Magazine Journal intime

La Lune et le Sabre - Chapitre 28

Par Deuxcentcinquanteetun @DeuxCent51

Chapitre 28

Chaque jour, Omae prend avec elle les cinq candidates et leur enseigne, parfois avec Ejo, les règles monastiques, même si pour le moment, elles ne sont candidates qu'à l'ordination laïque. Elle prend en charge de corriger leur posture en zazen, de leur apprendre à se tenir et respirer comme l'indique maître Dogen dans son livre sur la bonne posture, le "Fukanzazengi".
Elles sont étonnamment décidées, bien plus que ne pouvait l'être Omae lors de sa propre ordination, devenant nonne simultanément, car à l'époque, on ne faisait pas de distinction. Elle n'avait pas eu toutes ses contraintes qu'elles ont à suivre, à son époque. En fait, quand elle était devenu nonne, cela s'était fait rapidement, dans l'urgence.
Elle chevauchait avec la tête de son seigneur et maître avec elle, pour éviter que celle-ci tombe dans les mains des ennemis et que son homme ne soit déshonoré après sa mort. Elle jeta sa tête dans l'océan, en mettant des cailloux lourds dans le sac bien fermé, pour que jamais on ne la retrouve. Puis elle s'était demandé ce qu'elle allait faire. Sa fuite avait été soudaine. Ses compagnons d'armes, les derniers Tennos étaient mort à cet instant. Elle était la seule survivante de la campagne extraordinaire de son tendre et fier daïmio. A cinquante centre contre plus de cinq cents hommes, ils avaient réussi à défaire plus de trois cents hommes adverses, de son propre demi-frère, Minamoto no Yoshinaka.

Elle hésitait à se faire elle-même seppuku, pour rejoindre dans l'honneur son compagnon pour qui elle aurait voulu donner sa vie. Mais elle se rappelait ce moine bouddhiste combattant, Benkei. Il avait aidé son maître à s'enfuir du premier piège en sortant de Kyoto, en se déguisant en simple paysan. Le moine, pour assurer sa couverture, l'avait même battu à coups de bâton devant les hommes ennemis à sa recherche. Son maître avait été digne, même s'il avait dû utilisé un stratagème pour s'enfuir.

Elle se rappelle comment elle avait rejoint ce petit groupe d'hommes à Koromo-gawa, les derniers partisans survivants de Minamoto no Yoshitsune. Ils étaient à peine cinquante. Parmi eux, le moine Benkei était présent. Avant la bataille, il s'était entretenu avec Tomoé Gozen.


- Tomoé, ce soir, nous ne verrons pas la Lune resplendissante. Ce soir, nous quitterons ce monde de douleurs et d'illusions. Ce soir, nous seront confrontés à notre destiné ultime.- Mais comment arrivez-vous à être calme ? Nous allons tous mourir !- Oui, mais n'est-ce pas là la destinée de chacun ? L'important n'est pas la fin, mais comment nous y allons. L'important n'est pas l'arrivée, mais le chemin que nous avons pris. L'important n'est pas cet instant qui sera la fin de notre temps, mais tous nos instants qui seront notre éternité pour toujours.- Est-ce là ce que le Bouddha vous a enseigné ?- Oui, et bien d'autres choses encore... Si jamais vous deviez survivre, vous, une femme, vous n'auriez pas dû connaître cette furie de sangs et de douleurs. Songez, si vous le désirez, à suivre à votre tour la voie du Bouddha...- Mais je ne veux pas mourir !- Moi non plus ! Mais j'y suis prêt ! Et je me tiendrais debout jusqu'à la fin !

Et ce qui arriva... Lors de la dernière bataille, Benkei tua un nombre d'adversaires en très grand nombre. Sa taille impressionnante, presque deux mètres, dégageait une telle force et une telle aura, qu'il effrayait les adversaires avant même de se retrouver confronter à lui. Ce jour-là, alors que la bataille prenait fin, que les Tennos et lui et Tomoé faisaient une dernière résistance pour offrir le temps à leur seigneur de se donner la mort dans l'honneur, ce jour-là, Benkei fut un modèle de bravoure pour elle.


