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L MMMM THYESTE Mise en scène Thomas Jolly

Publié le 17 juillet 2018 par Mlascene

Dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, Thomas Jolly monte Thyeste de Sénèque dans la traduction de Florence Dupont. Une tragédie de la dévoration et du désespoir que l'acte théâtral transcende.

La mythologie est pleine de frères qui s'entre-déchirent. Atrée et Thyeste ne dérogent pas à cette loi. Les jumeaux ont convoité le trône d'Argos. Thyeste n'a pas respecté les règles édictées par Zeus. Il a séduit la femme de son frère, a volé le bélier à la toison d'or et, en punition, a été banni. Atrée, devenu roi, ourdit une vengeance qu'il veut à la hauteur de son outrage. " Il a tout perdu ". La suspicion, comme une peste noire, s'est abattue sur sa légitimité de roi et sur sa descendance.

Atrée rappelle son frère d'exil, lui fait croire qu'il lui pardonne et le convie à un festin de réconciliation. Durant ce repas, Thyeste dévore, sans le savoir, ses trois fils. Atrée les a tués, découpés de ses mains et les a fait cuire, tout en respectant le rituel qui sied aux cérémonies religieuses de sacrifice. Le crime, qui réactive celui de son grand-père, Tantale, est double. Il corrompt le système religieux et fait du roi, un monstre. L'attentat laisse l'humanité dans les ténèbres.

Comment représenter la monstruosité ?

Thomas Jolly choisit de laisser la monstruosité aux mots. Ceux de Sénèque traduits par lorsqu'il décrit le dépeçage des enfants . Le jeune metteur en scène choisit de ne pas tomber dans la surenchère sanglante. De ne pas verser dans un réalisme, forcement, en deçà de l'imaginaire du spectateur. L'accent est mis sur la direction d'acteur. A eux de porter la violence du texte et des images qu'il fait naître.

Damien Avice soutiennent le texte. Des micros permettent d'entendre les accents les plus intimes du désespoir, poussent les échos de la colère et amplifient les paroles déchirantes du Chœur. Quand l'humanité toute entière élève sa voix meurtrie vers le soleil qui a déserté le ciel, Ce chant magnifique sur la musique de (Thyeste), Éric Challier (Tantale), Émeline Frémont (Le Choeur), Thomas Jolly ( Atrée) , Annie Mercier (La Furie), Charline Porrone (Le Courtisan), Lamya Regragui (Le Messager) Thomas Jolly convoque sur scène les enfants de la Maîtrise popul aire de l'Opéra Comique et ceux de la Maîtrise de l'Opéra Grand Avignon. Clément Mirguet porté par les voix enfantines tandis que le chœur adresse aux hommes son questionnement pathétique, est sans doute un des moments les plus vibrants du spectacle.

Quand le crime est perpétré

La scénographie vient en appui de la tragédie. Sous le signe de Melpomène, une tête gigantesque, à jardin, bouche ouverte, souffle aux hommes de regarder avec effroi la folie de ceux qui se font dévorer par la violence. A cour, une main montre la solution. Nous.

Quand le festin cannibale a pris fin. Les deux frères, allongés sur la table de la dévoration, visage contre visage, jumeaux dans le crime et l'abomination, comme des doubles pathétiques , se jettent à la face la même phrase qu'ils répètent en boucle. Ils peuvent sortir. La mécanique continue pour ceux qui n'ont pas su apprendre, pour ceux qui n'ont pas su voir en leur " propre cœur " ce " qu'ils blâmaient chez autrui ".

" Une seule chose peut nous rendre la paix,: c'est un traité d'indulgence mutuelle " Thomas Jolly choisit de terminer sur un autre texte de Sénéque. S alvateur: De la Colère. Quand les l umières, les sons, les ombres projetées s'éteignent . Le spectateur se dit que la Cour d'Honneur du Palais des Papes a été habitée et il peut voir encore voler les papillons noirs du destin qu'agite le mistral.


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