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Crédits hypothécaires

Publié le 09 octobre 2008 par Jfa

Hier jeudi, on apprenait dans Le Monde qu’un rapport du Conseil d’Analyse Economique, préconisait, sur la lancée des promesses du candidat Sarkozy dont j’avais parlé là, le développement du crédit hypothécaire en France, dans un système qui prenne en compte “la valeur des biens acquis” et qui soit adossé (en tant que garant de créance) au Fonds de garantie à l’accession sociale (fonds public).

Il s’agit en fait d’élargir les possibilités d’accès au crédit de ceux qui sont estimés peu solvables pour un crédit classique. Ce n’est jamais, sous une forme atténuée, que le recommencement de ce qui a conduit à la crise actuelle qui, rappelons-le, au delà des “subprimes” est une crise du crédit trop largement et trop facilement attribué.

G. Soros (“La vérité sur la crise financière”, Denoël, 2008), explique comment le système de crédits hypothécaires américains n’était en fait, et au départ, qu’une escroquerie destiné à plumer les pauvres:

1- On vend à des gens qu’on sait insolvables un bien immobilier avec un crédit (ARM: “Adjustable Rate Mortage”) dans lequel les deux premières années de remboursement sont à un coût sensiblement inférieur à celui du marché. Le terme employé pour le taux des deux premières années était celui de taux “teaser”: taux aguicheurs.

2- L’immobilier étant en hausse, on estime que, les deux premières années écoulées, le bien immobilier aura pris entre  15 et 20% de valeur en plus et, lors de la défaillance prévue des acheteurs et leur expulsion de la maison, l’agence de crédit aura fait un double bénéfice: Elle aura encaissé 2 ans de remboursements, meme à taux réduit et bénéficiera d’un bien ayant augmenté, au minimum, de plus de 10 % qu’elle revendra alors à d’autres aguichés.

3- G. Soros détaille les catégorisations des crédits aux gogos auxquels s’adressaient les maisons de crédit: “les prêts dits “Alt-A”, également surnommés “prêts pour menteurs”, accordés sur la base de dossiers les plus minces, voire inexistants, étaient déjà chose courante; le cas extrême était celui des prêts dits “ninjas” (no income, no job, no assets) -”Ni revenu, ni emploi, ni actifs”, Ndr-, souvent consentis avec la complicité active des courtiers en hypothèques et des créanciers eux-mêmes”.

4- Ces hypothèques étant risquées en cas de retournement de tendance de l’immobilier, elles étaient alors  “titrisées” dans des CDO (Collateralized Debt Obligations), obligations garanties par des ensembles d’actifs, revendues aux banques, compagnies d’assurances et fonds d’investissements et incompréhensiblement bien évalués par les agences de notation. Je passe sur l’ensemble hyper-sophistiqué des CDS et autres produits spéculatifs qui accompagnaient le dispositif…

Ces mécanismes pervers font que je regarde avec la plus extrême méfiance la proposition du Conseil d’Analyse Economique. En effet, en cas de baisse des cours de l’immobilier, elle ne propose, adossant les hypothèques au fonds publics qu’est le Fonds de garantie à l’accession sociale, rien de moins que de garantir directement par l’argent des contribuables les maisons de crédits qui ne vont pas manquer de se jeter sur l’aubaine ainsi ouverte. Et ce dans le contexte d’un marché immobilier vraisemblablement en baisse pour quelques années.

Et s’il me semble qu’il y a une priorité aujourd’hui pour toute personne privée sensée (je ne parle pas des entreprises de l’économie réelle), c’est de restreindre son taux d’endettement, et surtout pas de plonger à nouveau dans des crédits à taux variables garantis sur des biens à valeur fluctuante. La grande leçon de cette crise est bien que le marché ne tend pas spontanément à l’équilibre.

- Les réflexions, toujours intéressantes, de Francis Fukuyama sur la crise dans Le Monde : “… deux idées fondamentalement américaines ont dominé la pensée mondiale depuis le début des années 1980 avec l’élection de Ronald Reagan à la présidence. La première est une certaine vision du capitalisme selon laquelle une faible imposition, une régulation minimale et un gouvernement réduit constitueraient les moteurs de la croissance économique, non seulement aux Etats-Unis mais dans le monde entier. La seconde était que faire de l’Amérique le champion de la démocratie libérale dans le monde tracerait le meilleur chemin vers un ordre international plus prospère et plus ouvert”.

- Je visite régulièrement le blog “Ecritures du monde”, souvent littéraire, cultivé et à l’humour discret.

- Afghanistan- Un rapport US bien pessimiste (Le Monde ): “… le texte évoque un effondrement du pouvoir central accéléré par la corruption au sein du gouvernement du président Hamid Karzaï”. C’est le moment idéal pour y renvoyer des troupes.


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