Magazine Journal intime

Correspondances : Lettre 4

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Lettre 4

Maintenant, je commence à mieux entendre cette absence de son, mais cette voix muette qui me répond. Maintenant, je vois les images invisibles et je ressens les émotions indicibles. Maintenant, même si je ne sais pas vers qui ou quoi mes lettres vont, je ressens les réponses, parfois sous forme de questions, en retour.
Ne pas se perdre dans les méandres de la pensée, mais faire le tour de soi, de ses questions, sans hésiter à décrire des retours depuis le point de départ pour repartir, comme neuf, vers de nouveaux horizons. Étendre ce cercle de ma conscience, pour englober et voyager au-delà de mes perceptions limitées. Oui, je crois comprendre... Mais c'est loin d'être chose facile...
Libre, mais sans être libre... Voilà une bien étrange conception ! Je serais mon propre bourreau ? Je serais mon propre geôlier ? Peut-être... Mais comment distinguer ce qui vient de mon propre chef, de ce qui m'est imposé par la société humaine dans laquelle je suis bien obligé de vivre ? Comment faire la différence entre ma liberté auto-limitative d'avec les contraintes féodales extérieures ?
Libre, mais quel est le sens que vous y donnez ? Bien sûr, on ne peut être libre de faire tout et n'importe quoi. On nous apprend que sa liberté s'arrête là où commencent celles des autres ? Mais et si leurs libertés n'en étaient pas, et n'étaient que des ego dévastateurs qui viendraient briser les plaines vierges de nos espaces individuels ? Ne serait-il pas plus simple de se retirer de ce monde inhabitable, à l'écart des individus mortifères, afin d'être pleinement, seul, mais sans limite ?
Je ne me sens pas vide, mais au contraire bien trop plein. Tant de choses à évacuer, ou à conserver... Je ne sais pas. Comment faire le tri de ce qui est bon, non au sens sociétal, mais tout simplement humain, voire même trans-humain ? Ce trop, qui finalement est peut-être un vide de tout, je voudrais le forger pour exister, non pour moi, qui n'ait aucune valeur, mais pour tous les autres. Mais n'est-ce pas présomptueux ? N'est-ce pas contradictoire à votre injonction de n'avoir aucun désir, aucun objectif, ni aucune influence ?
La sagesse n'est donc, si je comprends bien, que l'absence d'attachement ? Laisser faire ? Laisser aller ? Mais comment peut-on laisser faire ? Comment peut-on rester insensible aux affreuses effluves émanant de cette humanité perdue et qui, chaque jour un peu plus, s'enfonce dans son dernier périple, son dernier voyage ? Ce voyage n'a qu'une fin, celui de finir. Or, toute vie ne devrait aspirer qu'à continuer, à se répéter, mais sans pour autant continuer à répéter ses erreurs...
Vous semblez m'inviter à continuer à vous écrire, ma chère voix aphone... Je le ferais donc, sans savoir qui vous êtes. Mais est-ce que cela a une importance, in fine ? Je suis maître de mes pensées, et si je ne suis pas d'accord, je garderais mes positions.
Votre retour est un caresse à mon esprit, et en même temps un ouragan de contradictions. Je suis donc dans l'attente, sur ma barque au milieu de l'océan, d'être soit sur une mer d'huile, soit dans une tempête sans limite, manquant de me faire chavirer à chaque instant. Mais je me tiendrais au bastingages ! Rien ne me fera sombrer !

Lettre 4 bis

O celui qui écoute, O celui qui voit, O celui qui ressent,
La liberté est un mot qui englobe tant de valeurs, qu'il ne se suffit pas à lui-même. La liberté envers autrui est une liberté sociétale, conditionnée par les règles de vie imposées par l'extérieur. Est-ce là une vraie liberté ? Et si cette liberté là vous autorisait de commettre des actes répréhensibles, moralement, comme vous le citez, serait-ce encore la liberté ou de l'abus de pouvoir ?
La liberté envers soi-même, c'est s'autoriser à être, à penser. C'est voir au-delà de ses propres limites, y compris sociétales, mais dans le respect non de règles extérieures, mais de règles qui vous sont propres, et justes. Se retirer n'est pas une solution. Vous ne pourriez alors exprimer pleinement votre liberté. Elle se contenterait d'être un plat délicieux que personne ne pourrait manger puisque vous ne pourriez le partager. La liberté pour soi se partage avec les autres et devient, par là-même, une liberté pour tous, au-delà des lois, au-delà des codes, pour toutes et tous.
Le bon, le bien, il est difficile de s'extraire des notions temporelles, conduisant à votre environnement, composé de votre société, de vos croyances, de votre éducation. Mais en cherchant les fondations de l'humanité, vous trouverez le plus beau des paysages. Il transfigure tout. Il traverse toute l'éternité. Il n'a pas de début ni de fin. Il n'a pas d'époque. La question n'est pas le refus de ses envies, de ses buts, de ses contraintes, mais de les confronter à la réalité permanente, car eux ne sont qu'impermance. Vouloir, c'est déjà se tromper. Être simplement suffit à éclairer votre univers. Votre ego n'a pas sa place, arrêtez de convoiter. Au contraire, donnez sans vous limiter. Donnez sans recherche d'un profit quelconque. Et vous pourrez alors bâtir les fondations de votre humanité.
Le défit de l'humanité est de se dépasser, de respecter ce qui l'entoure. La vie ne demande qu'à continuer de vivre. Elle ne demande aussi qu'à évoluer, et pour cela, elle doit apprendre. Comment apprendre si vous ne posez pas de questions, si vous n'essayez pas vos réponses ? Échouer n'est qu'un échec si l'on n'apprend pas. Tomber est bénéfique si vous vous relevez et scrutez mieux où vont vos pas, pour ne pas rechuter de la même manière. Mais, ça vous le savait déjà. Il ne vous manque que de l'appliquer.
Votre libre-arbitre est votre fort, vos remparts, votre citadelle imprenable. Mais au-delà de vos défenses, de vos choix, le vent continuera de s'insinuer, tout comme la pluie, dans vos murs, par vos fenêtres, par dessous vos planchers. Et ainsi vous serez confronté sans cesse à vous remettre en question.
Oui, continuez d'écrire. Prenez votre plume et racontez votre histoire, votre être. N'ayez pas peur des orages, des coups de rames qu'il vous faudra donner, votre voyage ne peut qu'aboutir à la découverte. Tant que vous garderez la tête droite, les idées se mouvant et s'associant, vous serez mobile. Et la vie, c'est bouger, même de manière insensible. Un arbre, une fleur aussi bougent, à leur façon.
Oui, mon cher marin, navigue avec moi, et pagaye encore. Je t'accompagne.

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