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Léon Bloy ou le pont sur l'abîme de Jacques Vier

Par Juan Asensio @JAsensio

Léon Bloy ou le pont sur l'abîme de Jacques Vier

Photographie (détail) de Juan Asensio.
21832681608_7c488d24ce_o.jpgLéon Bloy dans la Zone.
DfZaKuKWkAUCk2v.jpgS'il reste des éditeurs courageux dans ce pays ou, plus simplement, conscients du fait que la plus grande partie de la production de livres, en France, mériterait non seulement d'être recyclée au plus vite mais n'aurait jamais dû être produite, je leur suggère de rééditer cet excellent petit ouvrage de Jacques Vier paru en 1986 aux éditions Téqui. Il constituera ainsi une excellente introduction aux textes subtils et rugissants de Léon Bloy, bien davantage que le texte journalistique à souhait, donc faisant le malin comme disait Charles Péguy, de François Angelier, récemment paru et dont j'ai rendu compte ici.
Jacques Vier est aujourd'hui bien oublié, alors qu'il a collaboré des années durant aux Cahiers du monde moderne en tant que critique littéraire, alors même qu'il était agrégé de lettres et, comme on le disait encore naguère, docteur ès lettres. POur une fois, je ne vois point de contradiction entre ces deux mondes si différents, car il est évident que Jacques Vier n'a pas peur d'appeler un chat un chat, au rebours de tant de ses si doctes collègues. Nous le voyons ainsi, dans son beau texte sur Léon Bloy, ne point se voiler la face ou bien se boucher le nez d'un geste délicat lorsqu'il s'agit de jeter quelques vérités bien senties, non seulement sur tel ou tel écrivain, comme Anatole France, mais aussi sur Léon Bloy qu'il célèbre à sa juste valeur, qui est colossale, non sans taire tel de ses défauts les plus visibles, comme une certaine faculté de mauvaise foi, que pour notre part nous lui avons toujours pardonné, tant il est monstrueusement, c'est le cas de le dire, drôle et méchant. Ainsi, "le brasier des colères" de Léon Bloy "ne purifie pas toujours tous ses tisons, lesquels retombent éteints et noircis" (p. 38) mais, plus intéressant puisque l'observation suivante touche à une généralité historique et métaphysique profonde : "Dans les différents passages où il montre Satan tapi au centre de l'Irrévocable, prison colossale où le genre humain demeurerait bel et bien incarcéré, si Dieu n'avait pas prévu l'échappatoire de la liberté, ne dirait-on pas qu'il a prévu l'acte de vassale soumission dont le monde moderne s'acquitte dans les mains de son Suzerain ? Depuis la Révolution française, en effet, le genre humain paie par le massacre légal, puis par le génocide organisé, le prix fort de cette irréversibilité, qu'il aime tant proclamer, de ses dogmes, de ses lois, de ses modes et qui n'est que le contraire de la réversibilité, essence même du christianisme" (p. 288, l'auteur souligne) (1).
Notes
(1) Sur la notion d'irrévocabilité comme caractéristique première du démon, voir ma note sur Le Révélateur du Globe.

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