Magazine Journal intime

La Lune et le Sabre - Chapitre 17

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 17

Les jours suivants, quand les enfants viennent, ils aident Omae dans son champ de soja. Ainsi elle peut plus rapidement se libérer et les accompagnant dans les abords du temple élevé, avec sa forêt quasi mystique, elle peut alors leur enseigner, à tous les deux, les arts guerriers.
Miki est une fille, plus jeune que Koji, mais cela ne change rien quand à la dureté avec laquelle "leur nonne" l'entraîne et la traite. Elle fait juste attention à ne pas la blesser physiquement, contrairement à Koji. Cependant, elle n'hésite pas à lui faire mal.
Lors d'un entrainement, elle demande à Koji de maîtriser Miki, avec ses bras, de l'amener au sol et de la maintenir ainsi, sans qu'elle puisse se débattre. Bien sûr, à Miki, l'information donnée est toute autre.
- Koji va t'attaquer. A toi de défendre ta vie !

Miki, sans surprise, se retrouve surprise au sol. Elle n'avait pas anticipé que son frère ne lui assènerait aucun cou, mais juste la plaquerait au sol. Elle est maintenant immobile, son frère à califourchon sur elle, lui tenant les bras écartés, sans qu'elle puisse bouger.
- Et alors ! C'est comme ça que tu défends ta vie ?, grogne Omae.
- Mais je ne peux pas bouger ! Il est plus fort que moi !, gémit Miki.
- Alors tu es morte ! Je ne peux rien t'enseigner !
- Mais... 

Et Miki de sangloter... Koji s'apprête à se relever mais Omae l'interrompt dans son intention.
- Koji ! T'ai-je donné l'ordre de la relâcher ?
- Mais... elle ne peut rien faire... On pourrait refaire le...
- Non !, lâche Omae d'un ton sec, sans appel.

Les deux enfants restent là, mais Koji desserre son emprise doucement.
- Je ne t'ai pas demandé d'être gentil ! Tu dois être imperturbable ! Ta sœur ou pas, cela ne change rien ! Sur le théâtre de guerre, tu n'auras pas le droit d'hésiter ou d'être attendri ! Je t'ordonne de la maintenir fermement, comme si ton honneur en dépendait ! C'est un ordre de ton Daïmio !

Koji reprend la prise ferme de sa sœur, ce qui provoque un redoublement des gémissements et des larmes de Miki. Koki a les larmes qui pointent sur le bord des yeux.
- Au lieu de pleurnicher, vis ! Miki ! Tu n'es pas une femme soumise ! Alors prouve-le ! Défends ta vie ! Défends ton honneur aussi !

Miki essaye bien de se débattre, mais la force de son frère est supérieure. Elle ne peut pas bouger. Et pourtant, elle pousse sur ses jambes, tente de tourner son bassin, mais rien n'y fait. Elle recommence à pleurer. Koji regarde Dame Omae, mais celle-ci garde son regard imperturbable, sans un sourire, bien au contraire. Koji commence à ne plus vouloir obéir. Il regarde sa sœur, Dame Omae, alternativement, en bougeant le moins possible sa tête. Son regard s'obscurcit.
- Vous êtes cruelle ! Vous voyez bien qu'elle ne peut pas se défendre. Je suis plus fort. Autorisez-moi à la libérer !
- Non !
- Mais...
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le mot "non" ?

Koji se renfrogne. Il ne veut plus continuer, mais comment s'opposer à cette femme dont la force est telle qu'elle lui ferait subir une punition dont il se souviendrait s'il désobéissait.
- Miki ! Pour la dernière fois ! Je t'ordonne de vivre ! Sinon, tu ne reviendras plus ici si tu ne me montres pas combien vivre est important ! Un samouraï doit être prêt à mourir, mais pas sans se battre jusqu'à la mort ! Et là, tu ne me montres que gémissements et ondulation d'un bébé couleuvre !

