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Derrière le Hashtag Balance ton porc, doit-on y voir un nouveau féminisme ou un vrai malaise dans les relations humaines ?

Publié le 16 janvier 2018 par Marjorierafecas
Lorsque Twitter s’est mis en guerre contre les abus sexuels avec le Hashtag BalanceTonPorc et metoo, j’ai observé ce phénomène d’un œil interrogateur et méfiant. Car l’impulsivité des réseaux sociaux m’effraie. Les informations non vérifiées par des experts sont un fléau inquiétant. Et surtout, j’attache une importance fondamentale au respect de la présomption d’innocence. Une vie peut être certes détruite par une agression sexuelle, mais aussi pas une affreuse calomnie. Par ailleurs, quelle est la définition d’un porc ? D’après le Larousse, il s’agit au sens familier d’un homme glouton, sale et grossier… Une définition bien large et subjective pour des faits graves et sérieux que sont le viol et le harcèlement sexuel. Quant au mammifère qu’est le porc, ce pauvre animal n’a rien demandé lui… Alors, que faut-il penser de ce phénomène ? Renforce-t-il la confiance des femmes pour libérer la parole ? Tout en aggravant les relations hommes/femmes, avec une image fort dégradante de la gente masculine ? Faut-il y voir un nouveau féminisme importé des Etats-Unis ou le symptôme plus grave d’une dégradation des relations hommes/femmes ? Derrière le Hashtag Balance ton porc, doit-on y voir un nouveau féminisme ou un vrai malaise dans les relations humaines ?
Bien avant le Hashtag « Balance ton porc », Nafissatou Diallo en avait déjà balancé un : DSK en 2011. Ce phénomène politico-porcin que Marcela Iacub a d’ailleurs très bien décrit dans son livre Belle et bête. La dénonciation de ce type de comportement déviant, qui consiste à abuser de son pouvoir pour des faveurs sexuelles, n’est vraiment pas une nouveauté. Ce qui est nouveau est la banalisation de cette dénonciation sur la place publique sans aucun filtre. Twitter ne peut pas être le tribunal des agressions sexuelles. Et méfions-nous des élans insufflés par le ressentiment. Car le terme porc ne peut favoriser que des affects haineux.

Reconnaissons néanmoins que sur des sujets tabous comme le viol, les victimes se sentent rarement à l’aise pour se confier et déposer une plainte. La vertu de cette hargne de Balance ton porc est au moins de casser ce tabou. Un dépôt de plainte n’est pas facile à vivre, surtout s’il s’agit de dénoncer un proche. Peut-être faudrait-il inventer des nouvelles procédures judiciaires pour libérer la parole et faire en sorte que les victimes ne se sentent pas encore victimes une deuxième fois, d’être jugée par un policier ou d’avoir été prise de haut par la Justice. D’ailleurs, les femmes ne sont pas les seules concernées par les violences sexuelles, les hommes peuvent en être victimes et surtout les enfants. D’ailleurs, comment réagiraient les femmes si les hommes créent le hashtag « balancetaporcine » …

