un sentiment de liberté, mais en même temps, comme une limite au terrain dans lequel cet émoi peut se mouvoir, sans dépasser les lignes ainsi tracées... Suis-je donc condamné à mes limites, celles que je perçois ? Suis-je donc désigné pour être un être solitaire et abandonné ? Suis-je donc cet humain dont personne ne veut ni veut comprendre ? Suis-je donc destiné à être muet, mais non sourd à mes souffrances, non aveugle de mes écorchures le long de mon corps, scarifications de douleurs passées ? Si être libre, c'est être réduit dans un périmètre contraint, ce n'est alors qu'une illusion, une de plus ! Je ne veux pas de cette illusion ! Autant me mettre les fers aux pieds, et sans oublier mes mains pour que plus jamais je n'écrive ! N'oubliez pas de ma bâillonner, ni de me couvrir les yeux, pour ne plus geindre ni voir ma déchéance ! Est-ce donc là la seule chose qu'il me soit offerte de vivre ? Si on peut appeler cela vivre !
Au moins, même ainsi ligoté et verrouillé dans un cachot profond et sombre, je resterais maître de mes pensées ! Là, rien ne pourra m'empêcher d'aller au bout de mes illusions ! Une illusion, non ! Des idéaux, oui ! Ils sont tout aussi futiles, mais eux, aux contraires des illusions, sont synonymes de progrès. Quand bien même je serais le seul à le voir, la majorité se confondant dans le sombre écho de leur ego, je veux m'en détacher et retrouver, peut-être pas ma liberté de vivre, mais ma liberté d'exister, d'éprouver, de penser !
Je ne suis pas comme les autres, et pourtant vous semblez dire que nous sommes tous les mêmes ! Mais comment est-ce possible ? Je vois tant d'horreur, de façons abjectes de se comporter, que jamais moi je ne pourrais ne serait-ce que commencer le début d'une, que je ne peux m'identifier aux autres ! Oui, bien sûr, il y a des gens différents, tout comme moi, différents de moi aussi, mais dont les orientations sont si humaines que je leur reconnais une puissance, une divinité intrinsèque, qu'eux-mêmes semblent ignorer. Et pourtant elle est là ! Mais moi, l'ai-je ? Je ne pense pas. Je me sens si pourri de l'intérieur, un amas d'humus ne produisant rien d'autre que des moisissures.
Je vous écris, mais est-ce bien sage ? Mes mots ont-ils un sens, ou sont-ils aussi abscons que ceux que je perçois de vous, vous dont je ne peux encore donner un nom... ?

Lettre 3 bis

O vue sans voir, O musique sans son, O caresses des lèvres, O raison sans repère,
Tes questions sont emplies de tes propres réponses mais tu ne les voies pas. Tes réponses t'emportent vers d'autres questions, mais tu ne les anticipes pas. Tu n'es pas immobile, un cercle peut se mouvoir et s'étendre à l'infini à la fois. Le cercle est la composition parfaite car elle n'a ni début ni fin. Ce qu'il faut éviter, c'est la spirale, qui confine à se dissoudre et disparaître dans les confins de ton univers.
Libre, tu l'es mais tu ne le sais pas. Prisonnier, tu l'es mais de toi même. Si tu veux défaire tes chaînes, commence par arrêter de t'en mettre. Aucune prison ne t'attend, aucune grotte ou espace perdu n'a une place pour toi. Tu es si grand et si petit à la fois. Pourquoi voudrais-tu que l'on te brime ? Tu es. Il n'y a rien à ajouter à cette évidence.
Tu te sens différent mais tu reconnais chez les autres cette ressemblance qui fait ta particularité. Tu es contradictions et en même temps singularité. Il n'y a aucun pouvoir, aucune force, aucun désir, aucun but pour toi. Tu es. Le vide qui s'est emparé de toi te remplit d'une couleur humide que tu entretiens bien malgré toi. Laisse l'absence s'en aller et deviens un. Laisse l'univers s'approcher de toi et deviens tout. Tu es une force créatrice mais tu l'ignores et, pour cela, tu te détruits. Reposes toi un instant, et tu produiras l'originel.
La sagesse n'est pas ici. Tes mots n'ont pas qu'un seul sens, tout comme la rivière. L'eau descend mais les saumons la remontent. Quel est le bon sens ? Y en a-t-il seulement un ? Lorsque tu la regardes, elle ne bouge pas, elle reste lisse devant tes yeux. Mais tu crées les rochers sur lesquels elle vient s'affronter en gerbes blanches et multicolores, sous un Soleil radieux. Mais tu crées la pluie, l'orage qui vient perturber sa surface lisse de tes propres émois. Laisse la couler, laisse la être sans un sens, sans logique, sans raisonnement, et tu pourras voir le reflet de la Lune.
Oui, mon cher être, reviens vers moi, et continue toujours. Je suis là.

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