Magazine Cinéma

Appaloosa

Par Rob Gordon
Après son superbe Pollock, premier film inspiré et inspirant, on attendait Ed Harris au tournant. Ce fameux acteur vient confirmer qu'il est aussi un fameux metteur en scène, à suivre de près film après film. Appaloosa est ce qu'il est arrivé de mieux au western depuis bien longtemps. Ah oui, deux précisions : 1) L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford n'est pas un western, donc ça ne compte pas ; 2) "longtemps", c'est vague, mais ça inclut également le bon mais pas transcendant Impitoyable de Clint Eastwood.
Simplissime, n'évitant aucun des thèmes inhérents au genre sans sombrer dans la lourdeur ou la bête redite, Appaloosa est un divertissement quatre étoiles, une parfaite initiation au western pour qui rechigne à passer deux heures en compagnie de types mutiques pour qui ne comptent que les flingues et les chevaux. D'abord, c'est souvent drôle, et pas qu'un peu. Parce que le duo formé par Ed Harris et Viggo Mortensen, c'est deux paires d'yeux bleus qui frisent, dans une sorte de concours de cabotinage sobre (oxymore, oui, mais je me comprends). Et parce que les dialogues sont à tomber, ciselés et incisifs comme une bonne vieille balle de Winchester. Le gros défaut du film, en fait, c'est que l'un de ses enjeux est une fille, sorte de femme fatale ultime qui fait monter le désir chez tous les mâles qu'elle rencontre (et dragouille). Donner le rôle à Renée Zellweger est une sorte d'aberration, la seule faute de goût de la courte carrière du Harris cinéaste. Que le film s'en relève est déjà un incroyable exploit. Avec ses deux joues porcines, ses insupportables clignements d'yeux et son minaudage caractérisé, elle est un peu la championne du cabotinage pas sobre (pléonasme, allons bon). Sexy comme une feuille de laitue, elle ressemble à une sorte de gros anachronisme bien aberrant, comme si Bridget Jones débarquait soudain au far-west avec sa culotte en coton et ses robes improbables.
Mis à part ce gros détail, Appaloosa, c'est du solide, et pas que du côté parlote. Les inévitables fusillades sont concises et délicieuses, les personnages sont bien croqués, tous inquiétants et bien incarnés par de vrais bonshommes (Lance Henriksen, Jeremy Irons, des hommes qui en ont), et la drôle de relation entre les deux héros donne sans cesse du piment à ce western étonnamment pas long (c'est que c'est souvent un peu chiant, un western, faut bien l'avouer) et fichtrement excitant. Chapeau bas, monsieur Harris.
8/10

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Rob Gordon 109 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines