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Mogwai "The Hawk Is Howling"

Publié le 08 octobre 2008 par Jb
mogwai_hawk.jpg Note : 7/10
Meilleurs titres : I'm Jim Morrison, I'm Dead/ Batcat/ I Love You, I'm Going To Blow Up Your School
Après avoir trimé en 2006 en nous proposant non seulement un album studio, Mr Beast, mais aussi la bande originale du film très particulier Zidane, le groupe de rock expérimental écossais Mogwai revient avec son nouvel opus studio, The Hawk Is Howling.
L'album commence très fort avec un titre magnifique, "I'm Jim Morrison, I'm Dead", à mon avis l'un des plus beaux morceaux enregistrés par Mogwai à ce jour et que je verrais volontiers comme une sorte de croisement génial entre "Friend Of The Night" et "Black Spider". Tout le génie du groupe se résume ici : intro répétitive au piano, arrivée de la batterie et de la basse qui viennent renouveler le plan de départ, ajout de nappes successives de guitares et de synthés jusqu'au climax, puis dernière partie de la chanson avec nouveau thème au piano. C'est dans ces univers très inspirés et éthérés, presque oniriques, que tout un pan de l'œuvre de Mogwai fleurit depuis maintenant plus de dix ans. Assurément un must en live.
Mais l'autre pôle d'excellence de Mogwai, c'est la heavy distorsion. C'est précisément ce que propose le deuxième morceau de l'album, "Batcat". Ce titre puissant est une espèce de télescopage de "Glasgow Mega-Snake" et "I'm No Here", il joue donc sur les sons et rythmiques très lourds, à la fois dans les guitares et la batterie : il ne serait pas étonnant qu'ici encore, le titre fasse merveille sur scène et plonge l’auditoire dans une décharge sonique. A l'opposé de "I'm Jim Morrison, I'm Dead", "Batcat" dévoile la face bourrine des Ecossais, face malheureusement insuffisamment exploitée par The Hawk is Howling.
Après ce feu d'artifice initial, l'album baisse un peu de régime. Mogwai cherche par instants à sortir des sentiers battus mais cela reste parfois de semi-échecs. Assez étonnant par exemple, le titre "The Sun Smells Too Loud", presque joyeux (et en tant que tel inhabituel chez Mogwai) mais au final un peu foireux, ne réussissant pas à accomplir ce qu'autrefois, "2 Rights Make 1 Wrong" avait su brillamment incarner.
Deux des faiblesses de l'album pointent ici : d'une part, l'on sent bien que Mogwai s'empêtre parfois dans ses propres schémas et qu'il lui devient de plus en plus difficile de ne pas "sonner comme du Mogwai". D’autre part, il faut bien reconnaître que certaines options retenues n’étaient pas forcément les meilleures, notamment des titres souvent trop longs et trop mous. Que l’ambiance doive s’instaurer justement par le phénomène de répétition, et donc de longueur, soit. Mais que les compos perdent parfois de leur force tout simplement parce qu’il y avait éventuellement une bonne idée mais que cette idée de départ est noyée dans la durée gratuite, là on franchit la ligne rouge.
Certains titres, mis à part les deux sus-mentionnés, parviennent à s’extraire de ces défauts. C’est par exemple le cas avec "I Love You, I’m Going To Blow Up Your School" : non pas que ça ne sonne pas comme du Mogwai, non pas que ce soit un format radio 3 minutes 30, mais c’est juste une bonne compo, donc ça convainc. C’est également le cas avec "The Precipice" qui sonne bien même s’il n’a rien de mémorable.
En revanche, sans doute eût-il fallu s’abstenir ou prendre les choses différemment avec "Danphe And The Brain" ou "Thank You Space Expert". Quant à "Scotland’s Shame", sans doute ce morceau intéressant aurait-il lui aussi gagné à être raccourci.
On l’aura compris, The Hawk Is Howling pose plus de questions qu’il n’en résout. La plus évidente est celle-ci : Mogwai est-il en train de ressasser et pédaler dans la choucroute ? Une telle affirmation serait assurément excessive mais force est de constater que cet album marque une pause dans l’évolution artistique du groupe.
Sans vouloir faire de métaphores à deux balles à base de truismes, Mogwai est à la croisée des chemins. Il n’y a guère que deux voies possibles : soit reproduire, la prochaine fois, les défauts de l’album actuel, peut-être en pire, ce qui signifierait le déclin programmé de la formation de Glasgow ; soit être capable de changer, d’explorer de nouveaux mondes, donc de surprendre à nouveau.
Il est évident que pour quelqu’un qui aime Mogwai (ce qui est mon cas, d’ailleurs peut-être suis-je trop exigeant à leur endroit ?), la sirène qui retentit n’est qu’un signal d’alerte et en aucun cas une annonce de décès. Mais il faut souhaiter qu’entre cet album et le prochain nos rockers prennent tout leur temps, se livrent à une salutaire introspection (voire autocritique), de façon à nous revenir différents. Car le risque de sclérose est désormais bien réel.

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