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Mon repas d'anniversaire ... côté vins!

Par Eric Bernardin

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Le choix des vins de mon repas d'anniversaire est profondément lié à notre situation conjugale. Sur le point de nous séparer - c'est fait à l'heure où j'écris ces mots - nous voulions finir notre vie de couple sur un repas digne de ce nom, mais aussi résoudre le problème épineux du partage de certaines bouteilles. Entre l'option de se déchirer ou de les boire avec des amis, le choix a été rapidement fait ;o)

Tout occupé à mes fourneaux, mais aussi aux discussions avec mes invités, je n'ai pris aucune note sur la soirée. J'ai laissé cette lourde tache à mes commensaux qui s'en sont acquittés avec brio. Je leur laisse donc maintenant la parole...

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Vin n°1 : Champagne Francis Boulard Millésime 2001

Patrick : " Un champagne de table à mon sens, qui bien qu’apparaissant un peu âgé demeure énergique et même ferme. Son nez secret, laisse deviner à l’agitation des senteurs de pain et d’autres plus classiques telles le miel, la camomille. Un caractère plutôt masculin, sans doute dans sa gangue ce jour-là ce qui permet d’espérer un avenir encore plus lumineux à terme. Adorables cromesquis en accompagnement".

Julien : "Le cru offre une robe aux allures évoluées et charmantes de paille cuivrée où de fines bulles viennent se perdre pour amuser nos petits yeux interrogateurs et brillants, en tout cas concentrés. C’est l’initiateur de la soirée, et quelle soirée !

Au nez, le caractère évolué que je conférais au nectar vient s’amplifier... Nous évoquons la brioche, la noisette, mais aussi la cire, la marmelade d’orange et peut être une touche safranée. L’intensité est bonne, la complexité aussi, il me tarde de goûter ce vin déroutant pour tenter de le cerner.

La bouche vient conforter mon orientation vers un vieux millésime. La bulle est très fine, le caractère apparaît évolué, mais sans une once d’oxydation péjorative, plutôt au travers d’allures d’apaisement mêlées à des notes tertiaires délicates.
Je pense alors à un champagne ayant une quinzaine d’années, mais il n’en est rien !!! C’est un 2001 (MMI). Je commence bien la dégustation, et croyez moi, ça n’est pas terminé…
Ce vin porte les draps d’un Krug sans en être, exprimant sa pâte, ou du moins appartenant à la même catégorie de style que ce dernier (l’élevage y est certainement pour quelque chose…). Je présente ce point de vue qui est écouté et apprécié mais non adopté pour des raisons de race et de tension je pense, mais aussi parce qu’il n’a pas la bulle persistante. L’aération en effet lui ôte son effervescence, le faisant alors jouer sur le registre d’un bourgogne plus que d’un Champagne… Ce caractère met un peu à mal la note que « je me dois » de lui attribuer, bousculer entre une impression positive qualitative bien que déroutante et cette bulle absente. Et que dire des 15 années que je lui attribue ??? Je mettrais bien volontiers cela sur le dos d’une incompétence personnelle, mais ce point de vue est largement partagé… Nous cherchons un peu le nom d’un vigneron capable de telles recherches, un vigneron joueur, un farceur ayant bon goût, peut-être un innovateur, un visionnaire ???? Vraiment je n’vois pas…
Noté 16,5/20, c’est là un très bon champagne qui fait sensation et que j’aimerais déguster à nouveau, pourquoi pas à côté d’un K grande cuvée… et en tout cas après une mise en carafe suffisamment délicate pour protéger la bulle mais également suffisante pour le laisser s’ouvrir calmement."

Je rajoute ici un commentaire technique de Francis Boulard, son créateur: "Tu as dégusté une bouteille de garage, une bouteille rare,quantité confidentielle ...

Un premier essai de 560 bouteilles = 2 pièces traditionnelles champenoises de 205 litres. Des barriques neuves de chêne du sud de la Champagne, de la Forêt d'Orient. Chauffe à basse température et lente des douelles sur 2 jours, qui élimine le boisé et les tanins désagréables pour les vins délicats de Champagne (Ref. mon tonnelier local de Cauroy).

