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Second manifeste du surréalisme

Par Alain Bagnoud
   Peinture d'Yves Tanguy

Le Second manifeste du surréalisme paraît cinq ans après le premier, en décembre 1929. Breton y prône surtout le refus des antinomies. Des vieilles oppositions, qu'il faut dépasser.
C'est qu'il veut découvrir ce « point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l'incommunicable, le haut et le bas cessent d'être perçus contradictoirement. »
Est-ce pour cela qu'il se met à parler de politique, alors que jusque là, il ne s'occupait que de psychisme pur?
Entre temps, il a lu Marx, Engels et Hegel, ce qui l'amène à s'interroger sur les possibilités de rapprochement du surréalisme avec le parti communiste, tout en mettant ses fidèles en garde contre le risque d'endoctrinement politique.
Tout cela serait très mesuré et presque logique si, dans le fil de son discours, Breton ne lâchait soudain une phrase qui deviendra célèbre. Une phrase qui reviendra comme un leitmotiv malheureux, et qu'on va lui reprocher longuement : « L'acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu'on peut, dans la foule. » (p.78)
Assez paradoxal, non, pour quelqu'un qui s'interroge sur le lien social?
Breton serait-il un esprit nébuleux? C'est ce qu'ont suggéré, dans le pamphlet Un cadavre, certains surréalistes repentis, attaqués dans le Second manifeste justement, parce que Breton y règle aussi ses comptes avec ses anciens compagnons de route qui ont trahi.
C'est aussi ça, le surréalisme. Ça flingue pas mal. De tous côtés.
Jacques Baron, sur Breton, dans Un cadavre: « esthète de basse-cour, cet animal à sang froid n'a jamais apporté en toutes choses que la plus noire confusion. » Roger Vitrac: « Quant à ses idées, je ne crois pas que personne ne les ait jamais prises au sérieux, sauf quelques critiques complaisants qu'il flagornait, quelques potaches sur le retour et quelques femmes en couches en mal de monstres. »
C'est peut-être vrai mais ça n'a finalement pas d'importance. Parce que Breton, malgré ses théories, n'est pas un théoricien. C'est un écrivain. Un écrivain puissant, avide de sérieux, livré aux expériences, aux contradictions et à la recherche. Un écrivain qui, qu'on le veuille ou non, a écrit une page importante de l'histoire littéraire.
André Breton, Manifestes du surréalisme, Idées Gallimard


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