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Les pirates de la Mer Rouge, ou les aventures du petit Nicolas

Publié le 24 septembre 2008 par Haimyo

Pirate et son perroquet

Pirate et son perroquet

Excellente lecture dans Le Monde d’aujourd’hui. “Les pirates disent que les Français sont terribles, et qu’il faut surveiller les pavillons pour éviter de prendre leurs bateaux”, cite l’article (”La piraterie au large des côtes somaliennes en pleine expansion“). On s’y croirait. Encore un peu et voilà que nous rejoignent tous les personnages de Salgari*, Sandokan en tête, suivi de Barbe Rouge, Edward “Blackbeard” Teach, l’Olonnois, Francis Drake et compagnie - ajoutons Jack Sparrow pour les plus jeunes lecteurs et les fans de Johnny Depp. Tout un monde fabuleux, romantique et violent surgit pour captiver les chaumières.
Dans le rôle du chef de l’Amirauté en lutte contre les méchants voyous des mers, Monsieur S. nous vante les exploits des troupes de marine et prévient l’ensemble de l’honnête corporation : “C’est un avertissement pour tous ceux qui se livrent à des activités criminelles. La France n’acceptera pas que le crime paye.”
On reste perplexe sur l’impact que peuvent avoir les conférences de presse de Monsieur S. sur la psychologie du pirate moyen (d’ailleurs fortement dopé au khat, d’après l’article du Monde). On passera également sur le fait que l’avertissement provient d’un chef de l’Etat qui sabre sans vergogne dans les crédits d’équipement et d’opérations de l’armée. A ce rythme, dans 20 ans, on chassera les pirates en leur lançant des noix de coco depuis une pirogue siglée “Marine Nationale”.

Le plus dramatique est, comme souvent, ce qu’on ne dit pas. La piraterie dans cette région a pour cause la désintégration totale de l’état somalien: pour la première fois depuis la fin de l’ère coloniale, un Etat disparaît de la carte du monde. Non pas formellement : l’Etat somalien existe encore officiellement. Dans la réalité, derrière un gouvernement improbable, tout a disparu : représentations diplomatiques, toute l’administration, et en particulier la police, la marine, ou les douanes. Plus inquiétant encore, le fait que les islamistes, déconfits sur le terrain par l’armée éthiopienne, considèrent que la piraterie n’est finalelement plus si immorale que ça (il faut bien se financer, la vie est dure) et arment des flottilles pirates. Au final, tant que l’anarchie continuera, il n’y a aucune raison pour que la piraterie diminue. Comme pour le trafic de drogue, le ratio de profit est beaucoup trop grand pour que les risques encourus découragent les apprentis flibustiers, même si “les Français sont terribles”.

Ce qui est plus intéressant, c’est ce qu’il y a derrière la posture martiale. On ne peut pas s’attaquer aux causes du problème en Somalie, on ne peut pas trouver une solution à court ou long terme en Afghanistan, on ne sait pas comment traiter la crise financière ? Ce n’est pas grave, on amuse la galerie avec de jolies histoires.

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* Emilio Salgari (1862-1911), écrivain italien surtout connu aujourd’hui pour le cycle des “Sandokan”, qui fit les délices du téléspectateur des années 70. Prototype de l’aventurier de salon, il n’a jamais quitté son pays mais a écrit près de 250 oeuvres d’aventures exotiques pleines d’action, d’animaux sauvages et de pirates.

Posted in Géopolitique, Politique, Uncategorized  Tagged: afrique, pirates  

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LES COMMENTAIRES (1)

Par monpseudoamoi
posté le 12 juin à 10:16
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Encore heureux qu'il n'y ont pas croisé un grand requin blanc dans cette mer rouge car, sinon, ce n'est pas seulement une jambe de bois que renverrait l'image populaire des pirates.

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