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BRUIT, LE SILENCE et le LANGAGE....... (02/05)

Publié le 12 octobre 2008 par Osmose

A ma furie de communiquer absolument. A cette sensation d’être enfermée derrière une énorme porte, que je pouvais pas ouvrir pour me faire comprendre des autres ».

Elle dit je pensais sûrement, mais elle ne s'en souvient pas. La mémoire pouvait-elle être structurée avant le langage?

Dans pareil état, pouvait-il y avoir des repères dans la réalité ?

Un ordre dans l’espace et le temps ?

Une reconnaissance d’idées abstraites?

Pouvait-il y avoir identification de quoi que ce soit, si le langage n’était pas là ?

Pour identifier, pour repérer quelque chose, pour mettre un ordre, il faut un signe. Sans le signe, pas d’identification, ni de repère. Un état dans lequel l’esprit est sans repère risque fort d’être très confus.

C’est la situation du nourrisson longtemps englué dans une sorte de constante hallucination, qui ne fait guère de différence entre les apparitions fugitives du rêve et celles de l’état de veille.

C’est la situation du sourd-muet que l’on va laisser pendant longtemps sans langage.

D’où rétrospectivement l’impression de chaos des souvenirs de cette époque, notamment sans repérage dans le temps : « un chaos dans ma tête, une suite d’images sans relation les unes avec les autres, comme des séquences d’un film montées l’une derrière l’autre, avec de longues bandes noires, ...des images dont j’ignore la chronologie ...

Avenir, passé, tout était sur la même ligne espace-temps. Maman disait hier... et moi je ne comprenais pas où était hier, ce qu’était hier... Je n’arrive toujours pas à mettre des dates sur cette période de zéro à sept ans. Ni à remettre en ordre ce que j’ai fait ».


Pour mettre de l'ordre dans le temps, il faut avoir une représentation objective du temps, s’appuyer sur le temps mesuré de l'attitude naturelle. Le sentiment d’une Durée sans repères se comprend au sens où, le repère suppose des signes pour le nommer.

Curieusement, une variation du temps fluide et sans repères peut tout aussi bien donner l’impression que le temps ne s’écoule pas vraiment : « Le temps faisait du surplace » dit-elle. Ce qui donne donc à penser qu’en l’absence de langage, dans le silence de la non-communication, le vécu temporel ne prend pas de forme définie, le vécu n’est pas vraiment réfléchi, parce qu’il n’y a pas de mot pour le nommer.

« En essayant de rassembler le puzzle de ma petite enfance pour écrire, je n’ai retrouvé que des bouts d’images. Les autres souvenirs sont dans un chaos inaccessible au souvenir. Enfouis dans cette période où, avec l'absence de langage, l'inconnu des mots, la solitude et le mur du silence, je me suis débrouillée, j'ignore comment". Identifier par un nom, c'est donner une identité et même se donner une identité.

Comment donner une identité sans des mots? Dans un silence de la non-communication, sans langage, on voit mal comment pourrait s’accomplir l'émergence de l'identité, y compris celle du moi. Ce n’est qu’au début de son apprentissage du langage des sourds-muets qu'Emmanuelle comprend la valeur du nom propre pour repérer une identité individuelle. "J'étais surprise de découvrir que lui s'appelait Alfredo, l'autre Bill... Et moi surtout, moi, Emmanuelle. Je comprenais enfin que j'avais une identité. JE :"Emmanuelle". « Jusque-là je parlais de moi comme de quelqu'un d'autre, une personne qui n'était pas "je". On disait; toujours : Emmanuelle est sourde... Il n'y avait pas de "je".
J'étais "elle". "Emmanuelle sourde ne savait pas qu'elle était "je", qu'elle était "moi". Elle l'a découvert avec le langage des signes, et maintenant elle le sait". Tout enfant commence à s'exprimer en parlant de lui-même à la troisième personne, il se passe une transformation importante quand l’enfant passe de « il » à « je ».
Ce passage est la manifestation du sens de l’ego.




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