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Éric Naulleau, dernière victime (consentante) de l'hanounisation accélérée des esprits ?

Par Juan Asensio @JAsensio

Éric Naulleau, dernière victime (consentante) de l'hanounisation accélérée des esprits ?

Photographie (détail) de Juan Asensio.
J'avance, avec mille précautions, cette folle hypothèse : Éric Naulleau dit l'Incorruptible, voit l'épaisse muraille de diamant de son intégrité intellectuelle, la quintuple porte d'airain de sa légendaire liberté de ton, la herse en titane massif de sa méchanceté résolument bloyenne, la très profonde douve où toutes les modes germanopratines, même affublées de bouées pour Christine Angot, ont lamentablement coulé, de plus en plus attaquées, lézardées, fendillées, creusées par toutes les bestioles à longues mandibules du maljournalisme à la française. C'est même un raz-de-marée de vermine qui s'attaque aux remparts réputés imprenables de la plus haute de nos tours critiques, où ce dernier officiant de son nom, pur parmi les purs, sorte de Guillaume Bélibaste de l'office de vigie cher au grand Sainte-Beuve, exerçait magistralement sa surveillance sourcilleuse.
Mille petites indices nous laissaient pourtant penser que la Maison Naulleau, comme celle de Poe, la très fameuse Maison Usher, bien que nous présentant des dehors en apparence sains, était en fait irrémédiablement lézardée et même très franchement pourrie, en raison sans doute de la prolifération incontrôlée de la larve de Cyrillus termitoidea qui, malgré un cerveau dont le volume avoisine gaillardement le millimètre cube, déploie une stupéfiante ardeur en présence de toute surface rongeable. Ici par exemple, entre bien d'autres propos de très haute volée (à partir de 16.35), Naulleau nous expliquait combien il appréciait, et visiblement apprécie plus que jamais, les très stratosphériques qualités intellectuelles de son ami Cyril Hanouna qui, parce que ce dernier l'apprécie en retour, mais de façon totalement désintéressée on s'en doute, en a fait l'un des chroniqueurs de sa prochaine émission. Nous sommes donc là en présence d'une estime réciproque entre deux hommes que tout oppose sauf la soif de connaissances, estime respectable qu'il ne me viendrait bien évidemment jamais à l'esprit de critiquer. J'irai même jusqu'à affirmer que ce serait un fort mauvais coucheur que l'esprit chagrin osant prétendre qu'il existe une incompatibilité non point seulement existentielle mais métaphysique et même, ontologique, entre ledit chroniqueur grand lecteur de Pif Gadget qu'il a toutefois du mal à déchiffrer sans s'appliquer de longues heures et ledit ardent défenseur de Marcel Proust ou Paul Gadenne, que notre Danton du journalisme, paraît-il, vénère.
Que Naulleau ne soit depuis quelques années tout de même rien de plus qu'un journaliste amélioré, ce qui certes ne suffit pas à l'éloigner de l'insignifiance absolue, j'en ai touché quelques mots sous forme d'anecdote plaisante dans mon entretien filmé avec Patrice Jean, et nous supposerons fort naïvement que l'homme a quelque prochain livre à faire paraître (dans la collection L'Infini ?) puisque, pour Le Point et contre toute évidence, il affirme péremptoirement que Philippe Sollers se bonifie dans ses derniers livres (1), ce qui est non seulement une prodigieuse stupidité, mais un mensonge apparemment assumé ! Je parlais d'ailleurs, pas plus tard que le 30 mai, d'une naulleauisation des esprits, en avançant, ô pure coïncidence, le nom d'Hanouna comme prochaine subite révélation, dans l'esprit de Naulleau, des plus immarcescibles sommets de la finesse d'esprit. Il est vrai que notre chroniqueur, montrant de la sorte un sens consommé de l'art du jugement si utile aux critiques littéraires, pouvait oublier de saluer Guy Dupré, remarquable écrivain, l'un des derniers grands avec Christian Guillet dont notre pays puisse, pardon, pouvait dans le cas de l'auteur des Fiancées sont froides, s'honorer, mais se dépêcher en revanche de saluer Pierre Bellemare, Monsieur Bellemare je vous prie qui, après tout, a écrit ou fait écrire un nombre respectable de grands livres pour présentoirs promotionnels d'hyper-marchés.
Si j'ai plus haut avancé une prudente hypothèse, je ne puis en revanche que poser cette navrante évidence : ou bien Éric Naulleau n'a jamais su lire et il a fait croire, surtout aux journalistes, qu'il savait lire, ce qui expliquerait tant de stupidités proférées (l'une des dernières en date concerne le lamentable travail d'Hubert Artus sur Maurice G. Dantec), ou bien il sait encore lire, et nous assistons alors à la putanisation, accélérée je le crains, d'un esprit tout de même vif. Je m'en veux d'avoir trouvé suspecte, il y a deux ou trois ans, la délicate et subreptice moue de dégoût que tel grand critique littéraire et d'art contemporain fit à l'évocation du nom de Naulleau qui mériterait, comme je le fis pour Eugénie Bastié, que je lui consacre un texte pour savoir de quoi il est le nom. Perte de temps assez probable car sans doute Naulleau n'est-il le nom de rien d'autre que du mal, la vacuité, qui ronge nos plus brillants journalistes, du moins ceux qui nous semblaient les moins cloacalement stupides.
Ce ne sera hélas pas le premier de nos juges intraitables à se laisser captiver voire corrompre par le chant des sirènes médiatiques mais, comme je m'en avise en relisant tel ironique propos de l'intéressé, peut-être faut-il se contenter de dire que le Naulleau, pas davantage que l'Argento, ne semble avoir d'honneur, et se replonger au plus vite dans les grands livres que ce lecteur réputé d'élite ne semble plus du tout désirer défendre ni même faire connaître et qu'il a même, si j'en juge par ce qu'il écrit désormais, parfaitement oubliés.
Note
(1) Répondant à la question d'un certain Florent Barraco («Quel auteur dont vous n'aimez pas l'œuvre vous a surpris par la qualité d'un chapitre ou d'un livre ?»), Naulleau répond : «Sollers. J'ai haï jusqu'à une époque récente Philippe Sollers. Dans ses quatre derniers livres, il a enfin arrêté ses pitreries littéraires ou pseudo-branchouilles (sic) pour se consacrer à l'essentiel. Il ne cédait plus à sa manie de citer (que j'appeler (sic) la «citite»). Il pratique une littérature qui me plaît. Il a changé du tout au tout. Œuvre du temps ou l'âge... Se délester de l'inutile.» Mon cher Naulleau, ô lecteur insatiable, puis-je te suggérer de jeter un seul de tes yeux de faucons germanopratins sur cet énorme et implacable dossier qui démonte l'unique génie de Philippe Sollers, celui du copinage ?

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