Il se tenait à un moment au milieu d'une dizaine de soldats qu'il abattait les uns après les autres. Lorsqu'il eu fini avec eu, il se trouvait à découvert. Et les archers ennemis ont pris le relais. Transpercé de dizaines de flèches, et alors que d'autres soldats se pressaient vers lui, il combattu jusqu'à la fin, mourant debout. La dernière image qu'elle avait de lui, alors qu'elle suivait son Daïmio pour l'aider dans sa tâche finale et honorable, c'était Benkei figé debout, même après sa mort.
Elle se rappelait ses mots. Le Bouddha, suivre sa voie... Elle enfourcha son cheval et se dirigea vers les bords du lac Biwa, de la région de Kyoto. Elle embarqua, toujours habillée en samouraï, sur une barque, en direction de l'île Chikubu-shima où se trouvait un sanctuaire Bouddhiste.

A l'arrivée, elle fut reçut par le maître en personne. Il la regarda, de haut en bas, observant sa tenue, ses armes, et le sang qui recouvrait son armure, pas le sien. Il hésité lorsqu'elle demanda si elle pouvait suivre la voie du Bouddha. Déjà, une femme nonne, c'était très rare. Mais en plus, une femme qui osait porter la tenue d'un samouraï, et qui avait manifestement tué, tout ceci était contraire à sa vision du bouddhisme. Mais le temple Hogon-Ji était dédié à la déesse Benzaiten, dont les vertues étaient l'éloquence, l'apprentissage, la prouesse militaire et la musique. Pour la prouesse militaire, il ne pouvait pas refuser. De même pour l'apprentissage, car cette femme devrait apprendre, et elle en exprimait le désir.


- Si vous voulez rentrer, il vous faudra abandonner toutes traces de votre passé. Revenez une fois que vous aurez fait cet acte d'abandon.

Tomoé Gozen se retira, alla dans la forêt. Elle avait compris le message. Elle fit un trou dans le sol, près d'un grand arbre. Utilisant un de ses vêtements amples, elle mit sous terre ainsi tous ses biens, son armure, ses armes, ses insignes et referma le trou. Elle revint, habillée de la plus simple des façons devant le temple. Le maître du temple attendait toujours, sachant bien qu'elle ne tarderait pas.


- Vous m'avez dit votre nom, mais celui-ci ne peut perdurer. En devenant nonne, vous devez prendre un autre nom. La déesse Benzaiten aimant la musique, et votre allure combattante rappelant le tigre que vous portiez sur votre armure et à la garde de votre sabre, en utilisant les sonorités de votre nom en Kanji, 巴 御前, mais en prenant les autres sonorités possibles, en réécrivant votre nom ainsi 音  御訓, signifiant le chant avant le tigre, et que l'on prononcera Ha Omae. Vous vous nommez donc, si vous acceptez de suivre la voie du Bouddha, Ha Omae.- Je l'accepte. Je me nomme Ha Omae.- Répétez après moi, trois fois :  JE PRENDS REFUGE DANS LE BOUDHA. JE PRENDS REFUGE DANS LE DHARMA. JE PRENDS REFUGE DANS LA SANGHA.

Tomoé Gozen, devenue Ha Omae, répéta trois fois ces phrases et fut nonne en franchissant la porte du temple.

L'époque était différente. Et maître Dogen est plus restrictif et plus enclin à faire respecter les traditions bouddhistes, celles du Zen. Aussi, ces femmes devaient elles apprendre plus de choses, et passer par plus d'étapes qu'elle pour enfin, un jour peut-être, devenir nonne. La première sera d'être ordiner...

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Deuxcentcinquanteetun 718 partages Voir son profil
Voir son blog