Si le viol et les agressions physiques sont inéluctablement des actes punissables par la loi, que penser alors du harcèlement de rue ? Personnellement, même s’il ne faut pas mépriser le pouvoir des mots, une parole ne porte pas atteinte à l’intégrité du corps. Le risque de vouloir sanctionner tout comportement grossier dans la rue est de codifier à l’extrême les comportements des hommes et des femmes, et de sombrer dans une rigidité des comportements. Par ailleurs, ce qui a été reproché au phénomène Metoo est de trop victimiser les femmes. Et surtout de réduire la femme à un seul type de femme. Non, toutes les femmes ne se sentent pas fragiles face à quelques paroles grossières, elles savent même y répondre avec pertinence et élégance. La liberté consiste à choisir sa féminité, comme les hommes ne sont pas obligés d’être tous des porcs. Les caricatures nous empêchent de réfléchir et de prendre du recul. Dans la tribune qui a pris le contrepied du bouclier anti-porc, tribune au demeurant contestable sur de nombreux points, il faut y voir une réaction à cet excès de codification des comportements. A qui revient-il de qualifier qu’un comportement est acceptable, pas acceptable ? Qui en fixe les limites ? Nous avons déjà le droit. Est-il bien fait ? On peut certes l’améliorer… Dans tous les cas, il est établi dans une société démocratique (ce qui est déjà une bonne chose et malheureusement de nombreuses femmes n’ont pas encore cette chance). Entre un homme qui dit élégamment « vous êtes une jolie femme » et celui qui siffle et vocifère dans la rue « quel joli cul », on se doute que le premier a plus de chances de déclencher un dialogue que le deuxième. Mais faut-il pour autant attacher de l’importance au langage grossier du deuxième ? C’est un pauvre type, certes. Cependant, il y a de nombreuses situations de la vie quotidienne où l’on se dit dans sa tête mais quel pauvre type ou aussi quelle « pouf » pour les femmes… Les hommes intelligents ont compris depuis longtemps que les femmes étaient plus sensibles aux jolis mots. Ils ont d’ailleurs inventé des siècles auparavant l’amour courtois. Cette ritualisation du jeu amoureux inspiré de l’esprit chevaleresque, séduire une femme sans l’offenser… Peut-être que cette dénonciation du langage grossier cache encore le désir inconscient des femmes d’être traité comme des princesses. D’ailleurs, même la tribune sur le droit d’être importuner n’enfermerait-elle pas la femme dans une attitude passive ? Attendre que l’on vienne la chercher ? Pourquoi ne pourrait-elle pas elle-même importuner ? Dans le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir dénonce cette passivité féminine : « Les refrains populaires lui insufflent des rêves de patience et d’espoir » ». Il faut alors interroger l’inconscient collectif des femmes. Est-ce que nous sommes toujours des petites filles qui attendons le prince charmant ou en 2018, notre nature nous pousserait-elle enfin à avoir une âme plus belliqueuse et aller chasser l’homme qu’il nous faut ?

Quand on lit les commentaires sur le harcèlement de rue, nous ne sentons finalement pas si éloignés de ce que décrivait déjà à l’époque Simone de Beauvoir : "Sans doute aujourd'hui, la jeune fille sort seule et peut flâner aux Tuileries; mais j'ai déjà dit combien la rue lui est hostile: partout des yeux, des mains qui guettent; qu'elle vagabonde à l'étourdie, les pensées au vent, qu'elle allume une cigarette à la terrasse d'un café, qu'elle aille seule au cinéma, un incident désagréable a vite fait de se produire ».

Ce qui est certain est que l’égalité économique et sociale entre les hommes et les femmes est loin d’être acquise, les femmes dirigeantes sont encore peu nombreuses. La sexualité est aussi un jeu de pouvoirs. Tant que la femme n’aura pas le même statut social que l’homme, la liberté sexuelle ne peut jouer de façon égalitaire entre les deux sexes.

Par conséquent, pour reprendre un terme d’Elisabeth Badinter, vouloir codifier à l’extrême les relations hommes et femmes est une « fausse route » du féminisme. Et non, les femmes ne sont pas une population fragile à protéger par des quotas (en témoigne encore la dernière loi islandaise d’imposer l’égalité des salaires entre hommes et femmes). Nous avons simplement besoin d’avoir les mêmes droits et de conquérir des nouveaux territoires pour avoir le même pouvoir que les hommes. Pour cela, il est aussi important de mettre en avant les femmes qui réussissent, de développer un esprit positif et de ne pas se contenter d’être dans une position victimaire.

Les problèmes de communication entre hommes et femmes persistent. Notons aussi que les applis de rencontres et les réseaux sociaux qui favorisent l’immédiateté ont tendance à chosifier les femmes, mais aussi les hommes. Ce qui dévalorise les rapports humains et les complexifie, en les rendant inauthentiques.

L’amour reste l’histoire de belles rencontres. Mais pour cela, il faut une dose de liberté, de naïveté, de poésie et de hasard. Laissons la grossièreté aux gens sans imagination et l’excès de codification des comportements aux perfectionnistes de la maîtrise.

Etre une femme, c’est aussi savoir lâcher prise.




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