C'est une cuvée confidentielle (c'est proposé uniquement chez des cavistes pointus, passionnés de vins de caractéres), un essai de vinification sur barriques neuves... Je vais ré-essayer sur une vendange plus ... plus mieux ... plus glorieuse."

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Vin n°2 : Château Haut-Brion Blanc 2000

 
Patrick : "Spontanément  un cru très particulier me dis-je. Et très vite, trop vite je pars sur ces arômes légèrement oxydatifs délivrés de premier abord. Un cru bien fait sur les contreforts alpins ? Eh bien c’est tout faux, nous sommes en présence de mon historique voisin pessacais. Les choses étant recadrées et le vin ayant sensiblement évolué dans le verre, je perçois enfin un nez fin étonnamment discontinu. Senteurs minérales de silex chauds, de terre fraîche. De tourbe ? La bouche complète ce panorama par des saveurs grasses et une suite somme toute équilibrée. Ce n’est pas la queue de paon, mais voici un vin parlant juste, un peu strict aujourd’hui. Un vin d’une race manifeste. La cuisson des gambas au moyen du shabu-shabu m’a beaucoup plu."

Julien : "Le nez est d’une assez bonne intensité mais surtout d’une très grande complexité aromatique, déployant des senteurs de cire, de gousse de vanille, d’iode, de champignon fort marquées et de fumée.

En bouche, le vin se montre très équilibré avec un gras généreux et un caractère très personnel, aucunement caricatural de son appellation, « balladant » littéralement les dégustateurs cherchant en vain son origine géographique...

L’expression du Sémillon a pris le dessus sur celle du Sauvignon, occultant le côté attendu de cassis ou de bourgeon et formant un vin réellement gastronomique ni flatteur ni sensuel mais droit, classe, digne de gourmet.

Un vin intéressant noté 17/20 qui ne ressemble EN RIEN au 2004 dégusté 4 jours avant… Déconcertant !"


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Vin n°3 : Domaine de Chevalier Blanc 1985 

Patrick : "La belle ambiance m’a induit en erreur à nouveau car je n’ai pas songé un seul instant à un cru que j’ai plusieurs fois croisé. Il va dorénavant falloir me montrer plus analytique et précis dans mes approches futures. Ce Pessac-Léognan est bien un pur-sang comme l’écrivait à l’époque JP Kauffman. Le nez offre un fumé prégnant et évoque un grand terroir Alsacien (Zind) ou de Loire (Dagueneau). Mais il est plus que cela et présente aussi des notes d’agrumes, de fruits blancs, et de vanille après évolution dans le verre. Vraiment très élégant, très charmant. L’entrée en bouche est de belle douceur et la continuité est bien en phase. Le cru domine à mon sens les précédents par un surcroît d’élégance, de personnalité et de pureté. Celui-ci est dans la force de l’âge qui semble devoir durer encore quelques ans. Enchanté par ce vin et les ris de veau."

Julien : "Le nez est d’une belle expression complexe et intense, déployant des senteurs fumées et minérales orientant les différents dégustateurs vers un Sauvignon de Loire. Des parfums riche en vivacité, de citron, de champignon, de miel et de cire viennent rapidement se mêler aux précédentes, ainsi qu’une note douce de vanille en gousse apportant gourmandise au cru déjà bien fourni.

En bouche, le vin exhibe un parfait équilibre où un gras modéré vient se marier à la belle acidité qui le caractérise et le relève parfaitement. C’est donc avec beaucoup de tenue que le vin s’exprime et offre ses avantages et son fruit encore fringant, aux différents invités en admiration, malgré le Haut-brion blanc qui le précède... D’une longueur qui force le respect et d’un charme sans équivoque, le vin se livre sans retenue et vient prendre le dessus du HB pour la majorité des dégustateurs, certainement pour son caractère abouti et pour son accessibilité, en tout cas pour sa qualité et son équilibre.
Noté 18/20 ce vin blanc bordelais est un monument."

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Vin n°4 : Sine Qua Non ‘Hollerin M’ 2002 (pinot noir de l’Oregon ):

Patrick : "Il s’agit cette fois-ci d’un vin de haute lignée qui se donne les moyens de son ambition. Et il n’y a rien à lui reprocher. Eclat profond de la robe, puissance, élégance et complexité du nez, densité et moelleux, vivacité en bouche. De l’équilibre en tous points qui me font adorer ce vin. Impossible pour moi à ce moment là de distinguer un pinot noir et cela n’a d’ailleurs aucune importance tant le plaisir était au rendez-vous. Un coup de cœur. Je m’incline."

