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La construction biologique du corps

Publié le 10 octobre 2008 par Anonymeses

« Il était une fois le corps...La construction biologique du corps dans les encyclopédies pour enfants », Christine Detrez, Sociétés contemporaines, 2005

De nombreux travaux ont montré comment la littérature pour enfants, et ce dès le plus jeune âge, présente une répartition sexuée des rôles : les situations réservées au père ou à la mère sont habituellement différenciées, ainsi que les activités qui occupent les enfants représentés. Même dans le cas des animaux, on observe une sexuation des costumes, des attitudes et des fonctions. Cet article examine "la façon dont les encyclopédies scientifiques pour enfants essentialisent et naturalisent des distinctions sexuées, par le biais d’explications du fonctionnement du corps." Elles "construisent donc un corps fictionnel, où la biologie réfracte les représentations sociales." Se présentant comme scientifiques, ces encyclopédies sont en réalité loin d’être neutres, tant dans le texte que dans les illustrations qui l’accompagnent, à la fois par les mises en scène du corps, mais également par les explications anatomiques de ce corps.

La mère s’occupe des courses, de la cuisine, l’homme jardine, fait de la bicyclette, coupe du bois. La mère s’occupe du rangement et de l’hygiène. La mère est enfin celle qui soigne : les enfants tombés de vélo ou de rollers, elle mouche les nez qui coulent. Les scènes de famille sont d’ailleurs probantes quant à la répartition des rôles : « ce sont les hommes qui, littéralement, debout, mènent la barque, puisque sur le dessin, ils tiennent les rames, tandis que les femmes, assises, portent les bébés, entourent les enfants et le chien de leurs bras affectueux et tendres ». Lorsqu’elle est représentée dans la sphère publique, la femme adulte est, souvent, infirmière alors que c’est l’homme qui est accoucheur, et qui coupe le cordon. Les manières de présenter hommes et femmes sont donc éminemment genrées. A ce propos, l'un de mes ouvrages préférés est celui de la féministe italienne Elena Gianinin Belotti, Du côté des petites filles paru en 1973.

La partie la plus captivante de l'article de Christine Detrez est la seconde, qui s'intéresse à la représentation du corps des femmes et des hommes dans les encyclopédies pour enfants. Pour présenter aux enfants, le fonctionnement du cerveau, des muscles...le choix d'un corps masculin ou féminin ne relève pas du hasard. 

Christine Detrez remarque ainsi que les muscles relèvent clairement du monde masculin. Les planches anatomiques ou les illustrations mettent en effet en scène des hommes faisant des pompes. Certains livres se demandent si les filles ont des muscles, et trouvent une solution, en dessinant un petit garçon jouant au foot (muscles des jambes) et une petite fille... berçant sa poupée (muscles des bras). « Si les filles ont des muscles, ce ne sont pas les mêmes, ou en tout cas, elles n’en font pas le même usage... Enfin, il n’est pas anodin de remarquer que sur une même page, à côté d’un haltérophile aux biceps proéminents, le recours au féminin a lieu pour illustrer et situer le stapedius, muscle de l’oreille dont il est bien précisé qu’il est « le plus petit de nos muscles » Par ailleurs, la possession d’un cerveau est généralement réservée aux garçons. Voyez plutôt l'exemple donné par l'auteure. "La seule occurrence d’un corps féminin en rapport avec le cerveau dans un documentaire "mixte" illustre un chapitre intitulé "Et si nous n’avions pas de cerveau ?" : sur une plage, une petite fille, accompagnée d’une oie blanche, renverse maladroitement son seau, tandis qu’en arrière-plan, un garçon, visiblement doté quant à lui d’un cerveau en parfait état de marche, saute allègrement et habilement un cours d’eau... » Dans la présentation du corps, la femme a ses domaines réservés : le système digestif, le système lymphatique, et surtout les systèmes hormonaux. Dans les livres où ne sont utilisées que des planches anatomiques masculines, la femme n’apparaît que dans l’explication de la reproduction. Dans l'explication de cette dernière, les naturalisations vont bon train. "Le choix des mots et métaphores employés pour décrire le phénomène de la reproduction illustre les qualités spécifiquement associées au masculin et au féminin, transposées ici, comme par métonymie, au spermatozoïde et à l’ovule. Le « récit de la vie » est ainsi, littéralement, la saga du spermatozoïde : dans les narrations décrivant la conception, au spermatozoïde l’action, la vitalité, le courage, la concurrence.[...] L’ovule, quant à lui, « attend » (le verbe est récurrent), passivement, sorte de Belle au bois dormant ne se réveillant qu’une fois fécondé."

par Frédérique //

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