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Faire le vide - ma chrysalide

Publié le 18 juin 2018 par Lesfollesmarquises @FollesMarquises
Faire le vide - ma chrysalide
Ces dernières semaines, j’ai effacé pas loin de 20000 mails de mes boîtes personnelle et professionnelle. Newsletters, notifications, archives, mes boîtes mails étaient devenues de vastes poubelles dans lesquelles je ne parvenais plus à distinguer l’essentiel (il fut une époque où je n’osais même plus ouvrir ma boîte personnelle). Ça vous parle ?
J’étais abonnée aux mails d’autres artistes, à des magazines artistiques, à des créateurs. Bref, saturée de mails débordant d’œuvres magnifiques, de bons conseils, etc. Je recevais des tonnes de newsletters ultra anxiogènes de pseudos gourous du marketing qui envoyaient jusqu’à trois mails par jour, promettant la réussite, l'argent, le bonheur.
Après quelques mois je me désabonnais de l'un pour mieux m'abonner à l’autre. Je n'avais évidemment pas le temps de lire tous ces courriers mais je les gardais au cas où.  
Comme le dit si bien Selma Païva, j'étais un «  junkie de ma discipline » : je me disais toujours que je n’étais pas prête, que je n'avais pas assez de références, que je ne maîtrisais pas assez de techniques, que je ne faisais pas assez, et que quoi que je fasse ça ne serait jamais assez... Le résultat : mon sentiment de culpabilité grandissait de jour en jour.
 
Cette boîte de pandore virtuelle est malheureusement à l’image de ma vie.
  Je déborde. Ma vie déborde. J’étouffe dans mon appartement, dans mes relations aux autres, dans mon travail. Trop de projets, trop d’activités, trop de réseaux sociaux. Du coup rien n'avance (à part ma frustration). Plus le temps passe, pire c’est. Je n’arrive plus à gérer ma vie. Pourtant je n’ai pas d’enfant, je vis seule avec mon chat, j’organise mes journées comme je le souhaite… Mais le moindre imprévu remet en question ce fragile équilibre.
  Un soir d’avril, mon copain est venu à l’improviste de Bruxelles pour me faire une surprise. Passée la joie des retrouvailles, je me suis effondrée en larmes car cela bousculait mon planning millimétré (sans parler de la peur de passer pour une sale égoïste aux yeux de mon mec, et de la culpabilité de ne pas profiter de ce moment privilégié et de presque lui en vouloir alors qu’il avait fait plus de 2h de route pour me voir).
  Mon corps aussi m’a envoyé des signaux. J’ai négligé mon alimentation, fait beaucoup de sport, et je me suis retrouvée sur les rotules en mai avec une anémie carabinée (je savais que j’étais anémique depuis longtemps mais j’évitais soigneusement d’y penser), et maintenant j’ai gagné d’être sous traitement pendant plusieurs mois.
  C’est difficile d’admettre que le problème ne vient pas de l’extérieur, mais la triste réalité c’est que je m’imposais trop de choses. J’ai quitté un emploi salarié pour avoir la liberté mais je me suis enfermée dans une prison bien pire puisque dans ma tête.
  Ma collection Pop en est un parfait exemple : pour cette collection j’ai créé plus de 40 dessins ; chaque dessin est décliné en bague, broche, collier, etc., et chaque bijou est proposé en érable, mais aussi en aulne, en noyer, en acrylique miroir, transparent ou noir (sachant que j’avais encore une liste de 150 autres modèles à dessiner, comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête pendant 2 ans). 
Sur internet vous n’en voyez qu’une partie et pour cause : ce catalogue volumineux aurait été parfait pour une grosse société, mais moi je suis toute seule, et je n’ai jamais pu tout fabriquer, prendre en photo, etc.
Du coup je m’en suis dégoûtée et je n’ai rien dessiné pendant presque deux ans.