Julien : "La robe est profonde au disque large et trompe déjà son dégustateur...

Le nez exhale des odeurs envoûtantes et « faciles » de cassis, de cerise de violette et de chocolat d’une richesse immense me faisant penser à une Syrah...

En bouche, le vin montre une structure souple malgré l’existence d’une trame tannique certaine qui mariée à une acidité sans faille garantie une belle tenue au vin. Le vin, d’une profondeur insolente et d’un fruit fascinant offre facilement ses charmes ; le terme putassier vole au dessus de la table faisant bondir Eric mais habillant quelque peu le vin des concepts de facilité et d’accessibilité qui le qualifient et que je trouve bien venu ou en tout cas caractéristique…
Un très grand vin dans un style charmeur noté 17,5/20

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Vin n°5 : Richebourg de domaine Grivot 1998

Patrick : "Comparé à Hollerin et dégusté après celui-ci, le grand cru de Vosne-Romanée apparaît plus austère et de fait bien moins flatteur. Il n’est pas pour autant dénué de race et de cette minéralité qui interpelle et signe les beaux terroirs bourguignons. Lui donner du temps. Le pigeon "à la goutte de sang" était une merveille.

Julien : "La robe est élégante, assez profonde.

Le nez est très complexe et agit tout en élégance présentant des fruits rouges, des senteurs de fleurs ainsi qu’un certain côté terrien évoquant des odeurs de sol, d’humus et de truffe. Il est un vin qui ne se livre pas facilement mais qui présente ses charmes avec une belle intensité et une grande délicatesse.

En bouche, le vin s’exprime suivant la logique de l’introduction olfactive, avec un joli fruit introduit dans une finesse et une concentration dont le mariage frôle l'audace. La structure tannique et l’acidité soutiennent parfaitement l’ensemble bâti pour durer mais offrant un réel plaisir aux différents dégustateurs.
Un très grand vin par définition noté 18/20."

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Vin n°6 : Finca Dofi d’Alvaro Palacios ( Priorat ) 1999

Patrick : "Le nez est profond, sombre, fait de fruits noirs, doux. L’équilibre et la franchise caractérisent ce vin très plaisant en bouche. Un vin de gourmandise puissant, croquant et cependant de grande « buvabilité ». Splendide."

Julien : " La robe est sombre et le disque assez fin.

Le nez est intense, il présentant des senteurs de fruits rouges et noirs à l’alcool accompagnés par une fraîcheur indéniable d’eucalyptus fort bienvenue que de légères senteurs herbacés et aromatiques viennent agrémenter typiquement.

En bouche, le vin se montre concentré, parfaitement bien équilibré et riche, offrant du fruit et encore du fruit pour séduire son auditoire. La fraîcheur déjà perçue est ici retrouvée et fait de ce vin un grand vin en lui conférant un caractère typique et un côté gastronomique qui n’aurait pas pu exister sans.
Noté 17/20"

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Vin n°7 : Cims de Porrera ( Priorat ) 1998

Patrick : "Un vin de même registre que le précédent toutefois moins intense et un peu plus délicat. L’exercice consistant à passer de l’un à l’autre de ces Priorat m’a à chaque fois fait préféré le cru dégusté à l’instant T. Pratiquement impossible à départager sur le plan du plaisir immédiat. Peut-être un avantage à Finca Dofi pour sa plus grande profondeur. Que du bonheur et un bon plat d’agneau."

Julien : "La robe est sombre et le disque assez fin.


Le nez est intense, présentant des senteurs de fruits rouges et noirs à l’eau de vie un peu marquée et toujours accompagnées par cette fraîcheur immense d’eucalyptus si agréable et bien mariée.

En bouche le cru est souple sans manquer de structure, tendu et concentré, c’est un vin exprimant son terroir qui offre un fruit croquant mêlé à l’alcool sans être pour autant chaleureux. Il séduit sans difficulté les dégustateurs venant se confondre au Finca Dofi qui l’accompagne, déployant la même concentration, le même caractère et la même race.