La fillette regarde avec une colère noire la nonne.
- C'est mieux, mais ce n'est pas contre moi que tu devrais être en colère !
- Je devrais l'être contre mon frère, peut-être ? Ce n'est pas sa faute, mais la vôtre !
- Non, c'est la tienne, uniquement la tienne ! Si tu meures ici, ce n'est que ta faute ! Tu as déjà accepté la défaite avant même que de commencer le combat. Mais celui-ci n'est pas terminé. Ton sang bat encore dans tes veines ! Alors vis ! A moins que tu ne soies qu'une petite fillette qui ne sera bonne qu'à porter de belles tenues, à marcher de petits pas, de parler d'une voix douce et inaudible, méprisée des hommes, rabaissée au rang plus bas même que le plus ordure des êtres humains qui peuplent ce pays ? Alors qu'es-tu ? Une samouraï ? Ou un déchet de l'humanité, même pas digne de devenir une femme ?

A ces mots, Miki rentre dans une rage folle. Elle insulte Omae. Les mots fusent avec une force qui surprend même son frère.
- Ce n'est pas moi ton ennemi !, répond Omae.

Les mots rugueux s'écoulent de la bouche de Miki, dans un flot continu. Elle menace même Omae de lui faire payer cet outrage.
- Très bien ! Alors si tu veux à ce point me le faire payer, il va falloir commencer par venir à moi ! Et toi, Koji, je t'ordonne de me protéger ! A tout prix !

Koji ne sait pas quoi faire. Il est pris entre le marteau et l'enclume. Les deux femmes, car sa sœur n'est plus une fillette en cet instant, se dévisagent avec une gravité extrême. Il maintient la pression sur sa sœur, encore plus fort. Celle-ci le regarde, sans surprise.
- Tu oses obéir à cette folle !

Et Miki, dans un mouvement de hanche, accompagné de ses jambes, entame un embrasement de tout son corps.
Omae se rappelle ce jour où elle s'était retrouvée, jeune, sans arme, coincée par trois hommes dans les abords du village où elle habitait. Il était clair qu'il ne voulait pas juste lui parler. Elle avait déjà toutes les formes d'une jeune femme, même si elle était encore bien jeune. Le premier homme l'attrapa par les poignets et la tenait, les mains dans le dos, pendant que les deux autres s'approchaient et observer son kimono entrouvert par le mouvement des bras en arrière, laissant apparaître sa jeune poitrine.

Le deuxième homme approcha sa main pour entrouvrir encore plus les pans du vêtement, mais Tomoe déclencha un coup de pied là où elle savait que ça faisait mal, du plus fort qu'elle le pouvait. L'homme s'écroula quasiment instantanément au sol, plié en deux et hurlant de douleur. Le troisième s'approcha pour la gifler, mais elle frappa cette fois contre le genoux qu'il avait avancer pour se protéger d'un coup dans ses parties intimes. Cette fois, un craquement se fit entendre. L'homme était à terre, se tenant la jambe, totalement tordue.

Sans attendre, elle avait déjà donné un grand coup de talon sur le bout du pied de l'homme. Elle écrasa les doigts du pied droit. L'homme hurla à son tour, mais ne lâchait pas la prise, bien qu'il fit un mouvement de recul, éloignant son buste d'elle. Ceci libérait un espace pour la jeune fille, une occasion d'agir. Elle tourna son épaule gauche, à la limite du déboitement, pour se retrouver de trois quart face à l'homme et lui asséna un coup de genoux dans le bas-ventre. Mais celui-ci avait anticipé. Cependant il libéra les poignets de Tomoe et celle-ci se jeta d'un bond sur lui, les mains sur le visage de son assaillant, le griffant et trouvant les yeux pour enfoncer ses doigts dedans, juste assez pour que l'homme hurla de douleur et s'écroula à son tour. Elle asséna un grand coup de pied dans la tête.

Les trois hommes étaient au sol, sans pouvoir se déplacer ni agir. Elle courut jusqu'à la maison où son père, voyant l'état de son kimono en partie déchirée, compris immédiatement ce qui s'était passé. Elle le rassura sur le fait qu'elle avait pu éviter le pire et indiqua à son père où ceci s'était passé. 