  Au point de rupture entre burn out, frustration et désespoir, j’étais mûre pour le changement. Chez moi ça s’est fait en plusieurs étapes, de la plus anodine à la plus radicale. Voilà où j'en suis actuellement.
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DANS LE TRAVAIL
  J’ai mis du temps à comprendre une leçon essentielle. Ce n’est pas parce qu’on PEUT faire quelque chose qu’on DOIT le faire. J’accepte que mes idées ne sont pas toutes bonnes, et que même dans les bonnes idées il faut faire le tri.
  Je supprime tout ce qui ne me procure pas une joie immense.
  Je vais réduire mes collections, les matières proposées, et j’arrête le sur-mesure. C’est le moment de commander (ici), après l’été, c’est fini !
  Je déstocke beaucoup de bijoux, je vous invite à visiter la section vide-atelier de la boutique Etsy.
  Je ne ferai plus de salons de créateurs. J’ai compris que je ne suis pas créatrice et je ne me sens pas à ma place dans ce genre d’évènements (je reviendrai sur ce sujet dans un autre article).
  J’ai compris aussi que le marketing, ce n’est pas pour moi. Je suis une artiste, pas une commerçante. Je n’ai pas besoin d’arguments ou de techniques de vente, il faut juste que je crée plus et mieux. C’est ça, mon travail.
  De la même façon, j’ai diminué mon temps passé - perdu - sur les réseaux sociaux. J’en ai assez de cette course sans fin, et j’ai aussi admis que ma présence sur les réseaux n’a quasiment aucun impact sur mon travail - 4% des visiteurs de ma boutique proviennent des réseaux sociaux, ça laisse songeur quand on voit le temps que j’y consacre. -
Je vais moins penser à la stratégie, moins guetter ces likes qui ne veulent rien dire au final, ne plus essayer de me faire remarquer dans cet océan. Si je vais sur Instagram, c’est en sachant désormais que c’est uniquement pour le plaisir (ou par masochisme…).
  Je me suis désabonnée de presque tout, je ne réponds plus aux questionnaires, évaluations, avis, sollicitations, que ce soit par mail ou par courrier. Je ne réponds plus à tous les mails (je mets cependant un point d'honneur à répondre à mes clients, hein). Chaque minute est précieuse.
  J’en avais assez d’être interrompue cinq fois par jour par les appels de démarcheurs téléphoniques, alors j’ai simplement débranché mon téléphone fixe et je l’ai rangé dans une armoire. J’ai désactivé les notifications sur Messenger, Facebook, Gmail… La tranquillité, ça tient parfois à peu de choses. :D
  Oui, j’ai passé beaucoup de temps à écrire cet article, mais je l’ai fait avant tout pour moi. Ecrire m’aide à y voir plus clair, même si c’est souvent lent et douloureux.
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DANS MA VIE PRIVEE
  Je mène une existence quasi monacale.
  Je limite et regroupe mes déplacements : je ne sors que quand j’y suis obligée, parce que je n’ai pas envie de croiser des gens que je connais et devoir parler et donc perdre du temps. (Je sais, ça a l’air grave, dit comme ça…).
  Je ne lis plus le journal. Comme je n’ai pas la télévision, je suis coupée du monde et c’est un réel soulagement. Avant, cela m’aurait dérangée d’être ignorante de l’actualité, j’y reviendrai peut-être un jour, mais j’en ai eu assez des guerres, des magouilles politiciennes et financières, du lobbyisme, des lois absurdes qui ne servent que les intérêts de quelques-uns, avec une vision à court terme totalement destructrice de la société et de l’environnement, assez de la violence, de la souffrance humaine et animale… J’y ai gagné plusieurs heures par semaine et la sérénité (un peu plus en tous cas).
  J’accepte davantage qui je suis.
  Je ne me force plus à avoir des relations sociales, je fuis les bavardages, quitte à passer pour un ours. J’ai mis en stand by plusieurs amitiés. Quand je serai prête, j’y retournerai. Les vrais amis comprendront. J’essaie de ne pas me sentir coupable. Je pense à mon équilibre avant tout.
