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Nuances urbaines - Robert Le Plana

Par Melusine1701

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Une ville, où les gens se croisent. Six histoires, toutes reliées les unes aux autres. L'étrange famille Faure, d'abord, nombreuse, puissante, pour qui la réussite est un devoir et où on ne tolère pas la médiocrité. Que va-t-il advenir de Maximilien Faure, l'élève qui a osé ne pas exceller? Plus loin, dans un quartier où personne ne devrait s'aventurer, une femme est là pour prendre soin de ceux dont la rue est devenu le refuge. Qui est-elle? Pourquoi fait-elle cela? D'ailleurs, en parlant des gens dans la rue, avez-vous déjà prêté attention à ces employés qui font traverser les enfants devant les écoles? Ils en voient, des choses, depuis leur poste. Et dans le bureau où vous travaillez, que feriez-vous si un mystérieux messager se mettait à distribuer des compliments anonymes? Et si une tolérance zéro était mise en place en matière d'incivilité, pourriez-vous échapper à une sanction des plus radicales? Et si vous pensiez pouvoir connaitre à l'avance les événements décisifs de votre vie, que feriez-vous? Dans ce petit théâtre urbain, où le marionnettiste vous aurait-il placé, d'après vous?

C'est toujours difficile de chroniquer un recueil de nouvelles. Ici, j'ai apprécié leur unité autant que leur diversité. Certaines sonnent comme un questionnement social qui nous tend un miroir fascinant. Peut-on réellement vivre bourgeoisement pendant que certains plongent dans la déchéance? Prête-t-on assez d'attention aux gens qui sont sous notre nez tous les jours? La réponse n'est peut-être pas très agréable, mais l'effet est certain, et les deux nouvelles intitulées "La Mère" et "Une humble sentinelle" font mouche en nous laissant sur une impression douce-amère très réussie. D'autres pourraient tourner à la comédie grinçante: "Le Messager" joue avec une ironie mordante, puisqu'à vouloir répandre les compliments, il n'attire que suspisçion et réactions déplacées. D'autres encore, font froid dans le dos tant elles s'apparentent à des dystopies miniatures: l'enseignante convoquée au procès de Maximilien Faure qui a eu une mauvaise note dans "Perdu sur l'Olympe" ou l'homme qui harangue les mauvais citoyens par la fenêtre avec un peu trop de verve dans "Incivilités" semblent jouer avec des positions qu'ils poussent jusqu'au bout: "vous voulez de l'ordre et de l'excellence, nous allons vous en donner, et vous vous en mordrez les doigts!" 
Le petit plus: la dernière nouvelle qui est à part. Elle nous plonge dans un fantastique très subtil, exactement celui qui me plait. Le héros de "Bleu Minéral" connait-il vraiment son avenir, ou le provoque-t-il? Y a-t-il quelqu'un qui tire les ficelles de son destin? Et dans ce cas, les histoires que nous venons de lire, qui en a tiré les ficelles? Ce changement de paradigme dans la dernière histoire est une ingénieuse façon de nous retourner le cerveau. Ouais, bien joué.
Côté écriture, rien à redire: c'est fluide, élégant, soigné et on ne s'ennuie pas. La forme de la nouvelle est parfaitement maitrisé et les chutes (oui, j'aime les nouvelles à chute) sont percutantes à souhait, au service des impressions et des réfléxions que les nouvelles veulent évoquer, et le livre est pensé et structuré comme un ensemble avec son unité. Vous l'aurez compris: j'ai beaucoup aimé ma lecture, et je mets même une jolie médaille à "Le Messager" qui m'a fait à la fois frémir et sourire. 

La note de Mélu:

Note 5

Un mot sur l'auteurRobert Le Plana est un auteur qui vit en Suisse et qui signe ici son premier ouvrage. Je le remercie pour sa confiance et pour cette très belle lecture!


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