Le lendemain, une exécution publique fut organisée pour punir ces violeurs d'enfants, qui plus est enfant d'une bonne famille, respectée de tous.

Miki a fini par faire voler son frère à plusieurs mètres, en arrivant à glisser un genoux sous son frère et en poussant de toutes ses forces sur le côté. Il roule sur le sol, sans se faire mal. Mais en la regardant, il est surpris de la force qu'elle avait déployée. Elle se lève avec difficulté, après l'effort fourni, et se jette sur Omae. Mais Koji n'a pas oublié l'ordre donné : protéger à tout prix Dame Omae ! Il se précipite donc en interception. Mais Miki entame alors un jeu d'esquives et de balayage sur son frère, tout en s'approchant petit à petit d'Omae, qui ne bouge pas d'un centimètre, sans mot dire.
La lutte empire plus les deux enfants se rapprochent de la nonne. Alors qu'elle n'est plus qu'à deux mètres, que les coups commencent à s'intensifier, des deux côtés, Omae crie : "Yame !" (Stop !)

Son cri est si fort qu'il sidère les deux jeunes gens instantanément. Hébétés, ils regardent cette vieille femme d'où était sorti ce cri rauque, plus fort que n'importe quel cri qu'ils avaient pu entendre jusqu'ici, plus intimidant, plus assourdissant et hypnotisant.
- Cela suffit ! Vous avez prouvé tous les deux ce que vous valiez ! Toi, Koji, ta détermination à obéir, même si l'ordre te déplaisait, tout en faisant attention à ne pas blesser ta sœur, ce qui est noble ! Voilà ce que doit être un samouraï ! Et toi, Miki, tu as enfin prouvé que tu étais une femme ! Une vraie ! Qui ne sera jamais soumise ! Maintenant tu sais que la force d'un homme peut n'être rien si la femme a décidé d'aller jusqu'à la mort pour se défendre. Bien sûr, personne n'est invincible et tu trouveras toujours plus fort que toi. Mais sans détermination, tu seras toujours plus faible que n'importe qui ! Et là, tu as su faire quasiment jeu égal avec ton frère, bien que celui-ci ait retenu ses coups. 

Les enfants reprennent leur souffle avec difficulté. Mais Miki a toujours ce regard noir.
- Tu n'a pas compris, Miki... Ferme les yeux et repense à ce qu'il s'est passé..., dit Omae d'une voix plus douce, quasi cajoleuse.

Miki, sans le vouloir, ferme les yeux, se calmant, et son rythme cardiaque ralentissant, ses traits se détendent. Son frère garde sur elle un œil inquiet. Mais petit à petit, elle, et lui, retrouvent leur calme. Elle redresse ses paupières, son regard à nouveau clair.
- J'ai... J'ai réussi à me libérer... et même à résister aux attaques de mon frère...
- Tu peux être une samouraï ! Maintenant, je le sais ! Et toi aussi ! Cet épisode, tu ne l'oublieras jamais, crois-moi ! Et toi non plus, Koji ! Tu sauras à jamais ce que vaux ta sœur !

Les enfants sont maintenant troublés. En particulier Miki...
- Je... je vous ai insulté... Je...
- Ne t'en fais pas ! J'ai connu bien pire !, rigola Omae.
- Mais...
- Non, pas d'excuse ! Je savais ce que je faisais. Même si c'était désagréable, pour vous deux, il fallait le faire ! Maintenant, nous allons nous asseoir et méditer ensemble, en contemplant cette beauté devant nous..., dit Omae en montrant du doigt ce temple en surplomb de la petite forêt où ils se trouvaient.

Tous les trois s'assoient, côte à côte, Omae au centre et restent ainsi plus de vingt minutes sans bouger à observer le paysage, les mains posées l'une sur l'autre, au bas du ventre, la respiration profonde et l'inspiration légère comme un papillon dans les fleurs qui ne tarderont pas à venir, avec le printemps.

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