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  LES OBJETS
  J’ai eu une prise de conscience il y a quelques années, suite au décès du père de mon ex-compagnon. Cet homme (que je n’ai jamais rencontré) avait passé une grande partie de sa vie à collectionner des bibelots inutiles, au détriment parfois de ses relations avec ses enfants. Après sa mort, ils n’ont pas eu le temps, l’énergie ou la place de tout trier ou conserver, et en une journée les restes de cette vie ont fini dans la benne à ordures. C’est tellement triste quand on y pense, ce temps perdu à amasser des choses. Je me suis alors rendu compte que moi aussi j’entassais, à ma façon.
  Ça va peut-être – sûrement – vous paraître bizarre ou macabre, mais je ne voulais pas qu’après ma mort mes proches aient à gérer en plus du deuil des tas d’objets et de papiers dépourvus de sens à leurs yeux. Et aujourd’hui, je comprends enfin que ne pas accumuler est surtout important dans ma vie à moi, de mon vivant (bah oui, tant qu’à faire…).
  J’ai grandi dans une maison où l’on entasse beaucoup. Mon père garde tous les journaux, et ma mère garde TOUT. Et quand je dis tout, c’est vraiment TOUT - d’ailleurs si vous cherchez des cassettes vidéo (je vous conseille Les griffes du démon) ou un chien en coquillages… -
Au fil des années elle s’est accaparé l’espace : la maison, un, puis deux garages, et enfin un entrepôt de plusieurs centaines de mètres carrés. Elle a fini par ouvrir une boutique mais entasse plus vite qu’elle ne vend - puisque tout le monde lui apporte les objets dont ils ne veulent plus - (je plaide coupable aussi).
  J’ai lu récemment un excellent livre sur le rangement (dont j’ai malheureusement oublié le titre) qui cite de nombreux exemples de personnes ayant des troubles du comportement les poussant à entasser les objets. L’accumulation de possessions traduit souvent un traumatisme d’enfance ou un profond mal-être. C’est aussi un acte violent pour les gens avec qui on vit, puisqu’il s’agit d’une véritable invasion de leur espace vital.
  Je me souviens avoir passé mon adolescence à vider ma chambre de choses qui ne m’appartenaient pas. J’essayais de trouver ma place, j’avais besoin de définir mon territoire, je me sentais envahie. Je traverse aujourd’hui une phase similaire, mais cette fois, c’est moi qui me suis auto-envahie.
Ma concentration est brouillée par tellement de parasites, de distractions, que je n’arrive plus à réfléchir. Et quand mon instinct de survie prend le dessus, c’est souvent radical. C’est pourquoi je trie, je revends, donne ou jette livres, meubles, vêtements, cours…
D’ailleurs j’en profite pour vous donner le lien de ma boutique Vinted. :D
  J’essaie aussi de ne plus rien acheter (j’achète déjà suffisamment de matériel pour mon travail) ou en tous cas plus rien de neuf.
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  Changer ce qu’on fait, ce qu’on est, ce qu’on croit, depuis tant d’années, n’est pas sans douleur.
  Pour le moment, j’ai besoin de faire le vide pour laisser la place à l’essentiel. Cela ne va certes pas résoudre mon problème, mais j’ai au moins pris conscience qu’il existe et j’essaie maintenant de me poser les bonnes questions au lieu de me voiler la face.
  J’ai la chance d’avoir un mec incroyable qui m’aide à traverser tout ça, même si ça n’est pas toujours facile pour lui.
  Je suis une chenille : enfermée dans ma chrysalide, en apparence il ne se passe rien, mais derrière la surface de grandes mutations sont à l’œuvre.
  Globalement, je pense être sur la bonne voie.
Merci de m'avoir lue jusqu'au bout.
Dorothée.

Faire le vide - ma chrysalide
*Et la palme du mot le plus utilisé dans cet article revient au mot « temps », avec onze occurrences… On ne se refait pas.

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