Issus de terroirs schisteux très proches, et de vignes d’un âge avancé, la similitude n’est pas étonnante.
Nous sommes sur deux grands Priorat Notés 17/20, des vins que j’aime pour des raisons de cœur mais non uniquement..."

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Vin n°8 : La Vigne Perdue par Jeff Carel ( Languedoc )

Patrick : "Selon mes souvenirs embrumés: Un vin à la tendance oxydative déroutante de type Klevener d’Heiligenstein mais plus complexe encore. Goûts secs, de brioche, de rancio. Bouche ample et somme toute agréable, mais ça secoue. Adorable chantilly de munster."

Julien : "Au nez le vin livre des senteurs de fleurs, de cire et de miel un peu déroutantes.  La bouche est grasse, armée d’une belle acidité, elle évoque le citron et les fruits secs. Non noté."

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Vin n°9 : Domaine de l’Arjolle Cuvée Delphine de Margon 2001

(bouteille défectueuse...)

Patrick : "Curieux vin sur fond notable d’arachide. Amusant, loupé ?, pb de bouteille ? davantage destiné aux réductions de sauce, à condition de ne pas abuser. On avait rencontré des vins sur le coco (San Roman 2004 – vin de Toro), maintenant c’est la cacahuète. Bientôt un vin sur la badiane ? Anecdotique mais sans regret bien sûr."

Julien : "La cacahuète, au nez et en bouche, un vin déroutant, amusant et finalement très lassant. Ça doit être le vin à Rachide…  (mouai bof...). Certainement un souci de lot."


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Vin n°10 : Tirecul La Gravière (Monbazillac ) 2003

(ouverte à la dernière seconde suite à un petit problème)

Patrick : "Un cru que j’apprécie régulièrement et cette fois-ci de même. Sans doute un peu trop riche après toutes ces réjouissances préalables. Sur l’amande, les fruits jaunes compotés. Note de mangue. Huileux. Un peu réservé et une vivacité en deçà. Sévère ? Dessert parfait."

Julien : " La robe est or légèrement à tendance cuivrée, grasse et scintillante.

Le nez étale des fragrances de pêche, de coing et de brugnon avec une certaine retenue cependant...
En bouche, le vin présente du gras et un sucre sans lourdeur, sur un fruit abricoté expressif et gourmand mais auquel il manque un petit quelque chose...
Je reproche à ce vin une certaine retenue, il donne l’impression de ne pas se dévoiler, de ne pas offrir ce qu’il a, comme un champion qui aurait le mal du pays (ce qui n’était pourtant pas le cas…)
Noté tout de même 16/20, il est un bon vin que je demande à revoir."

Pour conclure, je place ces belles phrases de Sylvain, dont les commentaires devraient se rajouter aux deux autres d'ici peu...

"Encore une très belle soirée faite de belles personnes. Mon compte-rendu suivra bientôt, mais je profite de cet instant sur mon emploi du temps pour souligner toute la générosité de notre hôte.

Les vins et la cuisine conjuguent ce que j'aime de plus finalement sur cette terre: la générosité simple de personnes qui parlent avec leurs mains, avec leur cœur, avec leur cuisine, avec leurs envies et avec leur passion...

Cette passion qui nous a rapproché un soir, est en train de rendre lourde chaque seconde qui me tient loin de leurs mines franchouillardes.

Je n'aurais cru un seul instant à mes débuts dans le vin, partager ces mets, ces élixirs et, comble de tous les luxes, cette amitié comme clé de voûte, sans qui tout ne serait que surfait.

J'aime ces silences religieux lorsque nos nez sombrent dans la vertigineuse avalanche des louanges vineuses.
J'aime ces regards complices qui traduisent la vérité décomplexée de chaque apôtre.

J'aime ces éclats de rire qui marquent de notre empreinte notre passage dans ces palais d'or.

A chacune de ces soirées nous marquons de nos initiales chaque marche de cette tour de Babel qui suspend le temps quelques heures, pour nous insuffler un songe d'éternelle gaité.

Merci à vous cher amis pour être ce qui va le mieux et qui me convient tant : vous-même."

Merci à tous les trois.

Je suis profondément touché par vos commentaires.



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