André Delorme a eu la gentilesse de me signaler cette belle réalisation ornant le n° 7 de la rue Suzanne Cothonneau à Saint-Martin-de-Ré.
© Photographie André Delorme, droits réservés.
Cette niche porte la date de 1764 et elle est ornée, en bas, de part et d'autre d'un cartouche ornemental de style Louis XV, d'une équerre et d'une règle entrecroisées, à gauche, et, à droite, d'un compas entrecroisé d'un compas de proportion (en lieu et place de l'équerre habituellement attendue). Le voûtement de la niche est formé par une trompe saillante.
L'intérieur de la niche abrite une sculpture un peu frustre représentant un pommier semble-t-il. Est-elle d'époque ou plus tardive ? Le nom Pommier étant assez répandu, s'agit-il d'une évocation du patronyme du propriétaire ?
Au vu de l'aspect architectural de cette niche ainsi que l'importance accordée à la stéréotomie, et des outils présentés, il ne fait absolument aucun doute qu'il s'agit là d'une réalisation de compagnon tailleur de pierre, du rite des Passants ou de celui des Étrangers, les deux rites ennemis étant bien présents sur toute cette partie du littoral Atlantique. Il est de fait probable que cette niche ornait la demeure de l'un des entrepreneurs et/ou architectes résidant dans cette importante place-forte qu'était alors Saint-Martin-en-Ré.
La recherche que j'ai menée sur internet pour voir si l'on trouvait quelques informations sur ce sujet n'ont rien produit de significatif. On constate simplement que d'après le livre de Francis Masgnaud, Franc-maçonnerie et francs-maçons en Aunis et Saintonge sous l’Ancien Régime et la Révolution (1989), « A Saint-Martin-de-Ré se serait réunie, dès 1764, une loge dont nous ignorons le titre, au numéro 7 de l'actuelle rue Suzanne Coutonneau. » Mais il semble probable que cette hypothèse est une pseudo explication des emblèmes « maçonniques » de la niche et ne repose sur aucune source documentaire. J'ai interrogé l'auteur à ce propos mais je n'en ai pas encore reçu réponse.
C'est au demeurant un phénomène hélas encore trop fréquent que de voir tous les emblèmes présentant un compas et une équerre, datant du XVIIIe siècle ou avant, être attribués à la franc-maçonnerie plutôt qu'aux compagnonnages. À la décharge des chercheurs, il faut souligner que les compagnons ont également tendance à classer comme maçonniques les emblèmes présentant une iconographie différente de celle qui est la leur depuis le début du XIXe siècle.
L'homme pense parce qu'il a une main. Anaxagore (500-428 av. J.-C.)