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Quel paradigme pour les villes vertes ?

Publié le 28 mai 2021 par Franckbaty @Bouygues_C
Crédit Shutterstock

Plus de nature en ville, moins de minéral

Parmi les ambitions annoncées lors des municipales de 2020, un consensus se dessinait autour de villes “apaisées” au cadre de vie agréable, et « marchables », pour lutter contre la congestion, la pollution de l’air et les épisodes de plus en plus fréquents de canicule.  Pour ce faire, les élus verts ont unanimement pris des mesures en faveur du retour de la nature en ville. Cela passe notamment par la plantation de plusieurs milliers, voire dizaines de milliers d’arbres en 6 ans : 10 000 à Poitiers, 30 000 à Tours, 15 000 d’ici 2030 à Grenoble. Certains élus souhaitent également donner à cet acte une valeur symbolique pour renforcer le lien entre citoyens et environnement : un arbre pour chaque naissance à Poitiers, par exemple. Le 17 février dernier, 200 Toureangeaux ont mis en œuvre le plan “Nature en Ville” en plantant près de 1 000 arbres et arbustes. Dans la même veine, des permis de végétalisation des façades et des rues vont être délivrés aux citoyens.

Une place plus importante est également accordée aux trames vertes et bleues et à la (re)création d’oasis de fraîcheur dans les rues, les places, les squares et les cours d’écoles. A Strasbourg, l’état d’urgence climatique a été déclaré et des îlots végétalisés temporaires ont été installés sur huit places de la ville pendant l’été 2020. A Tours seront menées des opérations de végétalisation des cours de récréation à partir de 2022 pour une ouverture en 2024 au plus tard. La vague verte se traduit également par le souhait d’une plus grande place en ville pour l’agriculture urbaine via le développement de fermes pédagogiques et de plantations de vergers en ville. Tours envisage également de créer une régie agricole métropolitaine pour nourrir les écoles en circuits courts et biologiques. A Bordeaux, une cinquantaine d’arbres fruitiers ont été plantés sur les quais aux abords du miroir d’eau à la fin du mois de mars.

Des financements en hausse pour la transition écologique

Les maires écologistes consacrent une enveloppe importante dédiée notamment à la végétalisation et à la rénovation des bâtiments existants publics comme privés. A Lyon, la programmation pluriannuelle va être doublée avec 1,25 milliards d’euros investis dont un tiers sera consacré à la transition écologique. A Strasbourg, un emprunt de 87 millions d’euros est envisagé pour 2021, notamment pour investir dans la végétalisation de la ville (5 millions d’euros) et la rénovation thermique des bâtiments publics (900000 euros). Strasbourg se fixe d’ailleurs un objectif de 8000 logements rénovés d’ici 2026 quand Lyon table sur la rénovation de 270000 logements d’ici 2050. A Bordeaux, un million d’euros sera consacré à la lutte contre la précarité énergétique. A Besançon, 10 millions d’euros seront investis par an pour le plan climat solidarité, dédié notamment à la rénovation des écoles et des crèches, 1 million d’euros chaque année pour la suppression des îlots de chaleur et 800000 à 2 millions d’euros pour la construction du réseau cyclable.

Concernant la mobilité, pour réduire la place de la voiture en ville, les maires investissent dans l’augmentation des pistes cyclables et des lignes de transports en commun. Annecy souhaite diviser par deux la circulation automobile d’ici 10 à 15 ans. Le projet du parking “préfecture”, 700 à 750 places de stationnement souterraines pour un budget de 30 millions d’euros, a été annulé. A Strasbourg, la gratuité des transports est assurée pour les jeunes, et pour tous les habitants lors des pics de pollution. Le Syndicat mixte des transports pour le Rhône et l’agglomération lyonnaise, aligné avant les objectifs de la ville de Lyon, a adopté un plan d’investissements de 2,5 milliards d’euros pour les transports en commun, notamment pour des lignes de tramway et une télécabine.

Vers plus de valorisation de l’existant et un urbanisme à échelle plus fine

Ces villes affirment leur volonté de limiter l’artificialisation des sols, c’est-à-dire la consommation d’espaces naturels, agricoles ou forestiers pour des projets urbains. Cela fait écho à l’objectif d’une division par deux du rythme d’artificialisation d’ici 2030 par rapport aux dix dernières années, qui a été inscrit dans le projet de loi “Climat et Résilience”. Ce dernier est crucial pour permettre aux sols de rendre leurs services d’infiltration, de maintien de la biodiversité, d’absorption du carbone et de production agricole. A Bordeaux, l’ambition est de ne permettre de construire que sur les sols déjà urbanisés. Ainsi, plutôt que de promouvoir de grands projets, les municipalités comptent valoriser les espaces existants comme les logements vacants, les dents creuses et les friches, dans une logique de sobriété foncière. Pour ce faire, ces villes comptent s’appuyer sur les établissements publics fonciers et sur des outils tels que le bail réel solidaire qui permet de dissocier le coût du foncier de celui du bâti pour plus d’abordabilité. A Bordeaux, un service municipal de l’habitat va être créé pour contrôler les locations touristiques et mobiliser les logements vacants, quand un office foncier solidaire métropolitain sera mis en place à Grenoble.

Densité « modérée », végétalisation et matériaux biosourcés pour les nouvelles constructions

Pour les constructions neuves, les élus écologistes préconisent une “densité modérée”, intégrant un peu plus de hauteur, davantage de végétal et davantage de matériaux biosourcés. Certains permis de construire ont ainsi été suspendus afin de modifier les projets jugés trop imposants pour y intégrer davantage d’espaces publics et de pleine terre. Ce fut le cas du centre d’affaires de la Part-Dieu à Lyon où la mixité a été renforcée (plus de logements et moins de bureaux), la végétation introduite en proportions plus importantes et les tours prévues annulées à l’exception de celles dont la construction avait déjà débuté : To-Lyon et Silex2. A Bordeaux, la municipalité a souhaité multiplier par 5 les espaces de pleine terre dans l’éco-quartier Bastide Niel et privilégier l’emploi de matériaux locaux (bois, brique, argile de Biganos). Elle souhaite développer son label de bâtiment frugal bordelais et systématiser la présentation du projet par les promoteurs en mairie et auprès des habitants du quartier. A Poitiers, un des projets phares de la mandature est la construction d’une école maternelle et d’un restaurant scolaire à énergie positive en matériaux bio et géo-sourcés (bois, terre crue et paille), avec toiture végétalisée et jardin pédagogique. A Annecy, la végétalisation des nouvelles constructions, qu’elle soit en pleine terre, sur la façade ou la toiture, devient également un impératif et a même fait l’objet de consultations auprès des habitants pour définir le type de nature recherchée (sauvage, urbaine, cultivée) dans le projet du Haras en centre-ville.

Gouvernance participative

Les maires écologistes souhaitent également accorder davantage de pouvoir aux citoyens, et ce depuis le début de leur campagne. A Besançon et Poitiers, les programmes ont été co-construits avec les citoyens, dénommés « experts du quotidien ». A Lyon, une enveloppe de 50 millions d’euros sera dédiée à des projets à l’initiative ou élaborés en co-construction avec les citoyens, ce qui représente 5% du budget annuel de la ville. Autre initiative innovante, l’Institut de la résilience qui vise à mettre en relation des chercheurs et des acteurs de la société civile pour contribuer à la transition écologique par un partage de savoirs, de formations et d’expérimentations.

Des synergies qui convergent vers le soutien de la création d’emplois verts dans le bâtiment, l’économie circulaire et l’agroécologie. C’est en effet l’objet d’une tribune publiée dans le Journal du dimanche le 11 avril dernier, soutenue par neuf maires écologistes (Jeanne Barseghain à Strasbourg, Emmanuel Denis à Tours, Léonore Moncond’huy à Poitiers et Anne Vignot à Besançon) et socialistes (Martine Aubry à Lille, Anne Hidalgo à Paris, Benoît Payan à Marseille, Johanna Rolland à Nantes et Cédric Van Styvendael à Villeurbanne).

Pour résumer, les premières mesures des villes vertes convergent vers davantage de végétal, la valorisation des bâtiments existants plutôt qu’un urbanisme de grands projets, une enveloppe en hausse pour la transition écologique (rénovation, végétalisation, mobilité verte) et une gouvernance qui se veut plus participative afin d’associer les citoyens à la mise en œuvre de ce paradigme.


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