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Retour sur l'assistanat

Publié le 12 octobre 2008 par Dedalus

banquiers assistésUne des grandes victoires du discours sarkozyste - et qui dans une certaine mesure est aussi un des grands renoncements de la gauche en général, et de Ségolène Royal en particulier qui sur ce sujet comme sur d'autres a repris à son compte le discours de son adversaire - a été de ringardiser l'idée de solidarité en martelant la thématique de l'assistanat : « J'aiderai celui qui veut s'en sortir », « Je ne mettrai pas un centime pour financer l'assistanat »,« Je récompenserai davantage le travail que l'assistanat », etc...

L'idée sous-jacente à ce discours est que les pauvres abusent de l'aide publique, que les RMistes abusent du RMI, que les chômeurs abusent des allocations chômages, que les bénéficiaires de logements sociaux abusent de leur "privilège", etc... Bien sûr pas tous, mais certains d'entre eux. Bien sûr pas vous, mais sûrement votre voisin. Rhétorique sarkozyste bien connue visant à faire sentir à chacun que l'Autre vous prend ce qui vous revient, que l'Autre est responsable de la situation dans laquelle vous vous trouvez. L'Autre, c'est-à-dire celui qui consomme indûment l'argent public, donc les impôts qu'on vous demande de payer pour son seul et immense bénéfice.

Au résultat, l'impôt est nécessairement injuste et on en paie toujours trop. C'est qu'il ne s'agit plus de solidarité, encore moins de redistribution, il s'agit des assistés, tous ces nuisibles. Et chacun d'oublier que s'il ne fait pas partie des plus riches, il bénéficie en réalité de plus qu'il ne verse, via les services de police qui assurent la sécurité, via les services de justices qui sont censés nous protéger, via l'armée et surtout l'école de la République, via l'assurance maladie et l'assurance chômage. Et chacun d'oublier que sa situation financière dépend en réalité bien moins des impôts que l'on paie que des augmentations de salaires dont on ne bénéficie pas, mais aussi de cette école de la République, de ces hôpitaux, des services publiques (police, justice, etc...) qui fonctionnent si mal parce qu'on leur a retiré les moyens de fonctionner efficacement. Et chacun d'oublier qu'il est en réalité un de ces assistés auxquels en veut tant Sarkozy.

Bref. J'ai ailleurs et en son temps largement abordé cette thématique de l'assistanat comme le miroir aux alouettes du sarkozysme, où d'un exemple d'abus on fait une généralité, puis un prétexte pour restreindre le champ de la solidarité et de l'action publique, en prenant à tous tout en laissant croire à chacun qu'il sera épargné, puisque seuls les nuisibles sont visés, tous les assistés qui vous bouffent la laine sur le dos et dont vous n'êtes évidemment pas puisque vous, vous ne rechignez pas à travailler pour vous en sortir - parce qu'en plus les assisté sont des cons qui ne veulent pas s'en sortir...

Là où cela devient savoureux aujourd'hui, c'est lorsqu'en réponse à la crise financière, Nicolas Sarkozy n'a rien d'autre à proposer que de dépenser l'argent public par dizaine de milliards afin de venir sauver la mise aux banques qui ont en réalité moins travailler plus pour s'enrichir que spéculer toujours plus, ces banques qui à force d'abuser de la spéculation en font une grave overdose. Et tout d'un coup donc Nicolas Sarkozy de redécouvrir les vertus de l'assistanat, mais il est vrai qu'il ne s'agit pas là de ces parasites qui préfèrent dormir dans la rue que de s'en sortir, ces chômeurs qui préfèrent se contenter d'une allocation de misère que de trouver un travail et si possible assorti d'un salaire décent, de tous ces malades qui prennent un malin plaisir à sur-consommer des médicaments inutiles... Non, il ne s'agit que d'un système tout entier où des milliards d'euros changent chaque jour de mains avec l'espoir de se multiplier sans efforts, d'un système économique et financier en fin de vie qui vit du surendettement de tous au profit de seulement quelques-uns.

« Je ne mettrai pas un centime pour financer l'assistanat »,« Je récompenserai davantage le travail que l'assistanat », disait-il...


banquiers assistés

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Après la faillite, les dirigeants de Fortis s'offrent un festin dans l'hôtel le plus luxueux de Monaco : Tout ne va pas si mal chez Fortis (FORB) assurance Belgique, le journal hollandais De Morgen indique ce matin que les dirigeants de la banque invitent 50 personnes à déjeuner ce midi dans l'hôtel Louis XV. C'est l'établissement le plus cher de la principauté. 150.000 euros vont être déboursés pour cet événement "marketing". Le déjeuner coûtera 300 euros et la nuit d'hôtel 1.500 euros par personne. (lu dans Capital)


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